Barack Obama n’existe pas

Billet écrit en temps contraint

Beaucoup de gens sont hostiles à toute idée de guerre, et en particulier à toute idée d’intervention militaire des Etats-Unis en Syrie.

Une partie de ces gens ne comprennent pas comment Barack Obama pourrait ordonner des actions militaires contre la Syrie.

Ils n’ont pas compris non plus pourquoi Barack Obama, début 2010, a prolongé l’engagement américain en Afghanistan. Ni pourquoi il n’a jamais fermé Guantanamo. Ni pourquoi il a intensifié certaines opérations militaires, et généralisé l’usage des drones. Ni pourquoi il a laissé grandir les programmes de surveillance généralisée de la NSA. Ils ne comprennent pas. Ils sont surpris. Obama représentait l’espoir. « Change we can believe in » ! « Hope » ! Le Prix Nobel de la Paix dix mois à peine après sa prise de fonction ! La paix !

Barack Obama a été élu dans un contexte assez particulier, à l’automne 2008, après des mois de lent effondrement politique et quelques semaines de brutal effondrement économique. Rarement un politicien a autant été présenté comme un sauveur, comme le Messie, comme l’Elu. The chosen one. Barack Obama a été ressenti comme sympathique, charismatique … mais il fut bien plus que cela : je dirais, hypnotique.

Barack Obama restera peut-être comme une des plus belles hallucinations collectives de notre temps.

Entendons-nous bien : à titre personnel, j’ai été ravi de son élection, ainsi que de sa réélection. J’aurais considéré l’élection du ticket McCain – Palin comme une mauvaise nouvelle en 2008. Et j’aurais également considéré l’élection du ticket Romney – Ryan comme désastreuse en 2012.

Je pense que, s’il est mitigé, le bilan de l’administration Obama est, pour reprendre une expression connotée, globalement positif. Mais ce bilan n’a rien à voir avec l’image. Surtout avec l’image initiale. L’élan de l’automne 2008.

Or, des millions de gens sont prisonniers de l’image. Des images.

Barack Obama est peut-être sympathique, on ne sait pas s’il l’est authentiquement, mais qu’importe : il est le Président des Etats-Unis — dans le jargon, le POTUS (President Of The United States). Son image a l’importance que lui donne le système médiatique, mais l’essentiel est qu’il est le Président des Etats-Unis.

Barack Obama est un chef d’Etat. Il est le chef d’un Etat — et pas n’importe lequel, le plus puissant de tous les temps.

A-t-on oublié ce qu’est un Etat ? S’en rend-t-on compte ? Je pense à deux formules célèbres.

Une sentence de Friedrich Nietzsche :

L’État, c’est le plus froid des monstres froids. Il est froid même quand il ment ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : « Moi, l’État, je suis le peuple. »

Une phrase attribuée à Charles de Gaulle — il me semble que la formule originale était d’un Premier Ministre britannique du XIXème siècle, qui m’échappe ce soir :

Les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts.

La géostratégie n’est pas un conte de Walt Disney. Barack Obama n’est pas Tigrou — Tigger en version originale — même si c’est ainsi qu’il a été caricaturé en Chine en juin dernier. Et Xi Jiping n’est pas Winnie l’Ourson.

Mais les esprits sont-ils encore capables de penser le monde autrement que comme un conte de Walt Disney, ou assimilé ? Les esprits sont-ils encore capables d’éviter la pensée binaire, le manichéisme forcé, les gentils contre les méchants, les happy ends et autres sortes de mièvrerie ?

Tout est fait pour que les esprits ne soient pas capables de penser le monde. Pour les plus jeunes, en les éloignant de tout moyen d’y parvenir ; pour les moins jeunes, en leur enlevant les quelques moyens qu’ils avaient pu s’approprier.

Le monde contemporain est profondément infantilisant. La dictature du casual, du cool, du fun, a tout submergé. De plus en plus d’objets sont pensés, vendus et vécus comme des jouets, et uniquement comme des jouets.

On nie tout ce qui dépasse, on nie tout ce qui dérange.

La complexité. L’altérité. La diversité. La dureté. La profondeur. La lourdeur. Les paradoxes. Les ambiguïtés.

On se condamne ainsi à avoir des surprises qui n’en sont pas vraiment, qui n’en seraient pas si on s’était donnés les moyens intellectuels de réfléchir un peu, de voir un peu plus loin que le bout de son nez.

J’aime beaucoup la formule de George Orwell utilisée en épigramme de son fameux blog par le journaliste Andrew Sullivan :

To see what is in front of one’s nose needs a constant struggle.

J’ai enfin commencé il y a quelques mois à lire le livre de Nassim Nicholas Taleb intitulé « The Black Swan ». Le cygne noir. Sous titre : « The Impact of the Highly Improbable ». Ce livre est très éclairant sur pourquoi et comment l’être humain se laisse facilement abuser, généralise abusivement, préfère l’anecdotique à l’analytique, et ce genre de choses. Comment nous nous mettons en situation d’être surpris. Ou d’être abusés. J’y reviendrai surement, j’adore ce livre — mais ce qui manque le plus, c’est le temps.

Bref, Barack Obama n’est pas le messie.

Le Barack Obama que des centaines de millions de gens ont attendu comme un messie … que des millions de gens voudraient encore voir comme un messie … ce Barack Obama est, était, restera une chimère.

Barack Obama n’existe pas. Il n’y a que le président des États-Unis.

Bonne nuit.

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