Faut-il déjà baisser les bras ?

Faut-il déjà baisser les bras ?

Faut-il déjà renoncer à toute idée de dépassement ? De monde meilleur ? De grandeur ? D’au-delà ?

Renoncer à la grandeur de la France ? Renoncer à la grandeur de l’Europe ? Renoncer à la grandeur du monde ?

Se contenter pour la France d’un déclin plus ou moins pathétique ? Qu’à un nabot nuisible succède un nain impuissant, en attendant le match retour, et ainsi de suite, et pendant qu’ils tournent en rond, on coule ?

Il y a un peu moins de quarante ans, le président Giscard d’Estaing avait choqué, parait-il, en rappelant que, la France, c’était juste 1% du monde. C’était déjà vrai démographiquement. Ça ne l’était pas en de nombreuses directions, qui ont depuis disparu, qui tombent les unes après les autres.

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi.

Se contenter pour l’Europe du déclin programmé par le corset de l’austérité, par le mépris de son maître temporaire, Angela Merkel, l’homme le plus dangereux d’Europe, je le dis et je le répète, cette femme n’aime pas les enfants, n’aime pas les projets, n’aime pas les gens, n’aime pas les Européens, n’aime personne, et convient finalement assez bien à une oligarchie, qui se déguise en élite, mais qui n’aime que l’argent.

Se contenter pour la planète de tourner en rond, ayant renoncé à l’expansion vers le système solaire, ayant renoncé à toute forme de conquête spatiale autre que mercantile, intéressée, et auto-centrée. Ayant aussi renoncé à ce qu’il y ait quelque chose au-delà. Alors qu’il n’y a rien de plus important.

Comme si toutes les expressions possibles d’espoir, d’ambition, de projet, de projection, de grandeur, de dépassement … comme si toutes ces expressions, tous ces mots, étaient juste fanés, démodés, ringards …

Faut-il déjà commencer à attendre la mort ?

Attendre la fin définitive de la France, de la République Française — absorbée dans le Quatrième Reich (encore appelé pour la forme Union Européenne), comme le fut le Royaume de Bavière dans le Deuxième Reich ? N’est-ce pas ce qu’une certaine élite française dans le fond souhaite ? Louis II de Bavière avait abdiqué la grandeur de son pays, se concentrant sur la grandeur de ses châteaux.

Attendre le terme de la décadence de l’Europe, et l’arrivée de ses nouveaux maîtres ? Comme le général Weygand, en juin 1940, au terme de l’Étrange Défaite, ou plutôt au terme du Choix de la Défaite, espérait secrètement obtenir des nouveaux maîtres le rétablissement de la royauté.

Attendre les catastrophes que vont déclencher les changements climatiques qu’on a renoncé à maîtriser ? Se contenter de se préparer à sauver ce qui peut l’être, et sacrifier ce qui ne le sera pas ? Admettre que le Système Humain ne cessera de cracher du carbone dans l’atmosphère que seulement après s’être pris de terribles coups dans la gueule, comme il a fallu Stalingrad pour briser la Wehrmacht ?

Se contenter d’un monde qui n’a pas de sens, ou plutôt qui n’a plus de sens, qui n’a presque plus de sens, parce qu’on a renoncé à lui en donner un, parce que les mots d’espoir, de grandeur et de dépassement ont été abattus ?

Se contenter d’un monde où plus personne ne contrôle rien, ou plutôt où plus personne ne veut rien contrôler, à commencer par ceux dont ce devrait être le devoir, ceux qui ont été élus ou nommés pour cela, et se retrouvent tétanisés ou domestiqués par l’oligarchie.

Se contenter d’un monde qui ne tourne que pour l’oligarchie — égoïste et court-termiste, et in fine misanthrope ? Admettre qu’il n’y a plus que des oligarques et leurs comptables — bref, qu’il n’y a plus rien de grand, juste des comptables ?

Comme un lapin hypnotisé par la lumière des phares de la voiture qui fonce vers lui.

Faut-il juste baisser les bras, passer la main, attendre la mort ?

Il y a quelques semaines, j’ai découvert un morceau de Jean-Michel Jarre, dont on pourrait juger qu’il est contemporain du cœur de son œuvre, c’est-à-dire les années 1970s et 1980s, mais qui date de l’hiver 2007. Ça s’appelle Vintage. Le titre est bien choisi. Jarre avait 59 ans en 2007, et il a fait un morceau comme il en aurait fait à 30 ans. Il a bien fait. Il ne faut pas baisser les bras. Il ne faut pas renoncer.

Il y a quelques jours, alors que je méditais ce qui est devenu le présent billet, je suis tombé par hasard sur un billet de blog de l’économiste belge Bruno Colmant, intitulé « Zaventem, en hiver, c’est un monde usé » . Pour ceux qui ne connaissent pas, Zaventem c’est l’aéroport international de Bruxelles, capitale du Royaume de Belgique, et de ce qu’il est encore convenu d’appeler l’Union Européenne.

Il faut lire et relire ce texte en entier. Je n’en recopierai ici que quelques phrases, qui ne sont peut-être pas les meilleures, mais je tiens à en recopier quelques lignes, lisez le reste :

Voulaient-ils cette vie besogneuse ?

Ils ne savent pas, ils n’ont pas assez choisi.

Ils espéraient une vie forte et intense, libérée du mirage des constructions destinées à conjurer l’humain et à étouffer un besoin de liberté.

Souvent, leur avenir est, depuis longtemps, derrière eux.

Ils auront juste vécu.

J’ai environ quarante ans. Je suis environ au milieu de ma vie. En américain, « crise de la quarantaine » se dit « mid-life crisis ».

Le milieu, ce n’est pas la fin. Peut-être le début de la fin. Ou la fin du début. Peu importe.

Mais alors pourquoi cette impression que tout invite déjà — déjà — à baisser les bras, à baisser le rideau, à céder la main ?

Dans Les Particules Elémentaires (1998), Michel Houellebecq évoque le concept de la crise de la quarantaine, appliqué à Michel Djerzinski :

Il venait d’avoir quarante ans : était-il victime de la crise de la quarantaine ? Compte tenu de l’amélioration des conditions de vie les gens de quarante ans sont aujourd’hui en pleine forme, leur condition physique est excellente ; les premiers signes indiquant – tant par l’apparence physique que par la réaction des organes à l’effort – qu’un palier vient d’être franchi, que la longue descente vers la mort vient d’être amorcée, ne se produisent le plus souvent que vers quarante-cinq, voire cinquante ans. En outre, cette fameuse «crise de la quarantaine» est souvent associée à des phénomènes sexuels, à la recherche subite et frénétique du corps des très jeunes filles. Dans le cas de Djerzinski, ces considérations étaient hors de propos : sa bite lui servait à pisser, et c’est tout.

Le 10 mars 2002, Lionel Jospin, 64 ans, fournit à Jacques Chirac, 69 ans, un de ses plus beaux cadeaux dans la première campagne présidentielle de ce siècle :

… usé, vieilli, fatigué …

J’ai commencé à découvrir il y a quelques années ce que c’est que d’être traité de vieux cons (par des jeunes cons). Ce n’est pas très agréable. C’est plus ou moins feutré. C’est plus ou moins explicite.

On est vieux de plus en plus vite — surtout dans ce secteur supposément jeune et dynamique qu’est l’informatique, surtout dans ce petit monde supposément jeune et dynamique qu’est le secteur privé français (on ne rit pas). A quarante ans, on est vieux ; à cinquante ans, on est mort ; à soixante-sept ans (aux dernières nouvelles), on peut partir à la retraite.

On a beau se dire que ce ne sont que des clichés et des conneries, que la réalité est tout autre, que la réalité est que l’expérience, la maturité, le recul, c’est très important … on a beau se dire que ce ne sont que des clichés, à partir du moment où tout le monde a ça dans la tête, et joue ou fait semblant de jouer en fonction de ça … eh bien on n’y échappe pas. C’est ridicule, mais c’est comme ça.

Alors faut-il déjà passer la main ? Laisser faire les petits cons ?

Laisser faire le cours du monde ? Laisser couler les rivières ? Laisser couler la France, l’Europe et le monde ?

Et se laisser couler soi ? Live and let die?

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

Renoncer à être reconnu, se contenter d’être toléré ?

Renoncer à être admiré ou même juste considéré, se contenter d’être juste encore là ?

Renoncer à être aimé — à part par ma fille, jusqu’à ce qu’elle atteigne le seuil fatidique de l’adolescence ?

Faut-il baisser les bras ?

Faut-il déjà baisser les bras ?

Bonne nuit.

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