Ce qui est simple est faux, ce qui est compliqué est inutilisable

Depuis bien longtemps, une de mes phrases préférées est :

Les paradoxes d’aujourd’hui sont les préjugés de demain.

Je croyais que c’était de Paul Valéry, mais Google m’a montré que c’est de Marcel Proust.

Une autre de mes phrases préférées est, je crois, aussi de Paul Valéry.

Ce qui est simple est faux, ce qui est compliqué est inutilisable.

Wikiquote confirme que c’est de Paul Valéry, mais corrige la formulation.

Le simple est toujours faux. Ce qui ne l’est pas est inutilisable.

Cette dichotomie est pour moi essentielle. Double dichotomie. Simple et compliqué. Faux et utilisable.

Je pense viscéralement que la réalité est complexe, que les phénomènes sont compliqués, inter-dépendants, paradoxaux et surprenants. Au moins.

Je déteste les fausses idées simples, comme par exemple l’idée d’un « ordre naturel ». Je déteste les gens qui se contentent seulement d’idées simples, arrêtées, conformes… mais tellement pratiques, tellement confortables, tellement faciles à utiliser, à asséner pour couper court à toute discussion. « C’est comme ça et c’est pas autrement. C’est très simple. Point-barre. »

Je déteste tout autant les hyper-spécialistes enfermés dans leur petit domaine, qu’ils croient complètement contrôler, où ils peuvent régner au chaud avec leurs idées simples, pensant ainsi d’être mis à l’abri du reste du monde, compliqué, incertain et froid.

Disons-le comme ça : Le monde est compliqué, incertain et froid. Le monde est complexe.

Mais on ne va pas loin avec la complexité du monde à l’état brut. On s’y perd. On ne peut pas en dire grand’chose, on ne peut pas en faire grand’chose. La complexité est, à l’état brut, inutilisable.

On peut s’en contenter. Mais quel est l’intérêt du monde en tant que tel, sans personne pour en parler, pour le contempler ou le critiquer ? Aucun. Il faut en faire quelque chose. Il faut pouvoir en parler à quelqu’un. Donc il va falloir l’exprimer, le formuler, le représenter.

Et pour cela, il faut analyser, découper, compartimentaliser, structurer, et simplifier.

Il faut ne jamais oublier que simplifier, c’est un peu souiller la réalité, violer les phénomènes, trahir la complexité. Il faut l’assumer. Car ça peut être ressenti douloureusement. Simplifier, trop simplifier, cela peut être insulter son interlocuteur, le traiter comme un imbécile.

Et pourtant, c’est nécessaire. L’expression, la représentation, la communication doivent être simples. Raisonnablement simples. Il faut s’exprimer simplement pour être compréhensible. Si on s’explique de manière trop compliquée, personne n’écoutera, même avec la meilleure volonté du monde. Noyer son interlocuteur, l’écraser de machins peu compréhensibles sans l’aider à en discerner le sens, cela aussi peut être insulter son interlocuteur, se moquer de lui, le traiter comme un imbécile.

La simplicité peut être vue comme une forme d’élégance. Ou une forme de politesse. J’ai appris comme beaucoup de lycéens la formule de Boileau :

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement.

J’ajoute aussi que la simplicité est nécessaire pour avancer dans l’exploration (ne parlons même pas de la maîtrise) de la complexité. Il faut éviter la complexité artificielle inutile, qui empêche de s’attaquer efficacement à la complexité réelle.

J’ai grandi avec des Légos, à l’époque du règne des briques génériques, simples et un peu moches, à partir desquelles on batissait toutes sortes de choses compliquées et magnifiques.

J’ai découvert récemment une phrase, attribuée à Albert Einstein, qui fixe assez bien le compromis nécessaire entre complexité et simplicité.

Everything should be as simple as it can be, but not simpler.

Je crains que ce billet ne soit trop long ou pas assez lisible. Je rêve d’arriver à faire des billets courts et clairs. Je dois surtout dire que j’admire l’élégance et la simplicité des phrases que j’ai citées ce soir, de Paul Valéry, de Boileau et d’Albert Einstein. Elles tiendraient en un tweet.

Même si, étant simples, elles sont peut-être un peu fausses.

Bonne nuit.

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Un commentaire pour Ce qui est simple est faux, ce qui est compliqué est inutilisable

  1. jbs dit :

    Ces phrases ne sont pas simples, bien au contraire elles sous-tendent un contenu complexe dont il est difficile d’estimer la profondeur. Mais nous pouvons comprendre leur sens profond même s’il est difficile de l’expliquer. C’est à mon sens ce qui différencie le simple de l’intelligible.

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