Pistes de lecture – Dans l’ombre de Tchernobyl

Dans l’album « L’Imprudence » d’Alain Bashung en 2002, figure une chanson intitulée « Le dimanche à Tchernobyl » :

Le dimanche à Tchernobyl
Tu m’irradieras encore longtemps
Tu m’irradieras encore longtemps
Au-delà des portes closes
Tu m’irradieras encore longtemps
Bien après la fin
Tu m’irradieras encore longtemps

Dans l’une des premières scènes du film « The Hunt for Red October » — adaptation en 1990 du plus célèbre roman de feu Tom Clancy –, supposé se dérouler en 1984, l’officier politique Ivan Poutine (oui, Poutine, comme l’autre) s’interroge sur les lectures du capitaine Marco Ramius, commandant le sous-marin nucléaire Octobre Rouge :

— And the seventh angel poured his bowl into the air, and a voice cried out from heaven, saying: ‘It is done.’ ‘ A man with your responsibilities reading about the end of the world. And what’s this? ‘I am become Death, the Destroyer of Worlds.’
— It is an ancient Hindu text, quoted by an American.
— An American?
— Mmm. He invented the atomic bomb, and was later accused of being a communist.

Robert Oppenheimer, considéré comme le principal inventeur de la bombe atomique, aurait en effet pensé à cette phrase (en hindou « kalo’smi lokaksayakrtpravrddho lokansamahartumiha pravrttah », en anglais « I am become Death, the destroyer of worlds. »), le 16 juillet 1945, après avoir observé le premier test atomique dans le désert du Nouveau-Mexique. Selon des témoins, il aurait juste dit :

It worked.

Et le responsable du test de cette première bombe, autrement dit le « Trinity test director », Kenneth Bainbridge, aurait répondu :

Now we are all sons of bitches.

Dans le film « Jurassic Park » — adaptation en 1993 du plus célèbre roman de feu Michael Crichton –, le mathématicien Ian Malcolm, embarqué dans un véhicule pour visiter le fameux parc, laisse tomber cette phrase :

God help us; we’re in the hands of engineers.

Nous sommes peut-être à l’age des tablettes, smartphones, social networks et autres jouets — nous sommes surtout à l’âge atomique.

Et pour longtemps. Les déchets nucléaires ont une obsolescence programmée légèrement supérieure à celle des iPhones.

Kraftwerk, 1975

Radioactivity
Is in the air for you and me
Radioactivity
Discovered by Madame Curie

Hervé Kempf, dans Le Monde, le 15 juin 2010, évoquant la catastrophe Deepwater Horizon — dix mois avant Fukushima :

Une catastrophe industrielle incontrôlable, un système vermoulu contrôlé par une nomenklatura figée, un leader dynamique qui veut changer les choses : ça ne vous dit rien ? Si, bien sûr : Tchernobyl, le PC soviétique, Gorbatchev.

Rappelons-nous les années 1980 : les gens de l’époque savaient que l’URSS allait mal, mais qui aurait parié 1 franc ou 1 dollar sur son effondrement rapide ? Et d’autant moins qu’elle avait trouvé un dirigeant sympathique et moderne. (…)

Et puis Tchernobyl explosa. La catastrophe révélait la fragilité du système. En 1989, le mur de Berlin s’écroulait, en 1991, l’URSS était dissoute. La Russie entrait dans une décennie de dure récession économique.

Les gens d’aujourd’hui savent que les Etats-Unis vont mal, mais qui parierait 1 euro ou 1 yuan sur leur effondrement rapide ? Et d’autant moins qu’ils ont élu un dirigeant sympathique et moderne. (…)

Comme Tchernobyl, Deepwater Horizon tire son sens du contexte. Celui d’une société dominée par une oligarchie capitaliste qui refuse toute évolution profonde malgré le désastre financier dont elle est responsable : Wall Street reste aussi solidement accroché à ses privilèges que l’étaient les dignitaires soviétiques.

Kraftwerk, 1991

Chernobyl, Harrisburg, Sellafield, Hiroshima
Chernobyl, Harrisburg, Sellafield, Hiroshima

Stop radioactivity
Is in the air for you and me
Stop radioactivity
Discovered by Madame Curie

Jacques Attali, dans Slate, le 10 mai 2013

Alors que, à Tchernobyl, un dôme de protection a été construit en sept mois, en mobilisant 300.000 personnes, dont 30.000 soldats, à Fukushima, le niveau de radiation est donc tel que même un commando suicide ne pourrait y opérer pendant plus que quelques secondes; et on ne peut pas y utiliser partout des robots, car l’usine est trop abîmée.

(…) Au rythme actuel, selon l’AEIA, la décontamination prendrait au moins quatre décennies.

Et, pendant ce temps, bien des choses peuvent se produire; on commence en particulier à craindre que la centrale ne se brise avant que la décontamination ne soit terminée.

D’une part, les structures de confinement sont en train de casser; d’autre part, selon plusieurs experts, les signes se multiplient d’un prochain tremblement de terre en mer, au large de Nagoya-Osaka ou dans la région de Fukushima, de magnitude supérieure à 6, pouvant provoquer, dans certaines conditions, un tsunami de plus de 10 mètres de haut. Très récemment (les 13 et 21 avril), plusieurs tremblements de ce genre de magnitude, ou plusieurs répliques, se sont produits dans la région de Fukushima, sur terre ou en mer.

Dans ce cas, le système de refroidissement se briserait; les murs de confinement casseraient; les 280.000 tonnes d’eau contaminées se déverseraient dans le sol et dans la mer; l’unité 4 serait détruite et ses barres irradiées ne seraient plus protégées. Les conséquences seraient immenses pour le Japon tout entier, et au-delà. Il faudrait en particulier évacuer les 30 millions d’habitants de la région de Tokyo.

Kraftwerk, Tokyo, 7 juillet 2012

Chernobyl, Harrisburg, Sellafield, Hiroshima.
Chernobyl, Harrisburg, Sellafield, Fukushima.

Eric Schlosser, dans Rolling Stone, le 16 septembre 2013, discutant son livre « Command and Control: Nuclear Weapons, the Damascus Accident, and the Illusion of Safety »

The accident that I wrote about at length could have destroyed the state of Arkansas while Bill Clinton was governor. I write about another accident that occurred not long after John F. Kennedy’s inauguration that could have deposited lethal fallout as far north as New York City. These are very complicated machines, and they’re the most dangerous machines ever invented. I think every nation that has nuclear weapons has to really understand the risk, not only that they pose to your enemy, but to yourself.

(…) And the more I investigated, the more I realized this accident wasn’t the only one. For many years, there were safety flaws with our nuclear weapons which weren’t being addressed and which were being covered up. We’re just very, very, very, very, very fortunate that a major city has not been destroyed by a nuclear weapon since Nagasaki. But there’s no guarantee that that luck will last.

Kraftwerk. 

Wenn’s um unsere Zukunft geht …

Bonne journée.

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2 commentaires pour Pistes de lecture – Dans l’ombre de Tchernobyl

  1. Merci pour toutes ces références, en particulier les 3 derniers articles cités, que je n’avais pas lus à l’époque.

    Je suis toujours autant sidéré de l’apathie des gens concernant l’énergie nucléaire et la catastrophe de Fukushima en particulier. On ne parle pas de l’URSS décrépissante là, mais du pays qui a longtemps été considéré comme le plus avancé technologiquement au monde… Aucune raison que ça n’arrive pas en France, les dirigeants (EDF, gouvernement, etc) ont la même arrogance que Tepco… Blaye en 1999 a failli finir comme Fukushima après que la Gironde ait submergé les digues, la seule différence étant que les groupes de secours ont fonctionné. Sinon c’en était fini de Bordeaux pour quelques centaines d’années au mieux….

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