Pourquoi se faire du mal à soi-même ?

Billet écrit en temps contraint

Pourquoi s’en prend-t-on à soi-même ?

Pourquoi rajouter aux agressions extérieures des agressions intérieures ?

Pourquoi se faire du mal à soi-même ?

Je vais être clair : je ne veux pas parler ici de suicide. Pour la plupart des gens, le suicide est hors de portée. Inimaginable. Trop impensable. Trop extrême. Trop irréversible. Pour tout dire, je pense que la plupart des gens sont trop lâches.

La plupart des gens qui se font du mal à eux-mêmes le font à petit feu, à basse intensité, discrètement, lentement, jour après jour — mais sur la longue durée. En cumulé, en intégrale, peut-on dire que cela peut, parfois, représenter plus qu’un suicide ? Rappelons cet aphorisme de Woody Allen :

L’infini, c’est long, surtout vers la fin.

Le stress, l’obésité, l’alcoolisme, et quantité d’autres phénomènes — plus ou moins pathologiques, plus ou moins socialement tolérés — sont, en partie au moins, des manières pour les gens de se faire du mal, de se détruire, de se détruire à petit feu. A tout petit feu. Sans flamme, ou presque. Sans éclat. A petit feu. Comme disait le Capitaine Haddock, ils ne sont pas pressés.

Le stress n’est pas que subi, il n’est pas qu’un phénomène exogène, il n’est pas qu’une réaction à des agressions extérieures. Il existe un stress endogène. On se ronge de l’intérieur. On se fait du mauvais sang sans raison apparente. On se ronge les ongles. On se tord le dos. On s’arrache les cheveux. On se gratte les plaies. On se fait saigner. On se rend malade. On se torture soi-même parfois plus surement qu’un agresseur extérieur ne le ferait.

L’obésité n’est pas que question d’alimentation industrielle, et d’ « hygiène de vie ». C’est aussi une expression de malheur. Le surpoids est parfois un corollaire du stress. L’alcoolisme aussi d’ailleurs. On boit pour oublier. On mange pour oublier. Pour compenser. Pour se consoler. Pour se rassurer. On avale n’importe quoi par réaction, par défense contre une souffrance, pour essayer de se distraire d’une souffrance — tout en sachant bien qu’on se prépare ainsi d’autres souffrances. On rend son corps malade pour se distraire d’une maladie dans l’âme. On ne fait que soigner le mal par le mal.

Pourquoi les gens s’en prennent-ils à eux-mêmes ? Pourquoi les gens se font-ils du mal ? Pourquoi les gens se détruisent-ils eux-mêmes ?

Je ne connais pas assez le genre animal, je ne saurais dire si l’homme est le seul capable de se faire souffrir lui-même.

Les gens se font du mal parce qu’ils souffrent — et, c’est bien connu, parfois le seul moyen d’effacer une souffrance, c’est une autre souffrance. Et la souffrance appelle la souffrance, cercle vicieux aussi simple que redoutable.

Les gens se font du mal pour se prouver qu’ils existent, pour se rappeler qu’ils existent. Si tu souffres, c’est que tu es encore vivant. Si tu souffres, c’est que tu es encore capable de ressentir.

Les gens se font du mal parfois pour se punir, et pas juste ceux qui sont prisonniers d’un quelconque référentiel religieux. Il y a d’autres référentiels, non-religieux, mais tout aussi pervers et puissantes. Il s’agit de se punir pour les écarts à ce référentiel, les écarts à ces normes intériorisées, toutes puissantes, inhumaines mais enkystées au plus profond de la chair.

Les gens se font du mal parce qu’ils se sentent seuls, que leur environnement les ignore, les mépris, les nie — et que symétriquement, ils se sont habitués à ignorer leur environnement.

Les gens se font du mal parce qu’ils se sentent impuissants à se faire du bien. Ils s’abaissent parce qu’ils ne peuvent s’élever. Mais plus généralement, parce qu’ils sentent qu’ils ne peuvent rien faire. Parce qu’ils se sont habitués à ne pas avoir prise sur leur vie, à être dépassés par les événements et les choses, à être cernés et infantilisés de toute part.

Les gens se font du mal parce qu’ils se détestent. Parce qu’ils n’acceptent pas ce qu’ils sont, ce qu’ils sont devenus, ou ce qu’ils ne sont pas devenus. Ils détestent ce qu’ils sont devenus. Ils détestent reconnaître qu’ils n’ont plus prise sur leur vie, qu’ils sont seuls, qu’ils n’existent pas ou guère au reste du monde.

Et plus ils se font du mal, plus ils se détestent.

Le mal fait du mal. Le mal enlaidit. Le stress se voit sur le visage. L’obésité se voit sur le corps. Les douleurs tendent les muscles, irritent les articulations, courbent le dos. La souffrance se voit. La souffrance attire la souffrance. Le malheur est une spirale.

Quelle est la cause de la cause ? Faut-il remonter à la cause de la cause de la cause ? Jusqu’où faut-il remonter ? If there is a virus, where is the source?

Selon l’Agent Smith :

(…) I believe that, as a species, human beings define their reality through misery and suffering.

Je n’en sais rien.

Bonne nuit.

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