Des mots et des chiffres pour la crise climatique

Billet écrit en temps contraint

Le printemps 2013 est un printemps pourri en France métropolitaine. Trop de pluie, trop froid, pas assez de lumière, comme en hiver. Printemps pourri. C’est un fait. C’est une banalité. Plus que jamais la météo fournit un sujet de conversation facile. Le sujet de conversation préféré des Français, parait-il.

En particulier, la température en Île-de-France ces dernières semaines est entre 5 et 10 degrés en-dessous des températures moyennes habituellement observées (ou « normales saisonnières »). Il fait froid.

Ces derniers jours, j’ai été désemparé de voir plusieurs personnes, pourtant instruites et intelligentes, utiliser le raccourci : « Qu’est-ce qu’il fait froid, on voit bien que le réchauffement de la planète c’est des conneries. »

J’ai constaté combien il est difficile de répondre à cela que le réchauffement est une notion globale, qui ne peut être appréciée que sur la mesure de la température globale, donc sur un agrégat de mesures sur toute la planète et sur une certaine durée. Pas sur quelques semaines en France. Une baisse locale peut cacher une hausse globale. Etc. Conceptuellement, ça me paraissait pas très compliqué. Mais c’est pas facile à expliquer. Ce qui est simple est faux, ce qui est compliqué est inutilisable.

La NASA offre en ligne un chouette petit outil pour observer les anomalies de température par zone géographique. Amusant, mais lui non plus n’est pas si facile à expliquer.

Le message passe mieux en indiquant que, ces dernières semaines, les températures sont inhabituellement élevées en Russie, ça impressionne un peu le francilien moyen — et même la petite presse l’a évoqué.

Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a là, dans ce doute persistant sur la réalité du changement climatique, non pas l’effet d’un scepticisme intellectuel fort respectable, mais plutôt le résultat des milliards de dollars dépensés en propagande depuis quelques décennies par les industriels pétrolières et gazières. Et une illustration des limites de la « conscience planétaire ». Think global, act local, disait-on ? On en est plutôt à : Don’t think global, live local.

Et il y a là aussi un bel exemple du principe : Les mots sont importants.

En effet, même si elle est parfaitement exacte au sens strict, l’expression « réchauffement climatique » peut être mal comprise. Contre-productive.

Je préfère dire « changement climatique ». Je dis de plus en plus « crise climatique ».

Martin Wolf, le « chief economics commentator » du « Financial Times », a livré récemment deux articles sur le thème du changement climatique. Il ne mâche pas ses mots.

Le premier article, publié le 14 mai, est intitulé « Why the world faces climate chaos« . Climate chaos ! C’est peut-être le bon mot, finalement.

Last week the concentration of carbon dioxide in the atmosphere was reported to have passed 400 parts per million for the first time in 4.5m years. It is also continuing to rise at a rate of about 2 parts per million every year. On the present course, it could be 800 parts per million by the end of the century. Thus, all the discussions of mitigating the risks of catastrophic climate change have turned out to be empty words.

Empty words.

Le deuxième article, publié le 21 mai, est intitulé « Global inaction shows that the climate sceptics have already won« . Il règle quelques comptes avec les « sceptiques », de bonne foi ou sponsorisés par les industries pétrolières et gazières. Avec des chiffres assez édifiants.

In considering this issue, a rational person should surely recognise the extent of the consensus of climate scientists on the hypothesis of man-made warming. An analysis of abstracts of 11,944 peer-reviewed scientific papers, published between 1991 and 2011 and written by 29,083 authors, concludes that 98.4 per cent of authors who took a position endorsed man-made (anthropogenic) global warming, 1.2 per cent rejected it and 0.4 per cent were uncertain. Similar ratios emerged from alternative analyses of the data.

A possible response is to insist that all these scientists are wrong. That is, of course, conceivable. Scientists have been wrong in the past. Yet to single out this branch of science for rejection, merely because its conclusions are so uncomfortable, is irrational, albeit comprehensible.

This leads to a second line of attack, which is to insist that these scientists are corrupted by the money and fame. To this my response is: really? Is it plausible that a whole generation of scientists has invented and defended an obvious hoax for (modest) material gains, knowing that they will be found out? It is more plausible that scientists who reject the typical view do so for just such reasons, since powerful interests oppose the climate consensus, and the academics on their side of the debate are far fewer.

Les deux articles sont à lire attentivement.

Leur tonalité globale me semble tristement désabusée et résignée. Juste lucide. Voici la conclusion du premier :

The more one thinks about the challenge, the more impossible it is to envisage effective action. We will, instead, watch the rise in global concentrations of greenhouse gases. If it turns out to lead to a disaster, it will by then be far too late to do anything much about it.

So what might shift such a course? My view is, increasingly, that there is no point in making moral demands. People will not do something on this scale because they care about others, even including their own more remote descendants. They mostly care rather too much about themselves for that.

Most people believe today that a low-carbon economy would be one of universal privation. They will never accept such a situation. This is true both of the people of high-income countries, who want to retain what they have, and the people of the rest of the world, who want to enjoy what the people of high-income countries now have. A necessary, albeit not sufficient condition, then, is a politically sellable vision of a prosperous low-carbon economy. That is not what people now see. Substantial resources must be invested in the technologies that would credibly deliver such a future.

Yet that is not all. If such an opportunity does appear more credible, institutions must also be developed that can deliver it.

Neither the technological nor the institutional conditions exist at present. In their absence, there is no political will to do anything real about the process driving our experiment with the climate. Yes, there is talk and wringing of hands. But there is, predictably, no effective action. If that is to change, we must start by offering humanity a far better future. Fear of distant horror is not enough.

Bref, le Titanic climatique continue sa course. En attendant des catastrophes climatiques, ou une utopie de rechange.

Bonne nuit.

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