Travail, famille, projet

Ce qui manque le plus, c’est le temps.

Lorsqu’on a la chance d’avoir d’une part un travail et d’autre part une vie de famille, il me semble paradoxalement plus facile de se dégager du temps « disponible » la semaine que le week-end.

La semaine, c’est la course, mais c’est la course pour tout le monde — collègues, enfants, conjoint. On craint le retard ou le téléscopage, mais on a aussi parfois du temps qui se dégage.

Pour ceux qui ont des souvenirs de mécanique des fluides, je propose une métaphore. La semaine est un écoulement turbulent — c’est violent, mais on peut y glisser des bulles, des dispersions. Le week-end est un écoulement laminaire — c’est en apparence plus calme, tout va dans la même direction, prévisible, ce qui laisse paradoxalement moins de place.

Si je n’avais pas de travail, qu’est-ce que je ferai de mes journées ? Je ne suis pas sûr que je saurais en faire, spontanément, grand’chose. J’ai vécu un certain nombre d’années sans vie de famille : avec le recul, j’ai l’impression d’y avoir copieusement gaspillé mon temps, les soirées, les week-ends, ce temps qui me semble maintenant me manquer tout le temps, si j’ose dire.

J’ai la chance d’avoir un travail — même si je ne l’aime guère, je le déteste souvent, j’aimerais tant faire autre chose, j’aurais voulu ou j’aurais dû prendre une autre voie, etc, etc.

J’ai la chance d’avoir une vie de famille — même si ce n’est pas toujours tout rose tous les jours, on se marche sur les pieds, on se pourrit l’existence, on s’abime, etc, etc.

Pendant des années, j’ai eu un travail sans vie de famille. Et il était clair qu’il manquait quelque chose. Ca ne marchait pas droit. Je me suis aperçu que je ne marchais qu’avec une seule jambe, je titubais, ça n’allait pas.

Et j’ai eu cette deuxième jambe. Pour l’acquérir, il a fallu, entre autres, faire de la place. Entre autres, cesser de me faire bouffer par le boulot, voire en changer. L’expression « faire de la place », un peu comme l’expression « lâcher prise », a un sens métaphorique très large et très puissant.

Ces dernières années, je suis arrivé à la conclusion qu’il manque une troisième jambe à ma petite existence. Un hobby. Un projet. Un dessein. Quelque chose. Je ne sais pas quoi. Une question d’équilibre, par-rapport aux deux autres pans de ma petite existence médiocre.

Alors quoi ? Je n’aime pas le sport, et je n’ai pas envie de m’y remettre. Je n’ai pas la place, pas assez de place pour une activité associative ou humanitaire, pour contribuer à des projets open-source ou scientifique ou je ne sais quoi. Je n’avais pas d’idée non plus.

J’aime lire, j’aime connecter ce que je lis. Je me suis remis à lire. Un peu. Beaucoup. Dans la limite du temps disponible.

J’aimais écrire aussi. Pour connecter ce que je lis.

Ce blog est une tentative de troisième jambe.

Encore une fois, je n’ai aucune idée d’où ce chemin me mènera.

C’est samedi soir. Les enfants dorment — ou, au moins, sont dans leur chambre. Ma femme dort — on a fait des rangements et travaux toute la journée. Elle est crevée, moi aussi, mais il me reste un peu d’énergie. Une bulle de temps disponible s’est dégagée et me permet d’aller trier des lectures, et d’écrire ces quelques lignes au cordeau. Je recommencerai dès que je pourrais. Ça peut paraître prétentieux, mais je crois avoir énormément de choses à écrire.

Ce qui manque le plus, c’est le temps.

Bonne nuit.

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4 commentaires pour Travail, famille, projet

  1. C’est intéressant cette approche de la notion de temps libre ou « disponible ». J’ai également remarqué qu’on a tendance à mieux employer le temps libre lorsqu’il nous est compté. C’est un peu comme travailler dans l’urgence : on est sous pression et on n’a pas d’autre choix que d’être efficace. Quand on sait qu’on a du temps, on ne se presse pas, on s’investit moins et au bout du compte on passe son temps à le perdre…

  2. Lisande dit :

    Cet article est vraiment intéressant (et tant pis si je répète le commentaire précédent). Je suis très attirée par les sciences humaines et sociales et surtout les expériences de vie et cet article donne de quoi réfléchir à ma « vie d’adulte » qui viendra plus tard. En tout cas, je trouve super d’avoir réussi à se rendre compte des manques et de tenter d’y remédier: car tot ou tard, ça se répercute sur notre comportement donc dans notre vie active et notre vie de famille, ce qui est fort dommage. Bon courage

  3. Lisande dit :

    Petit NB: la pression trop forte peut aussi conduire à l’abandon total. Gare donc à ne pas trop encourager la pression parce que c’est « bon ».

  4. Merci pour vos commentaires et vos encouragements. Merci beaucoup.
    Sur le thème de la pression, je vous propose un petit dessin : http://dilbert.com/strips/comic/1998-02-28/

Tous les commentaires seront les bienvenus.

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