Loin de l’Homme de Rio

Billet écrit en temps contraint.

J’ai revu tout à l’heure le début du film « L’Homme de Rio ».

Jean-Paul Belmondo, jeune (dire qu’il va avoir 80 ans bientôt !), dans un rôle façon Tintin à la conquête du vaste monde, se retrouve piéton à Rio de Janeiro. Il est arrivé là complètement par accident, sans aucune préparation. Il ne sait pas où il est, il ne sait pas où il va. Il n’a pas de plan, pas d’argent, pas de repère, pas de smartphone, rien. Et il y a ainsi une séquence de quelques minutes absolument géniale, il marche, dans cette ville surprenante, avec la végétation tropicale, avec des immeubles de tous types dans tous les sens. Un peu plus loin il sera amené à prendre un vieux tram, qui franchit un vieux viaduc, puis monte à l’assaut d’une colline couverte de plantes luxuriantes.

J’ai été émerveillé de revoir ce film. Je l’avais vu des dizaines de fois étant enfant, à l’ère des premiers magnétoscopes VHS — soit dit en passant l’interface utilisateur pour avance-rapide et retour-rapide était, dans mon souvenir, moins ambigu que les boutons de la télécommande de ma box ADSL.

Je suis sûr que j’ai rêvé, récemment encore, de promenade à pied vers l’inconnu reprenant des éléments du parcours de Belmondo à Rio. Les escaliers. Le tram à flanc de colline. Le sentier à travers les grandes plantes exotiques. Des choses comme ça.

En réfléchissant un peu, je dois pouvoir retrouver d’autres situations imaginaires analogues, dans des films, dans des romans, où le personnage se retrouve face à des lieux complètement inconnus, seul. Par exemple l’arrivée à Barcelone de Romain Duris, dans « L’Auberge Espagnole ».

Face à des lieux inconnus, comme face à une page blanche.

Depuis combien de temps ne me suis-je pas trouvé dans une situation analogue ?

Il y a quelques semaines, dans un grand domaine skiable des Alpes ? Non, on ne se perd pas dans un domaine skiable, tout est bien balisé.

En vacances, l’été dernier ? Avec quelques nuances. Première nuance : on avait une voiture, on a fait assez peu de choses à pied. Alors que pour vraiment découvrir, il faut aussi être à pied, je tiens beaucoup à ce détail. On se perd plus facilement à pied.

Deuxième nuance : on avait méticuleusement préparé toutes les étapes, avec des enfants on ne se lance pas à l’aventure, on ne prend pas de risque, on ne va pas complètement à l’inconnu.

Troisième nuance : avec la famille, quand on se retrouve, malgré tout, après quelques détours, un peu perdu, on ne le dit pas. On ne l’avoue pas. On le ressent, mais on doit le nier. « Tu sais où on est ? » « Bien sûr. » « Tu sais où tu vas ? » « Evidemment. » « Mais on est perdus, là ! » « Mais non, on est en train d’arriver. » La famille n’accepte pas d’être un peu perdue. Madame s’énerverait. Les enfants s’inquiéteraient. Tout doit être sous contrôle.

Et pourtant, en regardant Belmondo dans Rio, ce que j’ai senti c’est bien « avoir envie de se perdre ».

Ou plutôt « prendre le risque de se perdre ». Se mettre en situation de réaliser qu’on s’est perdu. Se donner la possibilité de faire à l’inconnu, à l’imprévu. Baisser la garde. Lâcher prise. Laisser aller. Faire de la place.

Faire face à une page blanche. Etre au début de l’histoire. Au point zéro. A l’origine.

Découvrir des lieux et des territoires inconnus. Dessiner la carte sur une page blanche, au fil du chemin, en avançant.

Je n’ai jamais accroché aux jeux vidéo, à quelques exceptions près, la principale étant Civilization (toutes éditions de 1992 à 2001). La carte initiale est entièrement vide. Tout est à découvrir. On découvre les territoires petit à petit, quand on arrive à pouvoir avancer des unités. Quand on dispose de bateaux, on repère les côtes des continents. Mais ça aussi, je n’ai plus le temps.

Je ne parcours au quotidien que des lieux que je connais déjà, plus ou moins.

Je ne vois pas comment je pourrais un jour me retrouver à nouveau face à une page blanche, face à une ville ou un pays inconnu. Et je sais que, plus les années passent, moins je serais vaillant face à une telle opportunité.

En somme, je vieillis et je tourne en rond, alors que Belmondo traverse Rio avec sa grande allure jeune et énergique.

Il me reste juste la possibilité de rêver à des lieux imaginaires.

Bonne nuit.

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Un commentaire pour Loin de l’Homme de Rio

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