Assumer et laisser filer

Billet écrit en temps contraint

Encore une journée où tout s’est enchaîné, avec une remarque fluidité, avec à peu près aucun temps mort, avec efficacité et efficience. Et avec au final la même sensation amère que tout a filé trop vite. Que je n’ai eu prise sur rien.

Tout me glisse entre les doigts. Tout glisse entre mes doigts.

Je ne connais pas grand’chose de la chanson française contemporaine, mais ça je l’ai entendu, et ça me revient périodiquement :

Je doute de moi
Tout glisse entre mes doigts
J’ai pas la science infuse
Rien de tout ça
Rien de plus
De plus que toi

L’impression de ne rien contrôler de ma vie est récurrente. Permanente. Obsédante. Les jours passent, les heures passent, et je n’ai de prise sur rien.

Ce n’est peut-être qu’une impression. Mais pourquoi est-ce que ça devient une obsession ?

Sur Twitter l’autre jour, j’ai vu passer une sentence attribuée à Louis-Ferdinand Céline :

Sachez avoir tort. Le monde est rempli de gens qui ont raison. C’est pour cela qu’il écoeure.

N’ayez pas peur, disait le Pontife.

Ne pas avoir peur du regard des autres.

Ne pas avoir peur du temps qui passe.

Et, peut-être, en un sens, ne pas avoir peur de mourir un jour. De mourir sans avoir eu toutes les réponses.

J’ai dans les bottes des montagnes de questions
Où subsistent encore ton écho
Où subsistent encore ton écho

Le mot-clef est donc peut-être : assumer.

Assumer ce qui échappe. Assumer ce qu’on ne peut contrôler.

Assumer ses erreurs. Assumer ses incohérences. Assumer ses changements d’idées, rebroussements, retours en arrière, boucles infinies et attracteurs étranges. Assumer ses approximations. Asssumer ses imperfections. Assumer l’imperfection, au singulier et au sens le plus large, pour un peu je l’écrirai avec une majuscule. Savoir avoir tort. Savoir se tromper. Se savoir parfois faux, parfois juste, et le plus souvent on ne sait pas.

Assumer ses erreurs, mais aussi assumer ses mensonges. Petits, grands ou moyens, partiels ou complets, délibérés ou improvisés. Assumer ses tromperies. Assumer d’avoir tenté d’induire en erreur, assumer d’avoir voulu manipuler, assumer d’avoir été tenté par la violence, assumer la haine, assumer la colère. Assumer aussi et surtout, on y revient, l’impuissance. La frustration. Assumer ce qui a échappé, ce qui a glissé entre les doigts, et les réactions de colère, de dépit et de rage.

Assumer le regard des autres. Assumer de n’être pas aimé, pas même apprécié, détesté. Imaginer l’inimaginable, c’est-à-dire, être aimé. Assumer d’être incompris, ou juste mal compris, ou pire ignoré, négligé, dénigré ou méprisé. Assumer d’être malgré les autres.

Assumer ses imperfections biologiques, chimiques, physiques. Assumer la pourriture, pour revenir à Céline. Assumer le biologique. Assumer le reptilien. Assumer l’inconscient. Assumer les névroses. Assumer les complexes. Assumer les inhibitions. Assumer les limitations. Encore et toujours, assumer les imperfections. Seules les machines sont parfaites — en tout cas, c’est ce qu’on veut nous faire croire.

Tout assumer. En bloc. Assumer le passé. Assumer les choix des autres. Assumer ce dont on n’a pas été directement responsable, assumer ce qu’on a subi. Pas de droit d’inventaire. Jamais de droit d’inventaire. La Révolution est un bloc. L’individu est un bloc. L’existence est un bloc. On prend tout ou on ne prend rien. On ne fait de tri. Ne serait-ce parce qu’on n’a pas le temps de trier. On n’a pas le temps. On est ou on n’est pas. On a juste le temps d’être, pas le temps de se demander.

Assumer de n’avoir pas de prise. En quelque sorte donc, lâcher prise.

Assumer que je n’ai pas prise. Assumer que je ne suis que ce que je suis, ce qui veut dire beaucoup plus que ce que je contrôle vraiment. Assumer bien plus que ce dont je suis directement informé, responsable ou coupable, assumer bien plus que ce que je dis et fais consciemment.

Assumer que tout glisse entre mes doigts.

Live and let live. Live and let die. Just live, anyway.

Ca parait tellement facile, tellement simple, tellement fluide.

Je n’y arrive pas.

Bonne nuit.

 

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