May he live in interesting times

Une de mes citations préférées a longtemps été :

There is a Chinese curse which says, ‘May he live in interesting times’. Like it or not, we live in interesting times.

C’est de Robert F. Kennedy, le 7 juin 1966.

Interesting times? Obviously. Evidemment. Ce qui se passe dans le monde, ce que Raymond Aron, de mémoire, appelait « l’Histoire se faisant », est pour moi fascinant. Je ne comprends pas qu’on ne s’y intéresse pas, mais je comprends qu’en en étant conscient, on veuille prendre ses distances. Valéry Giscard d’Estaing lors de sa première conférence de presse de président de la République en 1974 avait annoncé :

Le monde est malheureux. Il est malheureux parce qu’il ne sait pas où il va ; et parce qu’il devine que, s’il le savait, ce serait pour apprendre qu’il va à la catastrophe.

A curse? Une malédiction ? Peut-être. Est-ce à dire qu’il vaut mieux des temps inintéressants ? Faut-il comprendre que seuls les temps troublés, marqués par les guerres et les catastrophes, sont dignes d’intérêt ?

Ou est-ce que le fait que le monde soit intéressant annonce des catastrophes à venir ? S’il était barbant, on pourrait dormir tranquilles ?

Les peuples heureux n’ont pas d’Histoire.

Google n’est pas capable de me dire de qui est cette phrase, cette équation. De mémoire, j’aurais dit Lamartine, mais Google semble hésiter entre Hegel, Verlaine et Roger-Gérard Schwarzenberg.

Les temps sont peut-être intéressants, mais qui s’y intéresse vraiment ?

En particulier, je suis terriblement frappé par l’indifférence des enfants, des adolescents pour « l’Histoire se faisant ». Et plus encore, évidemment, pour l’Histoire déjà faite. Est-ce une règle générale pour les générations actuelles ?

Dans le débat télévisé qui clot « Papy fait de la Résistance », Guy-Hubert Bourdelle (qui fut jadis Super Résistant ou Sparadrap, on ne sait plus très bien) affirme :

Tout ça, c’est de l’histoire ancienne, ça n’intéresse plus les jeunes. Ce qu’il leur faut maintenant c’est des héros virils et musclés, genre Rocky.

Peut-être suis-je victime d’une illusion d’optique, parce que j’ai eu la chance d’avoir quelques amis qui eux aussi s’intéressaient à ce qui se passe dans la monde, mais nous n’étions qu’une minorité. Et à toute époque, ceux qui s’intéressent à ce « ce qui se passe dans le monde » ne sont qu’une minorité. Les générations actuelles n’étant dans cette hypothèse, ni pires, ni meilleures, que les précédentes.

J’ai vécu des périodes où je me suis senti malheureux, mal dans ma peau. Et à certaines de ces époques, j’ai essayé d’appliquer l’équation évoquée ci-dessus, en la retournant : si je cesse de m’intéresser à l’Histoire et à l’Histoire contemporaine, je serai heureux. Ça n’a pas franchement marché. On ne se refait pas. Il faut vivre avec ce qu’on est.

Il y a quelques années, j’ai eu une collègue chinoise, née à Canton. Un jour, je lui ai posé la question : est-ce que ce bout de phrase, traduit plus ou moins approximativement, est vraiment une malédiction ou un proverbe chinois ? Elle a réfléchi un moment, puis a répondu. Elle n’avait jamais rien entendu de tel.

Bonne nuit.

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