Au fil des fleuves et des rivières

Dans les cartes, ce que j’aime le plus ce sont les lignes.

Les traits qui relient des points à d’autres points.

Les routes, les autoroutes, les voies ferrées, les canaux. Des lignes qui ont été construites, qui ont été dessinées, certaines au fil des siècles, sans projet d’ensemble initial, littéralement grattées dans la terre, arrachées à la terre. D’autres plus récentes et très étudiées, dessinées sur des cartes avant d’être taillées par toute sortes d’engins, guidées au laser.

D’un autre côté, les fleuves et les rivières. Tracés par des millions d’années de formation puis d’érosion des reliefs.

Sur les cartes, notamment les cartes d’Europe, ces deux types de lignes se ressemblent assez. Sur les cartes d’Amérique, continent de la ligne droite, on les différencie beaucoup plus facilement.

J’ai passé des heures, étant enfant, et même plus récemment, à lire des cartes, à suivre ces lignes sur les cartes, à essayer de comprendre les raisons de leurs détours, l’histoire des méandres des rivières, l’histoire des chemins transformés en routes, puis de routes améliorées par l’arrondissement des courbes, l’ajout de ponts, de viaducs ou de tunnels, puis parfois doublées par des autoroutes. Les routes de montagne sont particulièrement intéressantes. Le chemin s’est fait en avançant.

Pour être plus précis, pour parler d’une route que je connais un peu pour l’avoir réellement parcourue, j’aimerai comparer les cartes Michelin de différentes époques entre Albertville et Bourg-Saint-Maurice, voir comment a évolué l’ancienne Route Nationale 90, N90 ou RN90.

Je me rappelle très bien, comment, étant enfant, j’ai parcouru un atlas routier de mon grand-père maternel, pour suivre le cours de la Loire, depuis les environs de Saint-Etienne jusqu’à son embouchure. Avec un tel atlas routier, la France devait être découpée en une centaine de pages, avec une douzaine de bandes horizontales. Le long trajet de la Loire m’a réservé ce jour-là d’étranges surprises, jusqu’à son estuaire. Cet atlas est probablement dans un carton, quelque part au-dessous de moi. Son souvenir est moins loin que lui.

Bien des années plus tard, j’ai eu l’occasion de suivre le cours de la Loire, depuis Nantes jusqu’à l’extrémité de l’embouchure, le long de la rive méridionale. Je pourrais donner la date précisément, c’était un vendredi. Ça m’a fait une sensation surprenante, attendre cette embouchure, aller tout au bout du plus long fleuve de France. Avec, en face, de l’autre côté, l’Amérique — où je devais aller quelques jours plus tard. Ce matin-là, j’avais trouvé dans une librairie de Nantes une carte de la grande métropole d’Amérique du Nord où je devais aller quelques jours plus tard. Cette carte était tellement … carrée, tellement dépourvue de courbes … c’était peut-être un mauvais présage.

Je n’ai jamais eu l’occasion de remonter jusqu’à la source de la Loire, avec son nom étrange appris à l’école, le Mont Jerbier de Jonc.

J’ai eu l’occasion de voir ce qui est considéré comme la source du Rhône, en Suisse, le petit plateau du Saint-Gothard, qui est aussi la source du Rhin. Ce jour-là, j’ai suivi le Rhône jusqu’à Lausanne, descendant toute la haute vallée sous un soleil étourdissant. C’était l’année de la grande canicule, un peu avant la grande canicule.

J’aimerais mieux connaître les embouchures des bras du Rhin et de la Meuse. J’ai aimé remonter la Meuse, de Liège à Sedan, j’aimerais un jour reprendre cette route de Sedan à Verdun et au-delà.

J’aimerais voir les sources de la Seine, de la Meuse et de la Saône, sur le plateau de Langres. J’aimerais revoir le Danube. Et surtout, j’aimerais revoir le Rhin. Et je parlerai un autre jour des confluents.

Alain Souchon, 1988, dans l’album « Ultra Moderne Solitude » :

J’aime les hommes qui sont ce qu’ils peuvent,
Assis sur le bord des fleuves.
Ils regardent s’en aller dans la mer
Les bouts de bois, les vieilles affaires,
La beauté d’Ava Gardner.

J’aime les regretteurs d’hier
Qui trouvent que tout ce qu’on gagne, on le perd,
Qui voudraient changer le sens des rivières,
Retrouver dans la lumière
La beauté d’Ava Gardner.

Bonne soirée.

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