Pistes de lecture – L’Allemagne et l’Europe

Patrick Artus, dans Le Point, le 25 mars 2013 :

La différence de choix sociaux entre l’Allemagne et la France est en réalité concentrée sur un point : vaut-il mieux avoir des travailleurs pauvres ou des chômeurs ? L’Allemagne a fait le choix des travailleurs pauvres, d’où les fortes pressions qui s’exercent pour favoriser le retour à l’emploi en Allemagne, y compris dans des emplois peu qualifiés à salaire faible. Cela explique l’écartement entre les salaires de l’industrie et les salaires des services en Allemagne (35 % en 2000, 52 % aujourd’hui) ; la hausse des inégalités de revenus en Allemagne et pas en France ; la très forte hausse de la partie de la population au-dessous du seuil de pauvreté en Allemagne, plus forte qu’en France (16 % contre 14 % en 2011, alors qu’en 2000 il n’y avait que 10 % de la population au-dessous du seuil de pauvreté en Allemagne et 14 % en France).

Jacques Sapir, sur son blog RussEurope, le 26 avril 2013 :

La position de l’Allemagne condamne à court terme la zone Euro, et la meilleure solution résiderait dans une dissolution concertée de cette dernière, qui permettrait de sauvegarder un noyau institutionnel européen. Il faut alors réfléchir à « qui a intérêt à l’Euro » en Allemagne.

Il s’agit clairement d’une alliance entre des industriels dont les plus gros marchés sont dans les pays européens et des banquiers qui ont beaucoup à perdre à une dissolution de l’Euro. Pour les premiers, l’Euro, dans sa forme actuelle, est la garantie d’une monnaie qui ne soit pas trop surévaluée. Si l’Allemagne retrouvait le Mark, non seulement ce dernier s’apprécierait fortement face au Dollar et au Yen (avec un taux de change d’un DM pour 1,50 Dollar) mais les monnaies des principaux clients de l’Allemagne en Europe, la France, l’Italie et l’Espagne, se déprécieraient librement. Non seulement l’excédent commercial allemand disparaîtrait, mais il n’est pas impossible que se creuse un déficit de 1% à 2% du PIB. Par contre, une partie de la population et des retraités a clairement un intérêt à ce que l’Allemagne quitte la zone Euro pour garantir la valeur patrimoniale de leur épargne. En tout cas, cette partie de la population s’oppose farouchement à tout transfert de l’Allemagne vers les pays d’Europe du Sud. Cette ambiguïté explique la politique de Mme Merkel qui affirme vouloir conserver l’Euro (et ce faisant prend en compte les intérêts des industriels et des banquiers) mais qui affirme aussi qu’il n’est pas question de payer, que ce soit directement ou indirectement, car là elle défend les intérêts de son électorat. Ajoutons que si elle décidait de sacrifier les intérêts de son électorat, les industriels lui rappelleraient que la compétitivité allemande repose aussi sur le fait qu’une partie des excédents commerciaux est réinvestie.

  • Sans commentaire. Lire l’ensemble de ce billet.

Alexander Privitera, dans The Financial Times, le 29 avril 2013 :

As part of its push to overhaul Europe’s weaker economies, the German government has tried to sell a distinctly Teutonic recipe for success – a mixture of severe fiscal rectitude and a high-speed, cut-down version of Agenda 2010 – the package of employment law and social security reforms enacted by Gerhard Schroeder’s government in 2003 that was intended to make the labour market more open, responsive and flexible. (…) Paris is the last European citadel standing in the way of a sweeping victory for the « Berlin way ».

But François Hollande, president of France, should hold the line. Replicating what Germany did 10 years ago but in a compressed period is not a magic potion. It could be a dangerous poison.

(…) So Agenda 2010 should not be seen as a one-size-fits-all solution. Nor, indeed, should it be seen as the turning point for the German economy. The Bundesrepublik’s recent strong growth was the consequence of a process that began much earlier.

  • Le titre de l’article est « Not all European countries can be Germany ». Sans commentaire.

George Soros, dans Der Spiegel, reprise de Project Syndicate, le 10 avril 2013 :

If a referendum were held today, the supporters of a German exit would win hands down. But more intensive consideration could change people’s mind. They would discover that the cost to Germany of authorizing eurobonds has been greatly exaggerated, and the cost of leaving the euro understated.

The trouble is that Germany has not been forced to choose. It can continue to do nothing more than the minimum to preserve the euro. This is clearly Merkel’s preferred choice, at least until after the elections.

Europe would be infinitely better off if Germany made a definitive choice between eurobonds and exit, regardless of the outcome. Indeed, Germany would be better off as well except perhaps in the very near term. The situation is deteriorating and in the longer term it is bound to become unsustainable. A disorderly disintegration resulting in mutual recriminations and unsettled claims would leave Europe worse off than it was when it embarked on the bold experiment of unification. Surely that is not in Germany’s interest.

José A. da Silva Penena, lettre ouverte à Wolfgang Schäuble, dans Publico, traduit par Courrier International, le 8 avril 2013 :

Vous avez affirmé qu’il y a des pays de l’Union européenne qui sont jaloux de l’Allemagne. (…) Je voudrais vous dire que le sentiment de jalousie est normalement associé à une culture de confrontation et n’a rien à voir avec une autre culture, celle de la coopération. Avec cette déclaration, vous voulez subtilement renvoyer aux autres Etats la responsabilité de la confrontation qui s’annonce. Cette attitude est révoltante, inacceptable et doit être dénoncée. (…) En vous exprimant de la sorte, vous contribuez de façon objective à dévaloriser et même à annihiler tous les progrès réalisés en Europe en vue de consolider la paix et la prospérité, et ce en se fondant sur la liberté et la solidarité. Avec cette déclaration, vous montrez que cet esprit européen n’existe plus à vos yeux.

  • Sans commentaire.

Juan Torres Lopez, dans un article refusé par El Pais, mais publié sur LatinReporters.com, le 26 mars 2013 :

Merkel s’érigea en défenseur des banquiers allemands et, pour les aider, elle lança deux stratégies. L’une est celle des sauvetages, vendus comme destinés à sauver les pays, mais qui consistent en fait à octroyer aux gouvernements des prêts que payent les peuples pour les transférer à des banques, dont une prompte récupération permettrait ensuite de rembourser les Allemands. L’autre stratégie est d’empêcher que la Banque centrale européenne stoppe d’emblée les attaques spéculatives contre la dette de la périphérie, la hausse des primes de risque des autres pays permettant alors à l’Allemagne de se financer à moindre coût.

Merkel, comme Hitler, a déclaré la guerre au reste de l’Europe, cette fois pour s’assurer un espace vital économique. Elle nous punit pour protéger ses grandes entreprises et ses banques et aussi pour faire oublier à son électorat le modèle honteux qui a fait que le niveau de pauvreté de son pays est le plus élevé des 20 dernières années, que 25% de ses salariés gagnent moins de 9,15 euros/heure ou qu’à la moitié de sa population ne correspond, comme je l’ai dit, qu’un misérable 1% de toute la richesse nationale.

La tragédie, c’est l’énorme collusion entre les intérêts financiers paneuropéens qui dominent nos gouvernements et que ceux-ci, au lieu de nous défendre avec patriotisme et dignité, nous trahissent en agissant comme de simples comparses de Merkel.

Bonne soirée.

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