Individualisme et ingratitude

Billet écrit en temps contraint.

L’individualisme est un poison qui corrompt tout.

Certes, il y a des théories expliquant que les progrès de l’individualisme sont les marques des progrès de l’humanité toute entière, que chaque grande avancée historique a été une grande avancée de l’individualisme. Jacques Attali, par exemple, a écrit des choses très intéressantes sur ce thème. Peut-être. Pourquoi pas ?

Mais ces belles théories me semblent assez dérisoires par-rapport aux ravages de l’individualisme contemporain, et de ses corollaires, notamment l’ingratitude.

Tout groupe, pour fonctionner, a besoin que le plupart des individus qui y participent arrivent à se penser comme agissant pour lui, et pas juste pour eux-mêmes.

Les crétins de l’équipe de France de football, à la Coupe du Monde en Afrique du Sud en 2010, ont montré un bel exemple de groupe qui n’existe plus, parce qu’il n’était plus qu’un assemblage d’individualités imbéciles. Chacun n’était là que pour lui-même. Moi, ma gueule, mes sponsors, mes contrats, ma thune, mes intérêts personnels, égoïstes et individuels. Le groupe ? Il peut crever le groupe, qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Et d’ailleurs, le groupe en question a bien crevé.

Le poison de l’individualisme s’est diffusé partout, partout, goutte après goutte.

Ce qui me concerne moi est plus important que ce qui concerne le groupe.

Ce qui concerne le groupe ne me concerne pas. Ce qui s’applique au groupe ne devrait pas s’appliquer à moi.

Je n’ai pas besoin du groupe. Je n’ai pas besoin des autres.

Je peux et je dois me penser à part, à côté, en dehors du groupe, en dehors des autres.

Je serai forcément meilleur si j’arrivais à me passer du groupe. Je vaux forcément plus que les autres.

Le groupe est une charge pour moi, je devrais compter ce qu’il me doit et ce que je lui dois. Les autres aussi. On devrait tout compter, tout facturer, ne rien oublier, ne rien partager, ne rien mutualiser, ne rien mettre en commun.

Il y a encore des gens et des groupes qui arrivent à subsister, à avancer, à construire malgré ce poison. Puisque j’ai parlé football, je dois citer cette phrase fabuleuse de Lilian Thuram en 2006 :

On vit ensemble, on meurt ensemble.

Mais n’est-ce pas devenu l’exception ?

Dans le monde du travail, les équipes, les groupes qui marchent, ne sont-ils pas devenus l’exception ? Et, qui plus est, ce sont des exceptions en sursis, des exceptions que les managers modernes chercheront à briser si elles leurs tombent entre les mains, car le management moderne craint et combat farouchement toute forme de dynamique collective. Il est beaucoup plus facile de régner sur des individus atomisés, égoïstes, séparés.

Le roman « Les Particules Élémentaires » de Michel Houellebecq a été traduit en anglais sous le titre « Atomised », ce qui est fort bien vu.

Le poison de l’individualisme n’est pas que dans le monde du travail. Il est dans les associations, dans les groupes religieux, dans les syndicats et les partis politiques, il est aussi dans les familles. Il est partout. Partout il vient corrompre les individus, leur faire oublier ce qu’ils doivent au groupe, leur faire miroiter qu’ils valent mieux que le groupe, etc.

Partout le poison de l’individualisme persuade les individus qu’ils ne doivent rien à personne, et surtout pas aux groupes qui les portent. Partout le poison de l’individualisme sème avec lui le poison de l’ingratitude.

Ce poison est omniprésent dans les hautes sphères de nos sociétés (ou de ce qu’il en reste). Il y a quelques semaines, Gérard Depardieu en a été un exemple édifiant, sordide ou grotesque, selon les points de vue. Je n’ai pas besoin de ce pays, je n’ai besoin de personne, je vais où je veux, je fais ce que je veux, je suis riche et je vous emmerde. Le temps me manque ce soir pour rappeler, à travers certaines réactions, l’écho approbateur qu’a reçu ce discours individualiste et ingrat.

L’individualisme et l’ingratitude sont des poisons qui détruisent tout.

Bonne nuit.

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2 commentaires pour Individualisme et ingratitude

  1. Ping : Economie | Pearltrees

  2. uzumaki dit :

    Eh bien, ça ne s’arrête pas, et la pire des phrases que j’entende – pire que « je suis nazi » – c’est : « je fais ce que je veux », mon oreille et mon cerveau la perçoit comme une insulte qui donne une très forte envie de répondre violemment !

    J’espère bien que vous développerez plus les arguments contre ce genre de pensées adolescentes !

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