Utiliser efficacement le peu de temps dont nous disposons

Billet écrit en temps contraint

Week-end sans vrai temps mort. Trop de choses à faire, les activités de routine, et puis quelques activités inhabituelles, mais qu’il faut bien faire de temps en temps — typiquement, emmener le chat chez le vétérinaire, ça faisait plus d’un an qu’il n’y était pas allé.

Un week-end, c’est du temps libre, mais une fois que toutes les activités à faire ont été faites, que reste-t-il ? A moins, bien sûr, de mordre sur un minimum de temps de sommeil — ce que je fais trop souvent.

J’étais convaincu de pouvoir trouver deux ou trois heures d’affilée dans ce week-end, pour me poser devant un ordinateur et traiter quelques tâches liées à mon boulot, et peut-être écrire un billet pour ce blog. Il s’est avéré impossible de libérer un tel créneau. Ni samedi matin, ni samedi après-midi, ni samedi soir, ni dimanche matin, ni dimanche après-midi.

Faute de mieux, ma tactique aura été d’essayer de réserver le dimanche soir. Pour cela, rajouter encore plus de choses dans le reste du dimanche. Remplir les maigres intervalles du dimanche matin et du dimanche après-midi. Tactique payante, je viens d’avoir mes deux heures pour traiter ce que j’avais à traiter, et là il me reste une demi-heure pour improviser ce billet. Tactique payante, mais dérisoire.

Le temps, c’est ce qui manque le plus.

Le temps ne se stocke pas. Le temps ne s’échange pas. On peut ruser avec le temps, avec l’emploi du temps, mais c’est un art très particulier.

On ne peut pas cumuler des petits bouts de temps pour faire un gros bout de temps. On peut parfois ruser, comme je l’ai fait ce dimanche, en déplaçant des activités, mais c’est limité.

Il faudrait essayer de ramener la problématique du temps à quelques axiomes simples, à un nombre le plus limité possible d’axiomes simples. Par exemple : Le temps perdu ne se rattrape pas. Le temps perdu ne revient pas. A réfléchir.

Plus que jamais, ce qui me frappe, c’est la capacité de certaines formes de communication à se faufiler dans les interstices.

En lecture d’abord, évidemment. Les journaux, certains livres, on arrive très bien à avancer dans leur lecture, par de multiples petites étapes. Cinq minutes par ici, un quart d’heure par là. Par opposition à certaines formes écrites qui se prêtent mal au sautillement. Ce n’est pas qu’une question de contexte, je pense qu’il y a aussi une question de style. Ces derniers temps, j’ai repris la lecture de certains chapitres du « Voyage au bout de la nuit » : impossible de lire ce livre par petites tranches, quelques minutes par ici, quelques minutes par là. Ça prend du temps. Ça prend de la concentration.

Et en écriture, il y a Twitter. Avant Twitter, il y avait déjà la SMS, et puis même sans l’électronique et l’informatique, il y a toujours des formes d’écriture par messages courts. Mais Twitter, décidément, me fascine. Twitter est d’une efficacité, d’une « addictivité », redoutables. En lecture aussi, mais c’est surtout en écriture que Twitter me fascine. Twitter sur un smartphone évidemment, Twitter sur un engin qui sort de veille en deux secondes, pas sur une machine qui démarre en cinq minutes et sort de veille en vingt secondes.

Twitter donne la capacité d’écrire quelque chose très vite. Evidemment, c’est très court. 140 caractères. Contrainte formelle parfois exaspérante, parfois très stimulante, et je dirais même parfois fructueuse. Ça force à être clair. Ça force à aller vite.

Attention, je ne nie pas les défauts, dérives et nocivités de Twitter, je suis bien placé pour en décrire certains, cela viendra le moment venu.

Dans ce week-end où le temps m’a filé entre les doigts comme une poignée de sable, combien ai-je écrit de tweets ? Sachant que j’ai passé plusieurs heures sans mon iPhone — grande vertu d’aller nager dans une piscine municipale, on laisse l’iPhone à la maison, on est déconnecté quelques heures. Combien de tweets ? Quelques dizaines. Peut-être une centaine. Peut-être plusieurs centaines. Je ne sais pas. Beaucoup. Il faudra que je trouve le chiffre exact. A convertir en équivalent page A4.

On ne peut pas cumuler des petits bouts de temps pour faire un gros bout de temps.

Mais peut-on cumuler des petits bouts de texte pour faire un gros bout de texte ?

J’ai été très frappé la première fois que j’ai entendu l’expression « micro-blogging » pour parler de Twitter et techniques équivalentes. Pour moi à l’époque, blogging voulait dire écrire. Que peut vouloir dire « micro-écrire » ? Quelques milliers de tweets plus tard, je sais. Mais est-ce encore écrire ?

Et puis tant qu’à aller au boulot de la réflexion, lâchons le grand mot : « oeuvre ».

Une oeuvre peut-elle être écrite par empilement de petits messages ?

Il parait que Bernard Pivot et les éditions Larousse ont tenté de monétiser la chose en publiant des recueils (en papier) des plus beaux tweets qui leur sont tombés sous la main. Drôle d’idée. Ça ne fait pas une oeuvre, mais ça fait quand même réfléchir.

Il y a une quinzaine d’années, circulait dans le milieu de l’informatique un petit essai dont le titre valait, avec le recul, mieux que le contenu. Ce titre était : « La cathédrale et le bazar ». L’idée était que le développement logiciel dit « open source » (assimilé au « bazar ») accouchait généralement de produits supérieurs à ceux issus du développement logiciel dit « propriétaire » (assimilé à « la cathédrale »). Analogies biaisées, cependant je n’ai pas le temps — et pas l’envie — de parler d’informatique ce soir.

L’idée d’opposer le bazar et la cathédrale est pertinente pour d’autres domaines.

J’ai la faiblesse de penser que l’essentiel, en toutes choses, est d’avancer. La phrase la plus célèbre de Michel Audiard :

Deux intellectuels assis iront moins loin qu’un con qui marche.

Le con avance. Le bazar grouille. De petites choses. Avec beaucoup de déchets. Mais quand même.

Le temps est précieux. Le temps est rare. Le temps, c’est ce qui manque le plus.

Je pense qu’il est essentiel de développer toutes les tactiques possibles et imaginables pour exploiter le peu de temps qui nous est donné. Les miettes. Les interstices. Trouver des astuces. Ruser. Grignoter.

Ne pas attendre d’avoir le temps. On n’a pas le temps d’attendre d’avoir le temps.

Starmania :

On n’a pas le temps d’attendre d’avoir trente ans.

Ma fille aimerait de la neige cet hiver pour faire un bonhomme de neige. Il suffirait juste, pense-t-elle, de quelques flocons. Elle n’a pas complètement tort.

Bonne nuit.

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