Les objets m’étouffent

Plus je vieillis, plus cette civilisation hyper-matérielle m’écoeure.

La société de consommation. Le règne des objets.

Les objets s’accumulent de partout dans ma maison. Il y en a toujours plus, on n’arrive plus à les ranger, mais on en rajoute quand même. A chaque noël, à chaque anniversaire, à chaque passage de l’une ou l’autre dans un temple de la consommation, et en d’autres occasions, une fournée d’objets en plus vient s’entasser, une strate supplémentaire s’agglutine au-dessus des strates précédentes.

J’ai l’impression que les objets vont m’écraser, me noyer, m’asphyxier. Parfois c’est physique, presque pathologique, je ressens l’envie de tout jeter, de tout expulser. C’est une sorte de phobie irrationnelle, une pulsion, c’est les objets ou moi, si je ne me débarrasse pas d’eux, c’est eux qui se débarrasseront de moi.

Je me dis parfois, en paraphrasant la loi de Gresham, que les mauvais objets chassent les bons. Les objets inutiles prennent une place que pourraient occuper des objets plus utiles. Variante : les objets sans âme volent de l’espace aux objets avec âme. Typiquement, je pense parfois que les jouets des enfants, qui trainent de partout, volent la place qui pourrait être utilisée pour mes livres, eux enfermés dans des cartons. C’est surement idiot.

Car comment dire que les jouets des enfants sont sans âme ? La plupart sont beaux, bien faits, bien conçus, mignons, touchants. Oui … oui mais il y en a tellement ! Il y en a tellement qu’ils n’en aiment aucun. La quantité tue toute espèce d’attachement et d’émotion. Ce ne sont plus que des objets comme les autres. Envahissants et oppressants. Un tas froid et inanimé.

Non seulement les objets prennent de la place, mais aussi ils prennent du temps. Les objets dévorent l’espace, l’air, l’oxygène, la lumière et le temps.

Il faut s’en occuper. Il faut les nettoyer, les ranger, les trier, les remettre à leur place, leur trouver une place, partir à leur recherche quand on les a perdus et qu’on a besoin d’eux, etc. Le temps est précieux, le temps c’est ce qui manque le plus, et pourtant un temps démesuré est dévoré par les objets. Il faut les payer aussi, et ce qui les paye c’est mon temps de travail.

Ne parlons même pas des objets qui reviennent cycliquement — les cycles de la vaisselle de la lessive. Les tas de vaisselle sale, de linge sale et de linge à repasser. Des tas sans âme, évidemment. Mais prioritaires. Car comme pour l’espace, il y a compétition pour le temps entre les objets.

Ainsi, par exemple, les tas de linge sont prioritaires par-rapport aux tas de magazines et de livres en cours de lecture. C’est désespérant, mais c’est comme ça. Je n’ai le temps de rien, mais quand j’ai du temps ce sera d’abord pour le linge, car le cycle tourne, il faut bien habiller la famille, ça n’attend pas — alors que les trucs à lire, eux, ils peuvent attendre, ils attendent, ils attendront.

Oh bien sûr je n’imagine pas vivre dans un complet dénuement, il faut bien évidemment se nourrir, se vêtir, certains objets répondent à des besoins … mais est-ce que la vie nécessite mécaniquement autant d’objets ?

Je suis entouré de gens qui ne posent pas ce genre de questions. Au contraire, il leur en faut toujours plus, ils n’en ont jamais assez. Ca ne semble pas être une question d’âge, même si les enfants sont clairement le moteur inavoué de la société de consommation. La société de consommation se porte très bien, peut-être même ne s’est-elle jamais aussi bien portée. Ça consomme, ça accumule, ça entasse.

A la plupart de nos contemporains, il en faut toujours plus, toujours plus d’objets pour remplir l’espace et le temps. Et moi j’étouffe, en manque d’espace et en manque de temps.

Bonne nuit.

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