The end of our species, the peak of your civilization, on tourne en rond

Est-ce qu’on tourne en rond ?

J’ai vu passer ces dernières années diverses théories selon lesquelles Internet et surtout « les réseaux sociaux », en multipliant les connexions et le brassage des idées, favorisent l’innovation, la connaissance, le développement intellectuel, etc. Pourquoi pas ? J’ai tellement cru à Internet quand j’étais plus jeune, j’aimerai encore y croire. Ces dernières années, je suis plus sceptique, même si j’apprécie le bouillonnement de Twitter spécifiquement. J’ai déjà exprimé une partie de mon scepticisme sur « les réseaux sociaux » il y a quelque temps.

Je vais juste rajouter ce soir quelques éléments, de manière un peu brouillonne, fainéante par fatigue, avec assez peu de commentaires. Ils reviendront peut-être dans des billets ultérieurs. La fatigue de l’hiver finira par passer, comme l’hiver lui-même.

En 1995, Michael Crichton publiait « The Lost World », une suite à « Jurassic Park », où il ressuscitait son personnage mathématicien Ian Malcom, qu’il avait laissé pour mort. Ian Malcolm exprime pas mal de fulgurances qu’on peut attribuer à Crichton lui-même. En 1995 donc, alors que l’Internet « grand public » n’a quasiment pas décollé, il écrit ceci, critiquant pêle-mêle cyberspace et mass-media — la notion de « réseau social » n’avait pas encore été formulée :

Although personally, I think cyberspace means the end of our species. (…) Because it means the end of innovation (…) This idea that the whole world is wired together is mass death. Every biologist knows that small groups in isolation evolve fastest. You put a thousand birds on an ocean island and they’ll evolve very fast. You put ten thousand on a big continent, and their evolution slows down. Now, for our own species, evolution occurs mostly through our behaviour. We innovate new behaviour to adapt. And everybody on earth knows that innovation only occurs in small groups. Put three people on a committee and they may get something done. Ten people, and it gets harder. Thirty people, and nothing happens. Thirty million, it becomes impossible. That’s the effect of mass media – it keeps anything from happening. Mass media swamps diversity. It makes every place the same. Bangkok or Tokyo or London: there’s a McDonald’s on one corner, a Benetton on another, a Gap across the street. Regional differences vanish. All differences vanish. In a mass-media world, there’s less of everything except the top ten books, records, movies, ideas. People worry about losing species diversity in the rain forest. But what about intellectual diversity – our most necessary resource? That’s disappearing faster than trees. But we haven’t figured that out, so now we’re planning to put five billion people together in cyberspace. And it’ll freeze the entire species. Everything will stop dead in its tracks. Everyone will think the same thing at the same time. Global uniformity.

Par parenthèse, ce soir — samedi 16 février 2013 — comment s’appelle la grande émission de variétés diffusée par la première chaîne publique française ? Champs-Elysées. Présenté par Michel Drucker. Magnifique. Vous aimez les chiens ? Formidable. Heureusement que ça ne s’appelle plus Antenne 2. Quoique…

Le 23 février 2002, François Bayrou trouvait cette formule, que Jean-Louis Bourlanges ne rate jamais une occasion de rappeler :

Si nous pensons tous la même chose, c’est que nous ne pensons plus rien.

L’an dernier, le 22 mars 2012, Courrier International publiait la traduction d’un long papier du critique Kurt Andersen, en l’intitulant :  » Pourquoi notre époque fait du surplace « . A lire en entier. Voici le début de la conclusion — je garde la fin de la conclusion pour une autre fois.

Nous nous sommes mis de nous-mêmes dans un cercle vicieux : le progrès économique et l’innovation stagnent, hormis dans les technologies de l’information, ce qui nous pousse à adhérer au passé et à faire du présent un musée, ce qui prive les cultures de l’innovation de l’énergie dont elles ont besoin pour faire surgir des idées et des formes vraiment nouvelles, ce qui décourage tout changement radical et renforce la stagnation ­économique (et politique).

Dans The Matrix (sorti en 1999), dans un futur plus ou moins lointain, l’Agent Smith explique à Morpheus :

Have you ever stood and stared at it, marveled at its beauty, its genius? Billions of people just living out their lives, oblivious.

Did you know that the first Matrix was designed to be a perfect human world, where none suffered, where everyone would be happy? It was a disaster. No one would accept the program, entire crops were lost.

Some believed we lacked the programming language to describe your perfect world, but I believe that, as a species, human beings define their reality through misery and suffering.

The perfect world was a dream that your primitive cerebrum kept trying to wake up from. Which is why the Matrix was redesigned to this, the peak of your civilization.

I say your civilization, because as soon as we started thinking for you it really became our civilization, which is of course what this is all about.

J’insiste sur cette partie : Which is why the Matrix was redesigned to this, the peak of your civilization. The peak of your civilization. 1999 ? 1990 ?

Ai-je déjà cité l’Agent Smith dans ce blog ? Je le citerai encore, je citerai encore cette tirade certainement dans de futurs billets. Peut-être que ça démontrera que je tourne en rond. En tout cas, cette tirade est pour moi, plus qu’une clef, un véritable trousseau de clefs.

Bonne nuit.

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