Contact

Le dernier morceau du nouvel album de Daft Punk, « Random Access Memories », s’appelle « Contact ».

Il commence par un message d’un astronaute :

Hey Bob I’m looking at what Jack was talking about and it’s definitely not a particle that’s nearby. It is a bright object and it’s obviously rotating because it’s flashing, it’s way out in the distance, certainly rotating in a very rhythmic fashion because the flashes come around almost on time. As we look back at the Earth it’s up at about eleven o’clock, about maybe ten or twelve Earth diameters. I don’t know whether that does you any good, but there’s something out there.

Je n’ai pas lu grand’chose au sujet de ce morceau, mais j’ai quand même découvert qu’il s’agit d’un authentique message d’astronaute. Avec les authentiques parasites d’une transmission radio spatiale d’époque, authentiquement analogique. L’astronaute qui parle est Gene Cernan, lors du vol d’Apollo 17 en décembre 1972 — le dernier vol du programme Apollo. Et, bien sûr, la conversation est tronquée : après examen approfondi, l’objet inconnu s’avère être un élément de la fusée Saturne ayant propulsé le module Apollo. Tout rentre dans l’ordre. S’il y avait eu quelque chose, on le saurait. Admettons.

Ce morceau de musique électronique est, à mon humble avis, très largement inspiré par « Contact », le livre de Carl Sagan devenu film avec Jodie Foster dans les années 1990s. Et évidemment aussi par « 2001 L’Odyssée de l’Espace ». Un artefact. Un monolithe. Un voyage à travers un métro intergalactique. Un arrêt brutal au-delà. Un contact. L’instant du contact.

there’s something out there.

Est-ce que ce moment arrivera un jour ?

Je parle en tant qu’individu, je veux donc dire, plus précisément : Est-ce que ce moment arrivera un jour de mon vivant ?

Est-ce que, de mon vivant, je verrai le moment où l’humanité aura la preuve qu’elle n’est pas seule ?

Qu’est-ce que nous avons comme grandes dates, comme grands moments, comme grands instants de conscience collective, voire de conscience planétaire ?

Pour les générations ayant vécu la deuxième guerre mondiale, il y a forcément le mercredi 8 mai 1945, et quelques autres journées comme le mardi 6 juin 1944.

Dans les générations nées après guerre, j’ai souvent entendu des gens me dirent se rappeler pour toujours où ils étaient, ce qu’ils faisaient, quand ils ont appris l’assassinat de John F. Kennedy à Dallas le vendredi 22 novembre 1963. Ou la mort de Claude François boulevard Exelmans le samedi 11 mars 1978 (eh oui …).

Ou le dimanche 20 juillet 1969 (20h17 en UTC, donc fin de journée en France), lors de l’alunissage d’Apollo 11.

Houston, Tranquility Base here. The Eagle has landed.

Qu’en est-il pour ma génération, arrivée trop tard pour voir Neil Armstrong marcher sur la Lune ? Je ne suis certes pas représentatif, j’ai une bonne mémoire pour les dates — qui tourne parfois à l’obsession, comme l’illustre précisément ce billet, mais j’arrive encore à trier ce qui ne marque que moi, et ce qui marque au-delà.

Principal candidat : le mardi 11 septembre 2001, à partir de 14h50 heure de Paris. 2001. On attendait HAL, on a eu Al-Qaeda. On aurait voulu voir un monolithe s’élever, on a vu deux tours s’effrondrer. Le mardi 11 septembre 2001. Une date pour la conscience planétaire, à tort ou à raison.

En revanche, le jeudi 11 mars 2004 ou le jeudi 7 juillet 2005 sont probablement déjà oubliés, à part à Madrid et à Londres. Il est trop tôt pour statuer sur le vendredi 11 mars 2011, je pense que cette date risque l’oubli, même si pour moi toute illusion sur l’impasse de l’énergie nucléaire a disparu depuis cette date.

Pour les Français et sympathisants, il y a forcément le dimanche 12 juillet 1998. Certaines soirées électorales fournissent aussi des jalons, mais comme le football, ça ne concerne qu’un pays à la fois, typiquement le dimanche 21 avril 2002. Une exception : le mardi 4 novembre 2008.

Certains événements pourtant bien datés n’ont pas marqué leur date, par exemple la chute de Lehman Brothers le lundi 15 septembre 2008. Ou le jeudi 6 mai 2010, le jour du « Flash Crash » hélas si méconnu, sur lequel je reviendrai probablement. Ou, pour la génération précédente, le dimanche 28 octobre 1962. Il y a des choses dont on ne réalise l’importance qu’après, malgré tout ce que les professionnels de l’information hystérique permanente cherchent à faire croire.

L’Histoire n’est pas faite que d’événements, de héros et de dates. L’Histoire est avant tout un vaste ensemble de grands mouvements, des énergies qui se déploient, des flux qui s’épuisent, des courbes qui se croisent. Mais il y a quand même des personnes et des dates singulières. Il y a des instants singuliers.

Je suis né trop tard pour le programme Apollo. Comme dit le centurion Aérobus dans « La Zizanie » (album d’Astérix publié en 1970, quelle coïncidence) :

Je suis né trop tard dans un monde trop antique.

Je n’ai vécu aucune mission spatiale à destination de la Lune, et je le regrette souvent. Par contre, je me souviens, étant enfant, avoir passé des heures devant la télévision à attendre le lancement d’une des premières fusées Ariane, ou d’une des premières navettes spatiales, Columbia puis Discovery, quand ça tombait pendant les vacances scolaires, et qu’une des quelques chaînes de l’époque n’avait pas mieux à programmer. Dans mon souvenir, l’attente pouvait durer des heures, mais j’ai du mal à croire qu’une chaîne de télévision diffuse des plans fixes d’un centre spatial aussi longtemps. Ce genre de programme télévisé est complètement passé de mode, même si, il y a quelques années, j’ai réussi à apercevoir quelques segments d’un lancement d’Ariane sur une des chaînes d’hystérie permanente, iTélé ou BFMTV. Mais cette semaine, j’ai raté le lancement de l’ATV-4 Albert Einstein.

Les programmes spatiaux n’intéressent plus grand’monde. A tort. Si on veut se faire mal, comparer le buzz (exprimé en UBM – Unité de Bruit Médiatique, en recherches sur Google, ou en occurrences sur Twitter) entre « ATV-4 » et « Secret Story 7 ».

Est-ce que, dans le temps qu’il me reste à vivre, je vivrai un instant singulier ?

Un instant qui, pour le meilleur ou pour le pire, rassemble toute l’humanité sur sa petite planète.

Un instant qui sépare vraiment, irrémédiablement, un avant et un après.

Est-ce que l’humanité, apparemment sur la voie d’une sorte d’unification, tant bien que mal — est-ce que la civilisation humaine vivra dans les prochaines décennies un instant singulier ?

Qu’est-ce qui peut ressembler à un tel instant singulier ?

A part un contact avec une intelligence extra-terrestre, je ne vois pas.

Ou alors, ce sera une tragédie, façon catastrophe nucléaire, ou guerre nucléaire, mais je développerai cette obsession-là une autre fois. Ou alors il y a les théories sur la singularité, le rattrapage de l’homme par la machine, ou le point Oméga, mais je reviendrai sur ces théories une autre fois.

Mylène Farmer en 1995 :

A quand l’instant X
Qu’on attend comme le messie
Comme l’instant magique
C’est l’hécatombe, vernis qui craque
Asphyxie, pied dans la tombe
Papa Noël quand tu descendras du ciel (…)

Fox Mulder pendant toutes les années 1990s :

I want to believe.

J’insiste :

there’s something out there.

Bonne fin de journée.

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