Ça passe avant !

Billet écrit en temps contraint

Billet d’humeur. Humeur lasse, fatiguée et un peu amère.

Encore une soirée où je n’ai pas fait ce que j’aurais voulu faire, ce que j’imaginais pouvoir faire. J’ai fait toutes sortes de choses qui étaient à faire, parce qu’elles étaient à faire — et d’ailleurs je n’ai pas tout à fait fini.

Je fais rarement ce que je veux.

D’autres choses passent avant.

Les contraintes professionnelles passent avant — les miennes et celles de ma femme, dans le désordre. Dans les limites très relatives des horaires de travail, et autres régulations ou auto-régulations.

Les enfants passent avant.

Le chat passe avant.

La maison passe avant. Les tâches domestiques passent avant. Le jardin passe avant. Avant de rencontrer ma femme, je n’avais jamais imaginé un jour vivre autrement qu’en appartement. Nous avons acheté un pavillon en Île-de-France. Je ne m’y suis pas opposé. Je ne pensais pas que ce serait à ce point chronophage, parfois. C’est un mode de vie auquel je n’étais pas préparé, mais il n’a pas que des inconvénients. Par exemple, en été, il faut bien arroser le jardin le soir. Ça passe avant.

Avant quoi ? Avant la vie ? Mais, le boulot, les enfants, le chat, la maison, c’est la vie, aussi !

Alors pourquoi cette impression que la vie ne commence vraiment quand tout ce qui passe avant est passé ?

Ce billet d’humeur commencé vers 23h30 sera publié avant 23h59, je tiens à cette contrainte de finir avant minuit. Il me restera ensuite une heure ou deux pour finir ce que j’ai à faire, et peut-être faire une ou deux choses que je voulais faire. S’il reste du temps. S’il reste de l’énergie.

L’avantage des journées de chaleur estivale, telles que celles que traverse l’Île-de-France depuis deux semaines, c’est que je ne cherche même pas à aller dormir avant une ou deux heures du matin. J’attends que la fraîcheur tombe, qu’elle soit suffisamment tombée, pour avoir une chance de dormir. L’inconvénient, c’est que je dors forcément moins.

Parfois je rêve de n’avoir plus besoin de sommeil. Ou, comme Jacques Attali, de n’avoir besoin que de deux ou trois heures de sommeil par nuit. Parfois aussi je rêve ne plus avoir besoin de dormir parce que je redoute le sommeil, je redoute l’endormissement, je redoute de perdre le contrôle de moi-même, je redoute de ne jamais me réveiller, dormir c’est mourir un peu.

Le temps étant ce qui manque le plus, la vie n’est qu’une question de priorités. Il faut savoir ce qui passe avant — étant entendu que ce qui ne passe pas avant ne passe peut-être pas du tout.

Et la liberté dans tout cela ? Parfois je me dis que la liberté n’est qu’un concept pour adolescent, et éventuellement pour jeunes adultes désœuvrés ou adulescents attardés. Un concept qui ne tient que jusqu’à ce que le monde vous rattrape, et vous prenne tout votre temps, morceau par morceau, priorité supérieure par priorité supérieure, jusqu’à ce qu’il ne vous reste plus que quelques interstices discrets, difficiles à saisir, encore plus difficiles à utiliser.

Parfois je rêve de n’avoir plus besoin de sommeil, juste pour avoir plus de temps.

Dans Blade Runner, l’androïde (ou réplicant) Roy Batty réussit à rencontrer son créateur, le Dr. Eldon Tyrell, et lui demande de le prolonger, de repousser sa date de péremption. Les réplicants de type Nexus-5 sont frappés d’obsolescence programmée, comme on dit maintenant : quatre années de vie, pas plus.

Dans certaines transcriptions, il dit :

I want more life, fucker.

Dans d’autres :

I want more life, father.

Je ne sais pas combien de vie il me reste. Je ne sais pas combien de temps il me reste — combien de temps biologique — et au sein de celui-ci, combien de temps livre — combien de temps — avant que ce que je suis ne s’arrête, perdu dans le temps, éparpillé, dissipé.

Les derniers mots de Roy Batty sont célèbres — lost in time …

I’ve seen things you people wouldn’t believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I’ve watched c-beams glitter in the dark near the Tannhäuser Gate. All those … moments will be lost in time, like tears … in rain. Time to die.

Je veux plus de temps.

Je veux plus de vie.

Bonne nuit.

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