Les illusions de l’été

Billet écrit en temps contraint

Il fait beau ces jours-ci.

L’été est « enfin » arrivé sur l’Ile-de-France, et une bonne partie de l’Europe occidentale.

J’aime la lumière. Je crains la chaleur, je redoute la canicule, mais de l’été j’aime la lumière. J’aime la lumière naturelle en toute saison. L’été est la saison de la lumière.

Et pourtant je me méfie de l’été.

La lumière aidant, l’été est une saison d’illusions.

La lumière ne durera pas, mais chaque été semble, pendant quelques jours ou quelques semaines, voué à être éternel.

L’été porte l’illusion que tout est plus simple, plus beau, plus fluide, plus doux.

Je me méfie des pays où il fait toujours beau, ou presque. Disons, les pays dont on dit qu’il y fait toujours beau. L’âge aidant, je rêve cependant de plus en plus d’habitude dans un pays où il fait toujours beau.

Mais je me méfie de l’ivresse d’un beau temps perpétuel ou quasi-perpétuel.

Le beau temps est réel, la lumière est réelle, mais cela fait très vite oublier que ce n’est qu’une partie du réel. Ca fait oublier la réalité des saisons difficiles. Ca fait oublier le poids du monde.

Le mot « légèreté » a plusieurs sens. L’expression « air léger » a au moins deux sens : l’air léger comme concept atmosphérique, l’air doux et lumineux de l’été ; et puis l’air léger comme état psychologique, impression de détachement, sensation de libération. « L’insoutenable légèreté de l’être », quel beau titre.

Ma conviction fondamentale est que le monde est lourd, vaste, fragile, tragique et compliqué. J’aimerai tellement qu’il soit léger, qu’il soit juste beau et lumineux. Mais les faits sont têtus. L’été n’est, au mieux, qu’un épisode, un aspect de la réalité.

J’aime la lumière. La lumière de l’été. La lumière du Sud de la France, Provence, Côte d’Azur, où j’ai des attaches familiales, où ma femme rêve qu’on parte quand viendra l’heure de la retraite, si elle vient un jour.

On dirait le Sud
Le temps dure longtemps
Et la vie sûrement
Plus d’un million d’années
Et toujours en été.

Les fins de journée en été sont interminables, le soleil se couche plus tard, on peut aussi avoir l’impression qu’il y a plus de temps disponible, plus de temps pour la vie, le cœur et l’esprit. L’été donne une illusion d’éternité et de facilité. L’été suggère qu’on peut vivre plus. L’été offre une apparence de supplément de vie.

Je suis né pas loin du 45ème parallèle, à mi-chemin entre l’équateur et le pôle Nord. Je n’ai compris qu’assez tard que, pour avoir encore plus de lumière en été dans l’hémisphère Nord, paradoxalement, il faut aller vers le Nord. Je garde un souvenir émerveillé de la lumière de longues soirées d’un été dans le Nord de l’Angleterre. J’ai aussi eu la chance de voir l’Islande, et de voir Stockholm, l’un et l’autre à la fin d’un mois de juin, quand la nuit n’y est plus que quelques heures pâles. Je voudrais retourner dans les pays nordiques pour leur lumière si particulière, peut-être si différente de celle de la Côte-d’Azur à qui saurait bien les regarder. Je voudrais voir le Cap Nord en été.

J’aime la lumière, mais je me méfie de l’été, tel est le paradoxe que j’essaie d’exprimer ce soir.

Les techniques modernes facilitent certaines illusions. Le doux confort d’une voiture moderne, avec de bons amortisseurs et peu de vibrations, avec une bonne isolation sonique, avec la climatisation, rendent encore plus terriblement attrayant et illusoire l’été. On glisse sans bruit, sans transpiration, sans tension, dans la fournaise de l’été, en n’en gardant que la douceur de la lumière.

Je crois que l’expression « cauchemar climatisé » est dûe à l’écrivain britannique J. G. Ballard, pas le temps ce soir de vérifier, encore un auteur qu’il faudrait que je découvre un peu plus — j’ai juste commencé « Millenium People » en 2006 sans jamais le finir.

Je suis effaré par le décalage entre l’image émerveillée et positive que ramènent divers Européens de Dubaï, ce machin climatisé au milieu du désert — et la réalité décrite par de rares journalistes lucides, la réalité de la vie des dizaines de milliers d’esclaves qui y triment misérablement par 45 degrés Celsius sous un soleil de plomb.

J’aime la lumière, mais je me méfie des illusions de l’été.

Et puis, je me sens tellement fatigué en ce début d’été.

Bonne nuit.

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2 commentaires pour Les illusions de l’été

  1. Audrey dit :

    Je trouve que votre blog fait du bien à l’âme. A la mienne du moins. ☺

Tous les commentaires seront les bienvenus.

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