Des obsessions

Billet écrit en temps contraint

J’ai des obsessions. La plupart des gens ont des obsessions.

Ma théorie est que les obsessions ne sont pas dangereuses. C’est n’en avoir qu’une seule, pendant une période suffisamment longue, qui est dangereux.

Le travail peut devenir une obsession. Les activités qui constituent le travail moderne peuvent, à mon avis, devenir facilement des obsessions. Le travail moderne moyen est de plus en plus cérébral, relationnel, émotionnel, il implique plus l’individu que le travail moyen il y a quelques décennies. La frontière entre travail et loisir est de plus en plus facilement franchie. La frontière entre l’individu qu’on est au travail, en tant que travailleur, et l’individu qu’on est en dehors du travail, est de plus en plus difficile à tracer. Le travail moderne vous engage en tant que vous même. Il devient plus facilement une obsession.

Il m’est arrivé d’être obsédé par mon travail. Je connais très bien des gens obsédés par leur travail. Je connais des gens qui, littéralement, ne vivent que par leur travail, que pour leur travail, qu’à travers leur travail. Qui ne savent parler presque de leur travail, qui perdent graduellement toute capacité à s’intéresser à autre chose qu’à leur travail. Quand on leur parle d’autre chose, on les gonfle. Quand on essaie de les faire parler d’autre chose, on les déstabilise.

Il m’est arrivé d’être obsédé par un sujet ou par un livre. Je me souviens d’avoir lu un livre presque d’une traite — par exemple, en 1999, « Les Particules Élémentaires ».

J’ai déjà expliqué dans ce blog que je considère avoir eu de la chance de n’être jamais devenu un hyper-spécialiste. Les événements m’ont forcé à ne pas me spécialiser, à ne pas rester suffisamment longtemps dans un contexte particulier, à ne pas passer assez de temps sur un sujet donné. J’ai détesté certains de ces événements qui m’ont interrompu. Avec le recul, je leur en suis parfois reconnaissant. Même si parfois je me dis que, si j’étais devenu un hyper-spécialiste, je serais mieux payé, ou mieux considéré, ou plus respecté, ou plus à l’aise psychiquement, ou tout ça à la fois. Peut-être. Peut-être pas. La tentation de la complexité. Le monde a besoin de généralistes.

Ma théorie est qu’il faut équilibrer les obsessions.

J’ai en tête un bout de phrase, dont j’ai oublié l’auteur :

Il faut avoir des idées arrêtées, mais pas toutes au même endroit.

Il faut équilibrer les obsessions. Équilibrer les passions. Organiser entre elles une concurrence libre et non-faussée. Équilibrer les feux qui consument le carburant cognitif. Si l’un devient trop dévorant, les autres doivent s’allier contre lui pour lui faire barrage. Ne pas laisser une obsession devenir hégémonique. Eviter les monopoles.

Une obsession contenue est-elle encore une obsession ? Je pense que oui.

Beaucoup de gens se lancent dans l’écriture d’un blog pour partager un hobby, une passion, une obsession. Certains, en particulier, ouvrent un blog pour parler de leur activité professionnelle, ou d’une spécialité technique liée à leur activité professionnelle.

Ce n’est pas ma démarche.

D’abord parce que, en particulier, mon travail m’intéresse, sur le temps long, de moins de moins. D’un certain point de vue, mon travail ne m’intéresse plus du tout. Quant au reste de ma petite vie idiote, je ne crois pas qu’elle soit bien intéressante. Banale, probablement, terriblement banale.

Ensuite, parce que je n’ai pas envie que ce blog soit juste un prolongement d’une activité existante, que ce soit mon travail ou une autre activité. Je veux qu’il soit autre chose. Peut-être justement parce que mes autres activités m’intéressent de moins en moins.

Enfin, et surtout, parce que je ne veux pas me condamner à n’écrire que sur un seul et unique sujet ou thème. Certes, un thème peut être plus ou moins vaste : certains blogs ne parlent que d’un langage informatique, d’autres blogs parleront de l’informatique en général, d’autres blogs encore évoqueront des sciences et techniques au sens le plus large. Vaste ou pas, je ne veux pas de limite a priori.

Un risque est évidemment de me perdre dans des sujets où j’ai peu de choses à dire, dans des sujets que je ne connais que très superficiellement. Pour faire court, d’écrire des conneries. De me perdre. J’assume ce risque. J’assume le risque de me perdre. A vrai dire, parfois, j’aimerai bien me perdre.

Il y a d’autres risques. Je les assume. A mon âge, il est temps d’assumer.

Alors, au fil des billets, diverses obsessions viennent et reviennent. Elles ne sont peut-être pas si nombreuses que cela. En 2014, il y a 1914. Il y avait déjà 1914 en 2013, et il y aura encore 1914 en 2015. Il y en a d’autres.

J’utilise abondamment le système des mots-clefs pour indexer mes billets. Je trouve très chouette le nuage de mots-clefs de ce blog, et comment il fait ressortir certains mots. Typiquement 1914.

Je n’ai pas utilisé le système des catégories. Depuis des mois, je me dis que je devrais l’utiliser, et puis j’y renonce à chaque fois. J’ai pourtant un esprit assez obsédé par le classement, la catégorisation, l’organisation, la structuration. Mais je n’arrive pas à me décider. Je n’ai pas envie de me lancer dans une mise en catégories des billets de ce blog. J’ai peur de me retrouver enfermé dans mes catégories.

De même que je redoute, à un moindre degré, d’être tenté par un enfermement par les mots-clefs. Céder à la facilité de juste reprendre tel ou tel mot-clef pour prolonger tel ou tel billet.

Ce que je redoute, en fait, c’est de tourner en rond. C’est une de mes obsessions. J’en ai fait un mot-clef, mais pas une catégorie.

Je redoute de tourner en rond.

Et pourtant, c’est notre lot à tous.

Mais le chemin se fait en avançant.

Même si, en avançant, on peut tourner en rond sans s’en rendre compte.

Ne jamais oublier les Dupondt dans leur jeep, dans le désert d’Arabie, dans l’album « Tintin au Pays de l’Or Noir », page 29 :

« Ça va mal, Dupont ! … Il nous faut absolument arriver quelque part, sans quoi … »
« Sauvés mon vieux ! … Regarde ! … Les traces d’une voiture … »
« Tu as raison ! … Et cette fois, ce n’est pas un mirage … »
« Nous n’avons plus qu’à suivre ces traces, et le tour est joué ! »

[Et une heure plus tard …]
« Là … Regarde ! … Encore une piste ! Une seconde voiture a rejoint la première … »
« C’est magnifique d’avoir trouvé cette piste ! »
« Je dirais même plus : c’est tout simplement magnifique ! »

[Une heure après …]
« Et là ! … Une troisième voiture a rejoint les deux autres ! … Nous sommes sur une route très fréquentée … »

[Plusieurs heures ont encore passé …]
« Encore une ! … Ça fait la septième ! … »
« Nous sommes certainement tout près d’un grand centre (…) »

Bonne nuit.

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