On tourne en rond

J’ai souvent l’impression que l’humanité tourne en rond.

On tourne en rond, et on ne va nulle part.

Le symptôme le plus visible, c’est qu’on a renoncé à aller au-delà de notre planète. L’idée même de « conquête de l’espace » semble de plus en plus désuète aux nouvelles générations. On est sur la terre, et on n’en sortira pas.

Mais il y a des symptômes moins évidents. Par exemple, ma fréquentation d’enfants et d’adolescents — et divers échanges avec des personnes de mon âge dans le même cas — me fait craindre une redoutable fermeture d’esprit. Rien ne les intéresse, en dehors de leurs petits mondes plus ou moins virtuels.

Il y a d’autres symptômes. J’aurai peut-être l’occasion d’en développer ici.

On tourne en rond.

Pourquoi ?

Il y a plusieurs pistes. Pas complètement indépendantes les unes des autres. Pas suffisantes ni l’une ni l’autre.

Il y a la piste de l’argent. J’avais commencé par là. L’argent n’a jamais eu autant d’importance. Ce monde n’est pas matérialiste, il est hyper-matérialiste. L’argent est la seule mesure de tout, la seule valeur, le seul objectif. Alors aller dans l’espace, voyez-vous ça … Ca coûte beaucoup et ça ne rapportera rien. Il ne faut faire que ce qui peut rapporter de l’argent à court-terme.

Il y a la piste de l’épuisement technologique. J’ai déjà évoqué ce qui a été appelé l’ « hypothèse Kasparov-Thiel-Gordon ». J’y reviendrai, il y a d’excellentes contributions récentes à ce débat.

Je vais en rajouter une autre, que je vais appeler : la piste du narcissisme assisté par ordinateur.

Prenons Facebook : qu’est-ce que Facebook, sinon cela, du narcissisme assisté par une infrastructure technologique colossale ?

Miroir, mon beau miroir, dis-moi que je suis la plus belle.

Grâce au film « The Social Network », l’histoire de cette entreprise est assez connue. Un aspect important est que Mark Zuckerberg a insisté depuis toujours pour attirer les informaticiens les plus brillants, les meilleurs codeurs. Et il les a fait venir. C’est une constante de l’histoire de cette entreprise.

Tout ça pour faire quoi ? Car même si j’ai un compte Facebook actif, je reste très sceptique sur la vraie utilité de cette chose. Je vois plus facilement une utilité à Twitter, qui favorise le bouillonnement des idées, des formes de confrontation et d’échange, avec de parfaits inconnus. Avec Facebook, on tourne en rond avec ses « amis » existants, dans son petit monde à soi bien délimité. On partage ses photos. On se livre en pature aux publicitaires. On perd son temps. On tourne en rond.

Tant d’énergie intellectuelle et créative pour ça !

L’histoire n’est pas nouvelle. Facebook n’est ici qu’un exemple. Le couronnement d’une histoire de l’informatique qui court sur plus d’une décennie.

J’ai lu récemment cette phrase, prononcée en 2012 par Neal Stephenson — faut-il présenter l’auteur de Snow Crash, The Diamond Age, In the beginning was the command line et autres ?

I saw the best minds of my generation (…) writing spam filters.

Elle m’a rappellé ces phrases de Jon Katz au printemps 2000 — comment dire ce qu’a représenté Jon Katz à cette époque ? — sur Slashdot :

Our best scientific minds are developing and marketing hand-held appliances that give humanity instant access to sports scores and stock quotes. Rather than using technology to improve the lot of mankind, we are allowing it to separate us even further from each other.

Les expressions « the best minds », « the best and the brighest » ou « whiz kids », me ramèneront toujours à l’administration Kennedy en 1960 – 1963, peuplée de gens choisis parmi les plus brillants, les plus doués — par exemple, Robert S. MacNamara –, et appelés à servir cette administration pour des desseins grandioses. Car cette administration avait des desseins grandioses, il faut relire les discours de JFK. Avec des résultats inégaux. D’un côté, elle a lancé la machine de guerre américaine dans le bourbier du Vietnam. D’un autre côté, elle a envoyé des hommes sur la Lune.

De nos jours, à quelques exceptions près, les esprits ne semblent pas tournés vers la conquête de l’espace, ou d’autres grands projets — j’allais dire, des projets de civilisation — par exemple, la guérison du cancer ou le développement d’énergies ne générant ni gaz à effet de serre, ni radioactivité. Non, les esprits sont tournés vers le perfectionnement de gadgets tels que Facebook. Ou vers pire. J’y reviendrai.

Bonne nuit.

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