Se changer les idées

Billet écrit en temps contraint

« Il faut se changer les idées ! » : Voilà une expression que j’entends souvent. Et que je dis, ou que je me dis. Souvent. Très souvent.

Se changer les idées : vaste programme !

Peut-on échapper à ce qu’on est ?

On peut essayer.

Il y a plein de demi-mesures très faciles à mettre en oeuvre.

Passer juste une journée hors de la métropole, au printemps, noyé dans la verdure et la beauté d’une calme province. Mais il faut rentrer.

Se coucher, être emporté dans des rêves qui, par chance, ne sont pas remplis d’éléments de la vie réelle, ou du moins en apparence. Mais il faut se réveiller.

Se coller devant la télévision, ou devant un livre, se laisser absorber par une fiction plus ou moins intéressante, suffisamment prenante pour oublier, oublier un peu, penser à autre chose. Un clou chasse l’autre. Mais ça ne dure pas.

On peut augmenter les doses, par exemple partir en vacances plus longtemps, plus loin, toujours plus loin, toujours plus d’exotisme, je suis très sceptique sur la différence que cela fait, au retour.

Et puisqu’on parle de doses, il y a toutes sortes de produits qui aident à se changer les idées, certains légaux, certains prescrits, certains dans d’autres catégories, j’ai une expérience très relative de tout cela, j’ai confiance dans les viticulteurs de mon pays, mais je suis sceptique sur la pérennité de l’évasion. On ne va pas rentrer dans les détails.

Les idées, c’est ce avec quoi on vit — soucis, rancoeurs, attentes, convictions, espoirs, peurs, etc. Les idées, bonnes ou mauvaises, blanches ou noires, ce n’est pas juste une pellicule en surface, qu’on peut balayer avec une éponge, qu’on peut nettoyer au kärcher. Les idées, pour moi, c’est ce qu’il y a dans la tête, dans le coeur, dans les tripes, c’est l’essence de soi. On ne s’arrête jamais de penser. Je suis ce que je pense.

Vouloir échapper à ce qu’on est, n’est-ce pas juste de la lâcheté, de la couardise, une démission, une fuite ?

La réalité de la vie humaine, n’est-ce pas juste qu’il faut faire face ? Le principe de réalité, c’est que la réalité est là et qu’il faut faire avec, non ?

Et pourquoi n’aurait-on pas le droit de fuir ?

Je ne vais plus au cinéma depuis des années, faute de temps, je ne vois plus beaucoup de films récents depuis des années, mais j’en vois cependant quelques-uns, même si en général ce n’est pas moi qui les choisis. J’ai été frappé ces dernières années par plusieurs films français dans lesquels un homme, plus ou moins ordinaire, est happé dans des circonstances hors de l’ordinaire.

François Cluzet traqué dans « Ne le dis à personne », avec pour seule issue de traverser le périphérique parisien à pied. Au péril de sa vie.

Vincent Lindon contraint « Pour elle » à planifier un enlèvement, braquer, tuer. Au péril de sa vie.

Romain Duris « L’homme qui voulait vivre sa vie ». Au péril de sa vie.

C’est un thème effrayant, et plus répandu qu’il n’y parait : pour se sentir vivant, il faut mettre sa vie en danger. Et son symétrique : la masse, la majorité, des millions de gens vivent une vie sans grand danger, sans grand risque, une vie où leur vie n’est pas une péril … une vie qui n’est pas une vie. Voir « Fight Club », de David Fincher, par exemple.

Henry David Thoreau a écrit :

The mass of men lead lives of quiet desperation. What is called resignation is confirmed desperation.

On n’échappe pas à ce qu’on est. Où qu’on aille, on emporte toujours ce qu’on est.

Donc, il ne faut pas se résigner à ce qu’on est à un instant donné. Ça ne doit être qu’un point de départ. A défaut de pouvoir échapper, il faut avancer. Déplacer. Centimètre par centimètre. Jour après jour.

Bonne nuit.

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