Nobody gets beyond a petroleum economy

J’ai écouté aujourd’hui l’émission Géopolitique de RFI en date du 23 décembre 2012, animée par Marie-France Chatin. Sujet : la géopolitique de l’énergie. J’ai découvert cette émission il y a quelques mois, j’en écoute de temps, c’est une émission sérieuse, fort instructive, bien menée.

Mais ce podcast était déprimant.

C’était plein de bonnes nouvelles. Grâce aux gaz de schiste et autres techniques de l’extrême, les États-Unis sont sur la voie de l’indépendance énergétique … Il ne tient qu’à l’Europe de se réveiller et de faire pareil … N’en déplaise aux Cassandres, la perspective de peak-oil s’éloigne, n’a jamais été aussi loin … D’ailleurs ce concept de peak-oil est un mythe, vous comprenez, les technologies d’extraction s’améliorent sans cesse, il suffit que le prix du pétrole augmente un peu pour qu’on puisse se payer de nouvelles technologies … on accroît sans cesse nos capacités de prospection, à 2000 mètres sous l’Atlantique en face du Brésil, dans l’Arctique, etc. Que des bonnes nouvelles, vous dis-je.

En quarante minutes, pas un mot sur le contrôle des émissions de gaz à effet de serre, le protocole de Kyoto, la crise climatique qui approche.

Pas un seul.

Était-ce hors sujet ? L’énoncé exact du sujet était : « Géopolitique de l’énergie : état des lieux des tensions internationales » . Alors oui, on peut donc se rassurer en se disant que, oui, la crise climatique était hors-sujet. Au sens strict. Au sens littéral. Ne mélangeons pas. Soyons désinvoltes. N’ayons l’air de rien. C’est pratique. Le cloisonnement est un alibi commode.

L’émission était, j’insiste, très intéressante. Les intervenants connaissaient leurs sujets. Il y avait beaucoup de lucidité sur les sujets dans cette émission, par exemple pour rappeler l’importance inchangée, inamovible, du pétrole dans toute l’économie mondiale contemporaine, qu’on le veuille ou non.

Les dernières décennies sont maculées de grands échecs. L’incapacité de développer des alternatives concrètes et profondes au pétrole en est un. La nécessité était pourtant connue. Il faut relire par exemple le fameux discours du président Jimmy Carter le 15 août 1979, rentré dans l’Histoire sous le titre  » Crisis of Confidence « .

Just as a similar synthetic rubber corporation helped us win World War II, so will we mobilize American determination and ability to win the energy war. Moreover, I will soon submit legislation to Congress calling for the creation of this Nation’s first solar bank, which will help us achieve the crucial goal of 20 percent of our energy coming from solar power by the year 2000.

J’aime bien les chiffres, mais il faut qu’ils soient lisibles.

Le président Carter voulait 20% d’énergie solaire en 2000. L’énergie solaire a représenté 0,029 % de la production d’énergie des Etats-Unis en 2010.

En 1980, les Etats-Unis consommaient 17,0 millions de barils par jour. En 2010, ils ont consommé 19,2 millions de barils par jour. Relativisons : En 1980, 226 millions d’Américains, donc 0,075 barils par jour et par habitant. Repassons en litres, ça fait 12 litres par jour et par habitant. En 2010, 308 millions d’Américains, ça nous amène à 10 litres par jour et par habitant. Trente ans pour passer de 12 à 10 litres. Trente ans.

Dans son roman « Hypérion », publié en 1989, Dan Simmons écrit un dialogue supposé se tenir dans 6 ou 7 siècles — avec un personnage appelé Siri, nom depuis absorbé par le marketing d’Apple :

Siri sipped at her coffee. « I would have thought your Hegemony was far beyond a petroleum economy. » I laughed and locked the wheel in. « Nobody gets beyond a petroleum economy. Not while there’s petroleum there. We don’t burn it, if that’s what you mean. But it’s still essential for the production of plastics, synthetics, food base, and keroids. Two hundred billion people use a lot of plastic. »

En 2010, 70,5% du pétrole consommé aux Etats-Unis a été utilisé pour les moyens de transport. Donc brûlé. We do burn it. Et je chercherai une autre fois combien ça fait en mégatonnes de dioxyde de carbone, gaz à effet de serre.

Oui, c’est déprimant.

Où en serons-nous, dans trente ans, en 2040 ?

Bonne nuit.

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2 commentaires pour Nobody gets beyond a petroleum economy

  1. factsory dit :

    Je n’ai pas écouté l’émission mais vu le compte rendu qui en est fait, je ne sais pas si les invités connaissaient si bien leur sujet…

    C’est douteux que les États-Unis arrivent à l’indépendance énergétique ; http://petrole.blog.lemonde.fr/2012/11/13/les-etats-unis-1er-producteur-mondial-de-petrole-en-2017/

    La magie des gaz de schiste aux États-Unis, laisse un assez mauvais goût à Total : http://www.lemaghrebdz.com/lire.php?id=52209
    Quant à l’Europe on a aucune idée de la quantité de gaz de schiste présente sous nos pieds et encore moins de la fraction qui en est récupérable… pour la bonne raison que pour le savoir il faut commencer par forer.

    Les technologies d’extraction s’améliorent mais l’EROEI (Energy Return on Energy Invested) baisse sans cesse.

    L’Arctique est souvent cité comme le futur ElDorado, pour l’instant il s’agit plutôt d’une mauvaise expérience que ce soit pour Shell ou pour Exxon : http://petrole.blog.lemonde.fr/2013/01/08/exxon-shell-bp-total-les-rois-du-petrole-sont-ils-nus-2/
    Même l’Agence Internationale à l’Énergie (AIE) (qui ne fait pas partie des plus pessimistes) ne pense pas que l’Arctique contribue fortement à l’approvisionnement en pétrole dans les prochaines décennies : http://petrole.blog.lemonde.fr/2012/11/21/lagence-internationale-de-lenergie-annonce-le-declin-de-nombreux-pays-petroliers-majeurs/
    Un assureur dit qu’il est urgent d’attendre : http://petrole.blog.lemonde.fr/2012/04/19/arctique-lalerte-de-la-lloyds-lune-des-plus-prestigieuses-compagnies-dassurance/

    • Fort heureusement, les points de vue exposés dans cette émission n’engagent que leurs auteurs. Merci pour tous vos liens avec d’autres points de vue.

      Ce qui m’a surtout frappé, c’est la tonalité générale de cette émission, assez inhabituelle dans ce programme. Une tonalité « upbeat » dirait-on en américain. Presque joyeuse. Optimiste. Emballante. L’avenir est formidable, la pénurie d’hydrocarbures n’est qu’un vilain cauchemar, regardez, il n’y a qu’à se baisser, on en trouvera autant qu’il en faudra, la croissance est à la portée de la main, la reprise économique est au coin de la rue, etc.

      Et j’avais envie de leur dire juste : « effet de serre ».

      Mais l’ « effet de serre » était hors sujet, je suppose.

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