Le rapport à la maladie sous la pression de l’hyper-individualisme

C’est l’hiver, il fait froid, et naturellement, beaucoup de gens tombent malades — rhumes, grippes, angines, etc : des plats de saison.

L’humanité a progressé, on ne meurt généralement plus de ces maladies hivernales.

Cependant, le rapport à la maladie n’est-il pas différent maintenant d’il y a quelques dizaines d’années ?

Je le crains, et je pense qu’on peut y lire des dérives de notre société hyper-individualiste.

D’abord, la maladie est quelque chose de honteux, de sale, quelque chose qu’il faut cacher. Les malades sont assez peu respectés. Le narcissisme conduit à nier la maladie, comme toute autre forme d’imperfection. La maladie n’est plus acceptée comme un moment de l’existence, mais comme une souillure, une honte. Le narcissique contemporain est sans défaut.

Ensuite, la maladie est conjuguée sur un mode individuel. On parle de moins en moins d’épidémies, on accepte de moins en moins la fatalité qui conduit à certaines maladies, le cycle naturel des saisons. Et comme l’individu a honte d’être éventuellement malade, il transfère sa honte sur les gens malades autour de lui. Il faut des coupables. Si tu es malade, c’est sûrement de ta faute. Tu dois assumer. Tu dois te sentir responsable et coupable. Tu devrais avoir honte. Tu aurais dû faire attention.

Oui, on prétend ainsi « responsabiliser » les malades. Un ministre normalien est allé jusqu’à dire, à l’automne 2011 :

Si jamais, quand vous tombez malade, cela n’a aucun impact sur votre indemnité et votre salaire, ce n’est pas très responsabilisant. (…) Quelqu’un qui est en arrêt maladie, il faut qu’il se rende compte : tout ça, ça coûte à la sécurité sociale (…) [Il faut distinguer] celui qui joue le jeu, qui, quand il est un petit peu malade, fait l’effort d’aller au travail [et celui qui se dit] quand je suis malade, c’est pas grave parce que je suis indemnisé.

Partant de là, on diminue l’importance de se soigner. Il faut juste avaler des produits, de préférence ceux prescrits par le marketing des boîtes à fric de type pharmaceutiques, mais n’impactant les profits des boîtes à fric de type assurances. Mais même malade, il faut aller au travail. Et de fait, même avec un arrêt de travail en bonne et due forme, beaucoup de gens vont quand même travailler, car ils sont sous pression, individuellement. La pression, toujours la pression, tout le temps et partout. Les actionnaires attendent des comptes tous les trimestres, le management suit les activités « en temps réel », etc. Tu es malade, tu vas pas en plus rester dans ton lit ?

De plus, on encourage de moins en moins les malades à réfléchir à comment préserver les autres. L’aspect collectif, ou épidémique, des maladies est occulté. Qui se rappelle encore qu’un arrêt de travail pour un individu malade a aussi pour fonction de protéger les autres, de limiter les risques de contagion sur le lieu de travail ? Cette idée est en voie de disparition, comme beaucoup d’idées collectives, ou — osons le mot tabou — sociales. Tu t’en fous des autres, tu as des objectifs individuels qui passent avant tout.

De la même manière, la dimension collective de la vaccination a disparu du discours. Pour nos contemporains, se faire vacciner est surtout un choix individuel, pour une protection individuelle. Chacun est responsable de soi, personne n’est responsable des autres, chacun doit faire un choix pour lui-même.

Chaque automne amène des discussions autour de la vaccination anti-grippale, mais les arguments sont chaque année un peu plus individualistes : quels sont les risques individuels ? Qui n’a pas besoin de se faire vacciner ? Combien ça coûte ?

Pourtant, comme le rappelait un petit article d’Eric Conan dans Marianne en décembre 2012 :

Le double but d’une vaccination est de protéger les individus contre les maladies infectieuses graves et de limiter, voire supprimer, les possibilités de reproduction de l’agent pathogène. (…) Compte tenu des modalités de diffusions de la plupart des maladies, il suffit, pour qu’une population soit protégée de manière efficace, que, selon les pathologies, de 70 % à 90% de ses membres soient vaccinés. (…) Mais aujourd’hui la non-vaccination a pris une forme de rébellion aussi branchée que massive. (…) Ce noyau des réfractaires confortablement protégés par la vaccination des autres, maintenu par le passé sous la barre des 5%, se rapproche aujourd’hui des 20-25%.

Comment en est-on arrivé là ? Il y a pour partie des formes modernes d’obscurantisme, évoquées dans l’article cité précédemment, et plus détaillés en décembre également dans un article de Slate, focalisé sur le pays phare de certains obscurantismes modernes (les Etats-Unis d’Amérique). La conclusion est sans appel :

Science saves lives, just as most certainly antiscience can take them away.

Mais, derrière et à côté de l’obscurantisme, il y a l’individualisme, le narcissisme, l’égoïsme. L’esprit de notre temps.

Entraînera-il de terribles régressions ? Des épidémies mortelles qu’on croyait disparues ? D’autres formes de catastrophes sanitaires ?

J’espère que non. Mais ce ne serait pas la première régression causée par l’esprit de notre temps — qu’on appellera néolibéralisme pour simplifier.

Bonne soirée.

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2 commentaires pour Le rapport à la maladie sous la pression de l’hyper-individualisme

  1. Jice dit :

    Ma position pour – ou plutôt contre suivant le cas – la vaccination, n’est pas tant individualisme que méfiance face à « l’industrie du médicament », qui comme chacun sait n’est qu’une bande de bisounours occupés à sauver le monde. Ou bien une porcherie globale dont le principal intérêt des actionnaires est d’évaluer l’épaisseur du placage or qu’ils vont pouvoir faire à leur piscine ? Je ne sais plus…
    Bref, je me méfie. Principe de précaution.

  2. lachainedevv dit :

    Ces meme instances qui nous préconise des vaccins incluants des métaux lourds, nous mantent sur par exemple le potentiel énorme de la vitamine C , largement prouvé scientifiquement, avec un A.J.R. de moins d’un gramme (110mg) on est bien loin des recommandations du prix nobel Linus Pauling qui préconisait 10gr par jour , toutes les études et archives sont là…
    Ces meme personnes qui nous vendent des cachets effervescents gout orange , nous font injecter à nos enfants âgés de quelques mois des métaux lourds et autres souches de virus, nous conseille vivement de manger 5 fruits et légumes par jours meme si c’est des OGM… La polio par exemple , se soigne trés trés bien en injectant de la vitamine c en intra-musculaire , ainsi que le tétanos , pourquoi recourir à la vaccination dans ces cas là par exemple ? HISTOIRE DE POGNON…

    http://lachainedevv.wordpress.com/2013/01/29/la-verite-sur-la-vitamine-c-acide-l-ascorbique/

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