J’ai fait la saison dans cette boîte crânienne

Billet écrit en temps contraint

Je prends exactement une demi-heure, pas une minute de plus, pour quelques mots sur ce blog.

Je n’ai pas écrit depuis une dizaine de jours. J’ai des dizaines de brouillons, mais il m’a manqué l’énergie et le temps.

Il y a tellement peu de place dans ma vie.

Il y a toujours d’autres priorités. Il y a si peu de marges de manœuvre. Ces derniers jours, ce blog a fait partie des marges de manœuvre. Variable d’ajustement. Lest. Ce qu’on laisse tomber pour essayer de demeurer en l’air, pour essayer de ne pas tomber.

Il n’y a pas, ou si peu, de temps disponible. Tout est pris, tout est occupé, tout est complet. Et puis la fatigue fait le reste. Elle dévore les moindres gisements de temps qui apparaissent subrepticement.

Et le stress grignote. L’usure. Attrition, usure par le frottement, comme on dit maintenant. Et ainsi parfois l’écoulement du temps devient turbulent, comme on dit en mécanique des fluides, il n’est plus laminaire, il n’est plus lisse et concentré, il part dans tous les sens, le lâche soulagement de se coucher tôt débouche sur l’insomnie plus tard dans la nuit, et les turbulences se propagent aux soirées et nuits suivantes, rebondissent et assomment un peu plus à chaque rebond. Le sommeil n’est pas un long fleuve tranquille.

Ce qui manque le plus, c’est le temps. Mais il n’y a pas que le temps.

Ces derniers jours, il m’a aussi manqué le déclic, l’étincelle. J’ai eu un petit peu de temps certains soirs, en début de semaine. Mais le cœur n’y était pas. Et puis une sorte d’inhibition, de retenue, ou de pudeur. La crainte d’écrire inutilement des choses trop dures ou trop noires, même si ces notions sont beaucoup plus relatives qu’on ne l’admet couramment de nos jours.

Ce qui est simple est faux, ce qui est compliqué est inutilisable. Ce qui est positif est faux, ce qui est négatif est inutilisable. Et pourtant, il faut bien faire face au négatif. Il faut, d’une manière ou d’une autre, lui faire face. Ne pas le laisser faire. Exorciser. Décortiquer. Déconstruire. Neutraliser.

Pour cela il faut bien commencer par écrire les choses. Les écrire pour pouvoir les penser, et réciproquement. Mais ce n’est pas facile. Il faut savoir nommer les choses. Je le constate presque chaque jour : le drame, c’est de ne pas mettre des mots sur des objets, des phénomènes, des sensations, des opinions — c’est un drame pour les enfants, mais ça touche aussi quantité d’adultes. La civilisation, ce sont d’abord les mots. Lire. Ecrire. Lire. Nommer. Décrire. Qualifier. Exprimer.

Sigmund Freud :

Wo Es war, soll Ich werden.

Là où Ça était, dois Je advenir.

Il y a tellement peu de place dans ma vie, mais il y a tellement de choses dans ma tête.

Si Inception me fascine, c’est probablement d’abord pour cela. Ça se passe dans la tête. C’est dans la tête. C’est dans des têtes. Avec Inception, ce qui se passe dans la tête a une importance. Cela me semble tellement rare, tellement inhabituel.

Car l’injonction « Tout ça c’est dans ta tête » me hante, me ronge, me broie. Peut-être depuis toujours. Avec ce corollaire : « Ce n’est que dans ta tête, donc ce n’est pas important. » Avec des variantes : « Tu n’es pas important, toi et ce que tu as dans la tête. » Il faudrait comprendre ce qui a planté ça dans ma tête, justement. Il faudrait remonter les rivières, trouver la cause de la cause. If there is a virus, where is the source?

Cobb, dans Inception :

What is the most resilient parasite? Bacteria? A virus? An intestinal worm? An idea. Resilient… highly contagious. Once an idea has taken hold of the brain it’s almost impossible to eradicate. An idea that is fully formed – fully understood – that sticks; right in there somewhere.

Alain Bashung :

J’ai fait la saison dans cette boîte crânienne
Tes pensées, je les faisais miennes

Et surtout :

J’ai dans les bottes des montagnes de questions

J’ai dans la tête des montagnes de questions.

J’ai dans mon boîte des montagnes de brouillons.

Où subsiste encore ton écho
Où subsiste encore ton écho

Et toujours Fabienne Thibeault :

J’ai la tête qui éclate
J’voudrais seulement dormir

Je ne vais pas dormir maintenant. J’ai à faire. Je n’ai pas le temps. Il faut que je prenne de l’avance sur la suite du week-end. Les week-ends sont pires que les semaines. C’est la vie.

Je suis fatigué. Je le ressens à chaque heure. A chaque minute. Je le dis, je le murmure. Seul dans ma cave, je le crie. Je sais très bien ce que ça veut dire. J’assume. Je fais face.

La nuit je mens
Je prends des trains à travers la plaine
La nuit je mens
Effrontément
J’ai dans les bottes des montagnes de questions

Bonne nuit.

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