Une autre vie que la mienne

Ça va être court et peut-être violent. Il est 23h25, j’ai à peu près fini les tâches domestiques de ma vie concrète, tout le monde dort sauf moi, la journée a été très longue et pénible, mais je veux que ce billet soit publié avant minuit, pour être horodaté de la date du jour. On peut appeler de la coquetterie ou du fétichisme. J’appellerai ça une contrainte formelle.

Il y a environ un an, je m’étais créé quelques personnages fictifs sur Twitter, avec des fortunes diverses. Pourquoi avais-je fait ça à ce moment-là ? C’était un sale hiver, il y avait beaucoup de choses qui n’allaient pas. J’avais un peu plus de temps libre que cet hiver, mais j’aurais pu me reposer, par exemple.

Il y a un mois et demie, je me suis décidé à commencer ce blog. Et depuis le début de l’année, je m’y accroche. Pourquoi faire cela à ce moment-là ? Je ne manque pourtant pas d’occupations. Je n’ai guère de temps libre. Je ne m’ennuie pas dans ma vie, je n’ai pas le temps de m’ennuyer. Je suis débordé.

Alors pourquoi ?

Pour combler un manque. Pour trouver une compensation. Pour avoir « autre chose ».

Si j’étais vraiment satisfait de ma vie, me serais-je lancé là-dedans ? Je n’en sais rien. Ça m’étonnerait. Et pourtant, il y a surement des milliers de gens qui jouent avec Twitter, qui tiennent un blog, et qui sont heureux dans leur vie. Il y en a forcément, non ?

Je ne veux pas étaler sur ce blog ma lassitude de ma vie de famille — pour faire court.

Je ne veux pas étaler sur ce blog mon désarroi concernant mon travail — même si, sur le monde de travail, j’aurais beaucoup à dire, grâce à quelques originalités iconoclastes dans mon parcours.

Je ne veux pas étaler sur ce blog des choses trop personnelles — même si c’est un peu ce que je fais ce soir, en ellipse.

Non, ce que je veux par ce blog c’est aller au-delà de ce que je suis — pour reprendre un mot dont j’ai appris à me méfier : au-delà ce que je suis factuellement.

Ce que j’aurais pu être. Ce que je pourrai être. Ce qui m’intéresse, mais qui n’a pas de place nécessaire dans ma vie concrète. Ce que je voudrais dire, mais que je n’ai pas l’occasion de dire dans ma vie concrète.

En 2006, le journaliste Denis Robert a publié un roman sur l’affaire Clearstream intitulé « La Domination du Monde ». Je l’ai lu quelques années plus tard, et, curieusement, un des passages qui m’a le plus marqué n’a aucun rapport (ou presque) avec l’affaire Clearstream — ou, plus précisément, l’affaire Clearstream 1.

Avant que Klébert ne débarque dans ma vie, j’étais un type plutôt tranquille, calme et non violent, à la vie douce et studieuse. Je votais à gauche, généralement pour le candidat du Parti socialiste. (…) Est-ce que je m’ennuyais ? Peut-être un peu, si l’on prend en compte les dernières statistiques de la ‘revue française de sociologie’, selon lesquelles neuf personnes de sexe mâle sur dix ont conscience de l’inanité de leur vie passé quarante ans.

Emmanuel Carrère a intitulé un de ses derniers livres — que je n’ai pas lu : « D’autres vies que la mienne ». C’est un titre magnifique. Je ne sais pas ce que vaut ce livre. J’ai gardé un souvenir fort de son livre sur Jean-Claude Romand, « L’Adversaire », ainsi que sa biographie de Philip K. Dick, « Je suis vivant et vous êtes morts ». J’y reviendrai. Il est minuit moins cinq.

Bonne nuit.

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