Ne travaillez jamais !

Je me suis intéressé jadis à Guy Debord. J’ai essayé de lire « La Société du Spectacle », il y a une quinzaine d’années. Le livre doit être là, sous mes pieds, dans un carton, à la cave, comme tant d’autres livres.

J’ai vieilli. J’ai la faiblesse aussi de penser que j’ai muri. Si je relisais « La Société du Spectacle » maintenant, je comprendrais probablement mieux. J’ai vécu. J’ai vécu des choses réelles, que je saurais peut-être relier au livre, ou que le livre m’éclairerait. L’expérience me permettrait de donner du sens au livre, et réciproquement.

Je peux dire la même chose de plusieurs autres livres. Lus trop jeune. Trop tôt.

Si j’avais le temps, c’est maintenant qu’il serait pertinent que je les relise. Il n’est pas trop tard, mais …

Mais je n’ai pas le temps.

Il y a plusieurs formules ou slogans de Guy Debord dont je me souviens néanmoins, ou que je revois passer de temps en temps, ici ou là. L’un d’entre elles est :

Ne travaillez jamais !

Comme j’ai commencé à l’évoquer, je fais partie de ces gens qui ont voulu croire que leur épanouissement personnel devait passer par un épanouissement dans le travail. Que le travail devait être un épanouissement. Que c’est par le travail qu’on se réalise dans la vie. Et d’autres idées ou imprécations de cet ordre.

Beaucoup de ces illusions ont disparu au fil des années. Il en reste, il en restera toujours quelque chose, on ne se refait pas, en tout cas pas complètement. Je continuerai jusqu’au bout à penser qu’il existe des gens qui se réalisent par leur travail. Je continue à espérer que ça m’arrive à moi aussi, ou à me dire que c’est en train de m’arriver. Mais comme Audiard le fit dire à Gabin :

Il existe aussi des poissons volants, mais ils ne constituent pas la majorité du genre.

Le travail, le travail salarié ordinaire contemporain, c’est un volume d’heures par semaine, 39, 35, 37, le chiffre exact ou forfaitaire ne change rien à l’affaire. Rajoutez les temps de transport. Rajoutez le zèle assisté par ordinateur, smartphone et assimilés. Que reste-t-il à l’arrivée ? Combien de temps ? Plus exactement : combien de temps « vrai » ? De temps « disponible », ou « utilisable », au sens thermodynamique si j’ose dire ? De « quality time », comme disent les Américains.

Qui a dit « Il ne faut pas perdre sa vie à la gagner » et assimilé ?

Un slogan de la Prévention Routière dans les années 1980s disait : « Boire ou conduire, il faut choisir ! »

Travailler ou penser, faut-il choisir ?

Mot-clef démodé : aliénation.

Pourquoi se poser la question, s’il n’y a pas le choix ? Il faut bien manger — subvenir à ses besoins, aggravés par la couche de la société de consommation, et encore aggravé par la surcouche de la société du crédit.

Ce qui ramène à Fabienne Thibeault, forcément :

J’ai pas envie d’faire comme tout l’monde
Mais faut bien que j’paye mon loyer

« C’est la vie », comme disent les Américains.

Bonne nuit.

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