Pistes de lecture – La montée en puissance de la Chine

Quel est l’événement géopolitique majeur de la première décennie du XXIème siècle ? La plupart diront : le 11 septembre 2001, et l’enchaînement des guerres et des violences dans les diverses poudrières entre Suez et Karachi. D’autres répondront : la montée en puissance de la Chine.

Quel est l’événement géopolitique majeur des deux dernières décennies du XXème siècle ? La plupart diront : la chute de l’Union Soviétique, la fin de la guerre froide, et ses diverses conséquences. D’autres répondront : la montée en puissance de la Chine. Dans un billet précédent, j’évoquais plus précisément l’année 1979.

Quelle est l’importance géopolitique réelle des tragédies en cours, en cette année 2013, en Egypte, en Syrie, et ailleurs entre Proche-Orient et Moyen-Orient ? Je ne sais pas. Mais j’ai parfois l’impression que ce sont des distractions, au sens où elles distraient l’attention de quelque chose de beaucoup plus signifiant — et de potentiellement beaucoup plus tragique.

Dans un autre billet précédent, je relevais quelques pistes montrant à quel points certains au Pentagone préparent une éventuelle guerre avec la Chine. Plus ou moins ouvertement. Si vis pacem, para bellum, évidemment. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

En 1990, Régis Debray a écrit :

La guerre est l’horizon indépassable des sociétés, qu’elles soient archaïques, industrielles ou post-modernes.

Voici quelques autres pistes de lecture concernant la Chine.

* * *

Martin Wolf dans The Financial Times, le 9 juillet 2013

China is not buying the world. Between 1990 and 2012, the global stock of outward FDI soared from $2.1tn to $23.6tn. High-income countries still accounted for 79 per cent of this in the latter year. In 2012, the outward stock of US investment was $5.2tn, while that of the UK was $1.8tn, against $509bn from China. China’s net stock (the difference between its inward and outward stocks) was hugely negative, at minus $324bn. In 2009, 68 per cent of its outward investment was supposedly in Hong Kong. (See charts.)

As Prof Nolan notes: « Chinese firms have been conspicuously absent from major international mergers and acquisitions. » In view of its lack of natural resources, China is investing abroad in this sector. But, even here, the scale of its foreign investments are dwarfed by those of dominant foreign companies.

What does this analysis suggest? The most important implication is that China has barely developed any globally significant companies. Moreover, such is the lead of the advanced countries’ incumbents that it is going to find it extremely hard to do so. From the Chinese perspective, therefore, the striking feature of their economy remains its dependence on the knowhow of others. This explains China’s desperate efforts to obtain that knowledge. A further implication is that China is very far indeed from « buying up the world ». The paranoia about its impact is unwarranted.

  • A la fin des années 1980s, beaucoup pensaient que le Japon était en train de racheter le monde, allait dévorer le monde. Et puis le Japon a calé. Le reste du monde ne s’en est pas mieux porté.

Zhang Yuanan dans Caixin Media, via Worldcrunch, le 1er août 2013

Admittedly, as Chinese enterprises have gone global in recent years, soft power has also become valued by Chinese decision-makers. Confucius Institutes have sprung up in every corner of the world, and cultural exchanges with other countries are in full swing. But soft power cannot be achieved at once. Rather than a stormy breakthrough, promoting China’s soft power will require an imperceptible finesse. This is going to take time.

As François Godement, a senior policy fellow at the European Council on Foreign Relations pointed out, « China neither is at the heart of a multilateral regime nor does it have a single significant ally. It must permanently juggle a coalition of interests — which sometimes aligns it with developing countries, sometimes with other emerging economies, and also increasingly with the developed industrial societies whose political models it rejects. »

(…) The Economist forecast holds that « annual GDP growth averages for the next decade, are 7.75% in China and 2.5% in America, inflation rates average 4% and 1.5%, and the RMB appreciates by 3% a year. Plug in these numbers and China will overtake America in 2018. Alternatively, if China’s real growth rate slows to an average of only 5%, then (leaving the other assumptions unchanged) it would not become number one until 2021. »

When China can overtake the United States economy will depend on China’s growth model reform. (…)

Whether, and when, China becomes a superpower depends on whether and when China becomes a complete power. Until then, it’s too early to draw any definitive conclusion.

  • Sans commentaire. Qu’est-ce que la puissance ?

Banyan (éditorialiste anonyme) dans The Economist, le 24 novembre 2012

China had a brief outgoing flurry under Admiral Zheng He (1371-1433). But it built a great wall, not a great navy. (…)

China’s naval plans receive more attention. By 2020 its navy is expected to have 73 « principal combatants » (big warships) and 78 submarines, 12 of them nuclear-powered. Last year its first aircraft-carrier, bought from Ukraine, began sea trials; indigenous carriers are under construction. Proving it can now operate far from its own shores, China’s navy has joined anti-piracy operations in the Gulf of Aden. Of course this evolution is not aimed at India, so much as at building a force commensurate with China’s new economic might, securing its sea lines of communication and, eventually perhaps, challenging American dominance in the western Pacific, with a view to enforcing China’s view of its national sovereignty in Taiwan and elsewhere.

  • Sans commentaire.

Charles Emmerson, dans Foreign Policy, le 4 janvier 2013

Analogies from one period to another are never perfect. However tempting it may be to view China in 2013 as an exact parallel to Germany in 1913 (the disruptive rising power of its age) or to view the contemporary United States as going through the exact same experience as Britain a century ago (a « weary titan staggering under the too vast orb of its fate, » as Joseph Chamberlain put it), things are never quite that straightforward. Whereas Germany in 1913 explicitly sought a foreign empire, China in 2013 publicly eschews the idea that it is an expansionist power (though it is perfectly clear about protecting its interests around the world). Whereas the German empire in 1913 had barely 40 years of history as a unified state behind it and was only slightly more populous that Britain or France, China in 2013 can look back on centuries of continuous history as a player in world affairs, and it now boasts one-fifth of the world’s population. Whereas Germany’s rise was a genuinely new geopolitical phenomenon in 1913, the rise of China today is more of a return to historical normality. These differences matter.

  • J’ai déjà cité cet article dans un précédent billet sur la catastrophe de 1914. J’ai aussi déjà évoqué ailleurs les parallèles qu’on fait régulièrement ici et là entre la Chine contemporaine et le Reich wilhelmien. On y reviendra plus spécifiquement, si l’occasion survient.

Harold Thibault dans Le Monde, le 22 juillet 2013

C’était l’un des rêves fous du Grand Timonier. « Le Sud a beaucoup d’eau, le Nord en manque ; si possible, pourquoi ne pas lui en emprunter ? », aurait lancé Mao Zedong en 1952. Le Parti communiste chinois l’a entendu et inaugurera cet automne la première branche — la voie orientale — d’un projet titanesque commencé au début des années 2000 et baptisé nanshui beidiao, le « transfert des eaux du sud au nord ».

  • J’ai déjà exprimé ma fascination pour les grands projets de dérivation des fleuves. Le fait est que, de nos jours, à ma connaissance, sauf erreur, le dernier pays qui semble entreprendre des grandes projets hydrauliques, c’est la République Populaire de Chine. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas. Ailleurs, on ne fait plus. On n’ose plus ? On ne veut plus ? On n’y croit plus ?
  • Sur ce thème, relire aussi un vieil article d’Alexandre Adler, à l’époque à Courrier International, le 18 novembre 1999 pour être précis, comme le temps passe, intitulé : « Toute l’histoire de la gauche aux XXème siècle passe par les grands barrages ». Un article absolument délicieux, une vraie gourmandise intellectuelle, qui se termine par une prédiction erronée : La République Populaire de Chine n’a pas renoncé au barrage des Trois-Gorges. Est-ce à dire qu’une certaine Histoire ne s’est pas terminée ? Oui, mais laquelle ?

Bonne nuit.

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