I want to believe

Ah l’avenir !

Pourquoi est-ce que j’ai tant de mal à adhérer aux élans d’optimisme qui traversent encore ce monde ?

Il parait que les Français sont les champions du monde du pessimisme. Admettons.

Il parait aussi que les individus, en moyenne, sont de plus en plus pessimistes au cours de la trentaine — alors que leur arrivent des enfants, des kilos, des dettes, des responsabilités, des deuils — , touchent le fond au cours dans la quarantaine, avant de remonter. Je vois souvent passer cette théorie dans la presse anglo-saxonne.

Il y a toutes sortes de choses que je vis personnellement, mais je ne veux pas trop parler de ma vie personnelle ici.

J’ai toujours eu beaucoup de difficultés à faire la part des choses entre pessimisme et réalisme. Et symétriquement, j’ai souvent eu du mal à faire la part des choses entre optimisme et aveuglement — ou connerie, voire aliénation.

Michel Serres a donné une interview il y a quelques jours qui vaut la peine d’être lue.

Le titre est : « Ce n’est pas une crise, c’est un changement de monde. »

En lisant ce titre, je sens le scepticisme qui monte du fond de moi-même. Je pense instantanément à ce slogan entendu concernant la « crise des dettes souveraines » et autres joyeusetés récentes : « Ce n’est pas une crise, c’est un hold-up. » Pour faire court, la crise financière a justifié d’appauvrir les Etats et les nations pour sauver les banques et les banksters. Pour faire un peu moins court, l’endettement des Etats correspond à l’empilement de titres de créance dans les paradis fiscaux. Etc.

En lisant cette phrase, j’ai envie de rappeler qu’un changement n’est pas forcément une amélioration, un changement peut être une dégradation, il ne faut pas vouloir le changement pour le changement.

Et pourtant il faut lire ce texte de Michel Serres.

Nous sommes, en France, dans le pays le plus inquiet concernant les sujets scientifiques. Pourtant, on était un des pays les plus optimistes à cet égard au début du XXème siècle. Il y avait Jules Verne, le palais de la Découverte. La science était un sujet d’enthousiasme. Or, cela a complètement changé. Je ne sais pas l’expliquer. Il y a une inquiétude presque idéologique. L’idéologie de la science s’est transformée en idéologie de l’inquiétude. Regardez la manière dont on utilise le mot « chimie ». En mal. Or notre cerveau, notre genou, ce bout de papier, c’est de la chimie. Sans chimie, il n’y aurait pas de bio. On oppose « bio » à « chimie », comme si « bio » voulait dire « sans chimie ». Or le bio, c’est de la chimie! Cette méfiance est une particularité française. En Allemagne, en Amérique, il y a des littératures de l’inquiétude, mais elles n’ont pas cette résonance populaire qui existe en France. Peut-être est-ce aussi le signe que la bascule du nouveau monde est en train d’arriver ici, alors forcément les gens sont un peu plus inquiets qu’ailleurs…

Ah, Jules Verne ! J’ai lu du Jules Verne ces derniers mois. Sur mon Kindle, j’avais récupéré une simili-intégrale pour une somme symbolique. Il y a quelques semaines, je suis tombé sur un petit roman dont j’ignorais l’existence. La joyeuse équipe des artilleurs du Gun-Club de Baltimore, après avoir envoyé un obus vers la Lune dans les très célèbres « De la Terre à la Lune » (1865) et « Autour de la Lune » (1869), reprend du service dans « Sans Dessus Dessous » (1889).

Principale différence : autant le projet de 1865 suscite l’adhésion universelle (partir à la conquête de la Lune !), autant le projet de 1889 suscite la réprobation universelle, l’humanité redoutant une catastrophe (spoiler : redresser l’axe de la Terre !)

Doit-on en déduire que, en vieillissant, Jules Verne avait (par anticipation ?) abandonné l’ « idéologie de la science » pour l’ « idéologie de l’inquiétude » ?

Non, tout cela est plus compliqué qu’il n’y parait. J’y reviendrai.

Bonne soirée.

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Un commentaire pour I want to believe

  1. Lilaetleloup dit :

    « J’ai toujours eu beaucoup de difficultés à faire la part des choses entre pessimisme et réalisme. Et symétriquement, j’ai souvent eu du mal à faire la part des choses entre optimisme et aveuglement — ou connerie, voire aliénation. »

    À mes yeux, l’aveuglement n’est pas forcément lié à l’optimiste et inversement.
    Le plus dur, je crois, c’est justement d’être lucide mais de rester optimiste et de se battre pour soi et les siens.
    Je crois que c’est Voltaire qui à conseillé de cultiver son jardin : et rien ne nous empêche de préférer les roses aux orties !

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