Les hommes de 1914 et nous

Billet écrit en temps contraint

Demain c’est le 11 novembre 2013. En France et dans quelques autres pays, sera à nouveau commémoré l’armistice de la Première Guerre Mondiale.

Dans les prochains mois, alors que va approcher l’été 2014, divers éléments de commémoration vont fleurir ici et là, à propos du premier centenaire du déclenchement de la Première Guerre Mondiale. Si ce blog persiste, il continuera à traiter lui aussi de ce thème.

A quel point les sociétés européennes de 1914 étaient-elles différentes des sociétés européennes de 2014 ? A quel point les êtres humains de 1914 étaient-ils différents ? Un peu ? Beaucoup ? Pas du tout ? Comment les comparer ? Comment les comprendre ?

Le 25 juillet 1990, Saddam Hussein recevait l’ambassadrice des Etats-Unis, April Glaspie. Ils ont parlé du Koweit, que l’Irak menaçait plus ou moins ouvertement. Les historiens débattent beaucoup de cette rencontre, se demandant si April Glaspie a, plus ou moins implicitement, donné le feu vert du président George H. W. Bush à l’invasion du Koweit. Ou si Saddam Hussein a surinterprété les paroles de l’ambassadrice. Ou si George H. W. Bush a piégé Saddam Hussein, l’invasion de l’Irak permettant de justifier un déploiement militaire américain massif et durable dans le Golfe Persique. Les historiens débattront encore longtemps.

Lors de cette entrevue, Saddam Hussein a déclaré :

Yours is a society which cannot accept 10,000 dead in one battle.

Pour libérer le Koweit six mois plus tard, George H. W. Bush rassembla une coalition de près d’un million d’hommes. Et l’opération elle-même fit à peine quelques centaines de tués du côté de la coalition — contre plus d’une centaine de milliers de morts du côté de l’Irak. Ces chiffres sont importants.

Mais est-ce que Saddam Hussein avait raison ?

Est-ce que les sociétés occidentales contemporaines seraient prêtes à accepter une guerre impliquant des pertes humaines massives ? Est-ce qu’elles seraient capables de refaire Verdun, la Somme, le Chemin des Dames — ou encore Stalingrad ou Koursk ?

Comment les sociétés européennes de 1914 — et, par extension, les mêmes sociétés une génération plus tard — ont pu accepter une guerre aussi féroce et meurtrière ?

Est-ce juste qu’on ne leur a pas laissé le choix ?

Quelle est l’alternative au juste ? Refuser, concrètement, c’est quoi ? Est-ce se disloquer ? Sombrer dans le chaos ? Se suicider ?

Craquer, concrètement, c’est quoi ?

Dans les sociétés occidentales contemporaines, malgré certaines régressions décomplexées en cours, il reste un fort respect approximatif pour la vie humaine. Vivant dans ces sociétés, pouvons-nous comprendre les sociétés qui sont parties en guerre en 1914, ou en 1939, et ce qu’elles ont été amenées à subir, ou ce qu’elles étaient prêtes à subir — et à faire subir à ceux d’en face ?

Les hommes de 1914 étaient, biologiquement, ontologiquement, humainement, semblables aux hommes de 2014.

Je tiens beaucoup à l’idée que la civilisation est une fine pellicule, fragile, vulnérable, précaire, au-dessus d’un magma brûlant de barbarie et d’inhumanité.

A quel point la pellicule est-elle solide aujourd’hui ?

Je n’en sais rien, mais cela me hante.

C’est une des raisons pour lesquelles 1914 me hante.

Bonne nuit.

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