La catastrophe de 1914 et quelques tas de livres

Je ne suis évidemment pas le seul à appréhender le centenaire de la catastrophe de 1914.

Le dernier éditorial de Jacques Attali, assez médiocre au demeurant, fait un parallèle entre 1913 et 2013 :

Cette année-là, une formidable période de croissance butait sur une crise financière provoquée par la première puissance économique du moment, la Grande-Bretagne. De formidables progrès techniques, en matière d’énergie et de communication (électricité, automobile, avion, radio, sous-marin) annonçaient des lendemains qui chantent. Un grand nombre de mouvements favorables à la démocratie se faisaient jour en Amérique latine, Afrique, Russie, Asie. Mais sévissaient aussi des groupes terroristes (qu’on nommait alors « nihilistes »). Des idéologies totalitaires dénigraient l’économie de marché et la démocratie, et annonçaient leur intention de combattre les valeurs des droits de l’homme.

Un article beaucoup plus conséquent, écrit par un nommé Charles Emmerson, a été publié il y a quelques semaines dans Foreign Policy.

The world of 1913 — brilliant, dynamic, interdependent — offers a warning. The operating system of the world in that year was taken by many for granted. In 2013, at a time of similar global flux, the biggest mistake we could possibly make is to assume that the operating system of our own world will continue indefinitely, that all we need to do is stroll into the future, and that the future will inevitably be what we want it to be. Those comforting times are over. We need to prepare ourselves for a much rougher ride ahead.

Je voudrais relire, ou au moins feuilleter « Les Hommes de Bonne Volonté », de Jules Romains. Oeuvre colossale centrée sur la catastrophe de 1914.

J’avais cette oeuvre en deux exemplaires : la collection des 27 tomes au fil de leur publication, de 1932 à 1945, héritée de mon grand-père, papier d’époque, pages coupées au coupe-papier ; et une édition des années 1990s, collection « Bouquins » je crois, quatre tomes compacts en petits caractères.

Ils sont là, quelque part dans ma cave, comme les deux tiers de mes livres. Un tiers des livres est dans la bibliothèque, le reste est dans la cave, dans des cartons, depuis quatre ans. Le hasard a décidé ce qui est accessible et ce qui ne l’est pas. Dans le cas des « Hommes de Bonne Volonté », le hasard d’un carton déchiré fait que les tomes 18 à 27, couvrant la période de 1919 à 1933, sont accessibles, dans un placard de la cave. Les autres, ceux couvrant la période 1908 à 1918, sont inaccessibles, dans des cartons, je ne sais pas lesquels. Je voudrais relire les tomes qui précèdent la catastrophe de 1914. Il faudrait prendre le temps de tout trier, ranger, avant cela faire de place, etc. Mais le temps, c’est ce qui manque le plus. Le boulot, les tâches domestiques, ma femme, les enfants, etc … passent avant le reste.

Il faudrait du temps pour les retrouver … et du temps pour lire.

Le temps manque, et le hasard décide. C’est la vie.

Et nous voilà déjà en 2013, bientôt 2014.

Suis-je ridicule à méditer ainsi devant un tas de livres ?

Dans son petit livre « Lignes d’Horizon », publié en 1990, Jacques Attali avait glissé cette phrase — qu’il a, je crois, amplement développée ailleurs :

Contempler sa bibliothèque, c’est rêver qu’on ne saurait mourir avant d’avoir lu tous les livres qui la remplissent.

Il faudra à l’occasion reconsidérer cette phrase à l’ombre du monde sans livres en papier que nous préparent Amazon et autres GAFAs. Pas ce soir. J’avais essayé de lire « Rainbows End » de Vernor Vinge il y a 18 mois et je n’avais rien compris. Il faudra recommencer.

Sinon, on peut aussi repartir de (ou revenir à) « Hyperion », le premier tome, publié par Dan Simmons en 1989.

« Martin, Martin, Martin, » she said, « the population of literate people has been declining steadily since Gutenberg’s day. By the twentieth century, less than two percent of the people in the so-called industrialized democracies read even one book a year. And that was before the smart machines, dataspheres, and user-friendly environments. By the Hegira, ninety-eight percent of the Hegemony’s population had no reason to read anything. So they didn’t bother learning how to. It’s worse today. There are more than a hundred billion human beings in the Worldweb and less than one percent of them bothers to hardfax any printed material, much less read a book. »

Bonne nuit.

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