Définition : comprendre

Comprendre : prendre.

Comprendre, c’est prendre. Comprendre, c’est s’approprier. Quotidiennement, on croit savoir ou apprendre beaucoup de choses, mais on reste en fait à la surface, on reste à l’écart, consciemment ou inconsciemment. Et on oublie très vite. Comprendre, cela veut dire être rentré dans la substance, avoir identifié les tenants et les aboutissants, avoir vu la dynamique et pas seulement l’état instantané. De telle sorte que la connaissance comprise ne part pas au premier coup de vent. Plus on comprend une chose, moins on oublie vite. La mémoire humaine persistante est plus exigeante que la mémoire volatile.

Comprendre, c’est être capable de restituer, d’expliquer, de présenter. Je considère que j’ai vraiment compris quelque chose si je suis capable de l’expliquer avec mes propres mots, avec mes propres moyens, par oral, par écrit (ce qui inclut PowerPoint, eh oui !). Si je ne suis pas capable de le restituer moi-même — pas juste en citant, en répétant, en copiant-collant –, c’est que je n’ai pas compris. Tant que je n’ai pas le temps ou l’opportunité de tenter de transmettre une chose, je garde un doute sur la réalité de ma compréhension de la chose.  Comprendre, c’est avoir pris pour être capable de partager.

Comprendre, c’est prendre le temps. Comprendre est un processus lent, voire très lent. C’est rarement instantané. Ca prend du temps. C’est pour cela que ceux qui cherchent vraiment à comprendre ont un lourd handicap dans l’hystérique monde contemporain. Dans le monde de l’entreprise (« vous n’êtes pas payé pour penser »). Ou encore dans l’emblématique petite bulle médiatique. Ce petit extrait des coulisses d’une émission de référence de la télévision française le résume assez bien :

Ce qui compte, ce n’est pas vraiment la brièveté, mais plutôt la vitesse. D’abord pour piquer la parole. Il faut avoir le réflexe de commencer à parler avant d’avoir quelque chose à dire. (…) Si tu te poses des questions, tu es mort.

Comprendre, ce n’est pas vendre. Comprendre, ce n’est pas juste connaître. La science dans l’hystérique monde contemporain cherche de moins en moins à connaître, encore moins à comprendre, elle cherche à prendre pour vendre, pour se vendre, pour transformer en marchandise. Cela est bien rendu par quelques-uns des fulgurances du personnage Ian Malcolm dans le « Jurassic Park » de Michael Crichton :

Discovery is always rape of the natural world. Always.

La découverte (« scientifique ») c’est prendre, c’est même violer. Mais pour en faire quoi ? La réponse de Ian Malcolm :

I’ll tell you the problem with the scientific power that you’re using here, it didn’t require any discipline to attain it. You read what others had done and you took the next step. You didn’t earn the knowledge for yourselves, so you don’t take any responsibility for it. You stood on the shoulders of geniuses to accomplish something as fast as you could, and before you even knew what you had, you patented it, and packaged it, and slapped it on a plastic lunchbox, and now you’re selling it, you wanna sell it.

Je traîne une très longue fascination pour Georges Simenon. C’est un grand écrivain toujours assez méprisé dans les milieux littéraires et assimilés, notamment peut-être parce qu’il est accessible. Il est lisible. J’ai lu des dizaines, voire des centaines, de ses livres, et je n’ai jamais eu aucun problème de compréhension, sa prose est toujours fluide et limpide. Alors que je ne compte plus les écrivains, sans doute de grande valeur, mais que j’ai laissés tomber parce que trop souvent incompréhensibles.

La devise de Simenon — de mémoire, c’était d’abord celle qu’il attribuait à Maigret — est : Comprendre et ne pas juger. C’est une phrase qui revient me hanter périodiquement. Parce que je ne suis pas grand’chose, et qu’il m’arrive de juger, de juger hâtivement, bêtement, stupidement. Comme tout le monde. Mais il faut essayer d’éviter.

Avant de juger il faut comprendre. Essayer de comprendre. Et si on comprend, si on comprend assez, alors souvent on est dispensé de juger, on n’a plus envie de juger, on n’a plus besoin de juger. On a annexé à soi-même ce qu’on a compris. On l’a digéré, on l’a assimilé, on s’en est nourri. Cela fait partie de soi-même, de son expérience, de son être.

Comprendre, c’est prendre.

Bonne nuit.

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Un commentaire pour Définition : comprendre

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