Le fabuleux destin des algorithmes

Le mot algorithme a été beaucoup popularisé ces dernières années.

Notamment par Google et ses confrères. GAFA : Google, Apple, Facebook, Amazon. Et les plus petits poissons, tels que Twitter. Pour eux, les algorithmes, c’est formidable, ça fait tout !

Google affirme, pour faire court, qu’il fait plus confiance aux algorithmes qu’aux humains. La recherche par algorithme serait plus efficace, plus objective, plus bien, que la recherche dans des catégories définies par des experts humains, des archivistes, des bibliothécaires.

Amazon affirme, pour faire court, vouloir supprimer tout intermédiaire entre les livres et les lecteurs. Et il y réussit fort bien, en liquidant progressivement les maisons d’éditions (peuplées d’éditeurs, relecteurs, critiques, etc), et les librairies (peuplées de libraires, vendeurs compétents, critiques, etc). Les algorithmes sont supposés faire mieux.

Les GAFAs en général expliquent que les publicités qu’ils nous envoient, basées sur les masses variables de données personnelles qu’ils croient ainsi valoriser, sont des publicités personnalisées, il faut qu’on croit que c’est pour notre bien, car ce sont des algorithmes magnifiquement performants qui les choisissent.

Les GAFAs prétendent aussi pouvoir confier quantité de tâches administratives à des algorithmes. La relation client, par exemple. Vous avez déjà parlé au support client de Google ou de Facebook — au sens, parlé à un être humain ? Même à un être humain robotisé dans un centre d’appels industriel ? Entendu une voix humaine ?

Penser aussi aux tâches de modération. Ce ne sont pas des êtres humains qui suspendent un compte Twitter ou un compte Facebook, ce sont des robots, des bouts de logiciel, plus ou moins bien codés. Sans la moindre considération pour le fait que, humainement, un compte suspendu, ça peut être quelque chose de violent, de brutal. Mais le robot n’a que faire de l’humanité. Il exécute.

Ce sont des algorithmes qui sont chargés de purger Facebook ou Amazon des images sous copyright, ou portant atteinte aux bonnes moeurs au sens nord-américain.

Bref, ces entreprises font tout faire, veulent tout faire faire par des « algorithmes ». Autrement dit, par des des machines. Des programmes informatiques. Des bouts de logiciel.

Ces entreprises, qui disent aimer les algorithmes, n’aiment pas les gens.

Elles sont forcées d’en tolérer quelques-uns, notamment quelques informaticiens pour écrire les algorithmes, leur donner des croquettes ou leur changer leur litière. Mais elles n’aiment pas les gens. En tout cas, pas les gens qu’il faut payer pour obtenir un travail.

Ces entreprises, comme toutes les grandes sociétés multinationales capitalistes contemporaines, veulent employer le moins de gens possibles. Ou alors les payer le moins cher possible. Idéalement, les faire travailler gratuitement. Mais il est hors de question de payer pour eux des experts, des archivistes, des éditeurs, des critiques littéraires. Ou de payer des modérateurs ou des conseillers clientèle. Hors de question ! Ça coûterait trop cher.

D’où, en partie, la préférence pour des « algorithmes ».

Typiquement, quand un gouvernement entend faire appliquer une loi, si cela ne peut pas être fait par des algorithmes, ces entreprises ne veulent pas. Par exemple, hors de question d’embaucher des modérateurs pour bloquer des hashtags odieusement antisémites sur Twitter : ça coûterait trop cher. Il faut donc, délicatement, orienter la gentille ministre vers des dispositions applicables par des algorithmes.

Un dernier point : Pourquoi le mot « algorithme », plutôt qu’un autre ?

Il fait sérieux, scientifique, mathématique, moderne. Il a beaucoup de consonnes.

Et ses concurrents ne faisaient pas le poids.

Le mot « machine » est trop vulgaire. Par exemple, il ne faut pas dire « machine à laver », mais « lave-linge ».

Le mot « robot » n’est plus rassurant depuis qu’Arnold Schwarzenegger a incarné le Terminator.

Le mot « agent » n’est plus convivial depuis que Hugo Weaving a incarné l’Agent Smith.

L’algorithme est absolument moderne.

Bonne soirée.

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3 commentaires pour Le fabuleux destin des algorithmes

  1. Lisande dit :

    Aussi peut-être parce que le mot algorythme signifie quelque chose en informatique. (Rappel: mode d’emploi d’une requête donnée à effectuer à un computer, c’est-à-dire une machine à calculer).

    Mais peut-être que vous le savez: difficile de cerner votre profession, vos attaches culturelles. Un bon point, vous êtres polyculturel.

    Et oui ‘machine », c’est moche. La preuve encore, les filles qu’on aime pas, on les appelle « machine ».

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