Maykosen, de Lénine à Guillaume II, au seuil de 1914

Jules Romains a créé, pour les 25 années (1908 – 1933) couvertes par les 27 volumes des « Hommes de Bonne Volonté », un grand nombre de personnages secondaires.

Ainsi Alfred Maykosen : Balte, né Russe, naturalisé Américain, journaliste indépendant, polyglotte et globe-trotter, confident de plusieurs grandes personnages de l’Europe d’avant 1914, notamment du Kaiser Guillaume II (personnage réel) ou du député français Maxime Gurau (personnage fictif, occupant divers ministères en ces années-là, dont les Affaires Etrangères). Ayant suivi pour divers journaux européens et américains la guerre russo-japonaise de 1904-1905, Maykosen n’a aucune illusion sur ce que serait une guerre européenne entre grandes puissances.

« Le Drapeau Noir », le quatorzième volume, se déroule en 1914, et se termine le samedi 1er août 1914 en fin de journée, alors que commence à sonner, en Haute-Loire et partout en France, le tocsin de la mobilisation générale.

Dans « Le Drapeau Noir », Maykosen apparaît plusieurs fois. Au printemps 1914, quelques semaines avant l’attentat de Sarajevo, il se rend à Cracovie (alors aux marches de l’Autriche-Hongrie) pour rencontrer un personnage absolument inconnu alors : Lénine. En juillet 1914, quelques jours après l’attentat de Sarajevo, il est reçu par Guillaume II pour une brève conversation sur son yacht.

Extraits.

* * *

CHAPITRE XXI – LE PETIT PROFESSEUR AUX POMMETTES KALMOUK

(…)

Lénine se décida à déclarer que l’avantage de la situation actuelle, c’était d’être beaucoup plus claire. Nombre de soi-disant révolutionnaires avaient pris peur. D’autres s’étaient rangés sous les bannières du réformisme et faisaient à la Douma de l’honnête politique bourgeoise. Les salons de Saint-Pétersbourg, effrayés de leurs anciennes audaces à la suite des événements de 1905, se montraient moins accueillants aux théories subversives. Tant mieux. La révolution n’avait jamais compté sur tout ce monde-là.

— Mais sur qui peut-elle compter ?

— Sur la classe ouvrière qui s’organise, et qui apprend la lutte.

Lénine partit là-dessus dans des considérations un peu longues que Maykosen écouta presque malgré lui. Le Balte eut le sentiment que l’autre venait d’enfourcher son dada, et se révélait du même coup pour ce qu’il devait être au fond : un théoricien fanatique et ennuyeux. Ennuyeux jusque dans ses rêves de violence. Quoi de plus morne à imaginer, en effet, qu’une insurrection de prolétaires dans les faubourgs d’une grande ville industrielle ; que de petits combats dans de sales ruelles pluvieuses entre la police et des hommes débraillés ; avec des harangues de bavards alternant avec des exploits de voyous ? Maykosen savait déjà par expérience que la guerre moderne n’était pas belle à voir. Il l’avait dit à qui voulait l’entendre. Il avait encore moins confiance dans la beauté du type de révolution dernier cri, dont ce petit professeur aux pommettes Kalmouk — car c’était vrai qu’il prenait soudain l’air d’un petit professeur — se pourléchait les lèvres d’avance : des lèvres minces qui faisaient paraître plus inquiétant, plus maniaque, le feu sombre qui se mettrait à luire dans les yeux étirés.

(…)

Maykosen (…) lui demanda s’il croyait donc qu’il y eût ailleurs des chances sérieuses de révolution en Europe. Peut-être pensait-il à la France ?

— Je ne pense à aucun pays spécialement. Ce que je veux dire, c’est que de toute façon il éclatera sous peu, comme je l’ai démontré à plusieurs reprises, une guerre générale causée par les conflits des impérialismes. C’est la suite fatale du développement du processus capitaliste. Cela en sera aussi l’achèvement.

— En quel sens ?

— En ce sens que la guerre tendra d’elle-même à se transformer en une révolution du type décrit par Marx. Elle amènera en effet l’effondrement des impérialismes les uns par les autres, et par suite l’effondrement, à l’intérieur de chaque pays, du régime capitaliste, dont l’impérialisme n’est que la suprême expression. Une situation révolutionnaire sera ainsi créée. Il appartiendra aux militants révolutionnaires de chaque pays de surveiller attentivement l’évolution de cette situation en ce qui les concernera, et de saisir le moment favorable pour intervenir par une action décisive. Il faut tenir compte du fait que des millions de prolétaires, étant alors sous l’uniforme, se trouveront armés ipso facto, donc seront immédiatement utilisables. Les révolutionnaires du premier pays où la situation apparaîtra comme mûre auront évidemment le devoir d’agir sans attendre les autres. Il y aura les plus grandes chances pour que leur action hâte la maturation de la situation dans les autres pays.

Cette fois, Maykosen était très intéressé, moins par la thèse explicative que par le pronostic.

— Vous voyez cela pour bientôt ? demanda-t-il.

— La guerre européenne ?

— Oui.

Lénine réfléchit un moment.

— J’ai changé d’avis plusieurs fois à ce sujet », dit-il. « Les circonstances elles-mêmes sont susceptibles de varier entre certaines limites. La prévision scientifique n’est pas possible en ce qui concerne la durée exacte du processus. Pour l’instant, j’estime que le choc décisif des impérialismes ne se produira pas avant quelques années…

— Aucunement optimiste ! » dit-il avec sécheresse. « J’ai seulement l’impression que certains adversaires ne sont pas prêts ; que d’autres ont peur ; et que tout cela fera un peu traîner les choses. Il faut compter aussi avec la lenteur de décision de l’Angleterre. L’Angleterre désire assurément en finir avec le commerce allemand et avec la marine allemande, qui sont pour elle deux menaces croissantes et dès maintenant insupportables. Mais elle hésitera encore un peu avant d’accepter la partie. Je croirais volontiers que nous assisterons d’abord à une ou deux guerres partielles, sur des théâtres relativement secondaires, où les principaux impérialismes ne s’affronteront pas encore directement ; comme nous venons de le voir avec la guerre italo-turque et la guerre balkanique… En particulier, je crois possible une guerre de l’Autriche contre la Serbie.

— Sans que la Russie bouge ?

— Peut-être. La Russie ne bougera que si la France l’y autorise. Et il se peut que la France et l’Allemagne soient tacitement d’accord pour ne pas vouloir d’une guerre générale tout de suite.

(…)

— Je remarque une chose » dit Maykosen un peu railleur, « c’est que vous n’avez pas l’air de compter beaucoup sur vos amis et confrères les socialistes des divers pays d’Europe pour empêcher l’éclatement de la guerre ?

Lénine répondit froidement :

— Je ne compte pas sur eux, en effet.

— Vous ne voulez pourtant pas dire qu’ils souhaitent le conflit sous prétexte que la révolution peut en sortir ?

— Non… La plupart sont trop bêtes pour ça.

Il s’interrompit, comme s’il voulait rattraper l’effet de ses derniers mots :

— Ce qu’ils feront ? … Eh bien, ce qu’ils ont fait jusqu’ici : des meetings, des discours, des ordres du jour enflammés… Quand la chose éclatera, tout ce que j’espère d’eux… de ceux d’entre eux qui sont dans les Parlements… et ils y sont presque tous ; ils y seront tous d’ici là » intercala-t-il d’un ton sarcastique, «  c’est qu’ils refusent de voter les crédits de mobilisation… » Il ajouta en français : « cela ne fera ni chaud ni froid » puis de nouveau en allemand : « oui, c’est à peu près tout ce dont ils seront capables.

Maykosen reprit avec quelque précaution dans la voix :

— Mais… vous ? …

— Moi ?

— Oui… Vous ne souhaitez pas le conflit ?…

— Non, je ne le souhaite pas » répliqua vivement Lénine. « Pourquoi voulez-vous que je le souhaite ? Je fais et je ferai jusqu’au bout tout ce qui sera en mon pouvoir pour empêcher la mobilisation et la guerre. Je ne veux pas que des millions de prolétaires aillent s’égorger les uns les autres pour payer les folies du capitalisme. Il ne faut pas qu’il y ait malentendu. Prévoir objectivement la guerre, souhaiter que, ce fléau une fois déchaîné, on l’utilise au mieux, est une chose. Souhaiter la guerre, ou faire quoi que ce soit pour la favoriser, est une toute autre chose. Comprenez-vous ?

(…)

CHAPITRE XXV : MAYKOSEN CHEZ GUILLAUME II

(…)

Le Kaiser (…) se contenta de s’écrier, d’une voix nuancée de colère, et en frappant sur la garniture de cuir de la table qu’il avait devant lui :

— Il faut donner une leçon à la Serbie, et à toute cette racaille. Les Balkans, en général, ne valent pas cher ; vous le savez, vous qui les connaissez bien. Mais il y a des bandits dont on peut faire des gendarmes. Il faut non seulement donner une bonne leçon à la Serbie, mais l’éliminer définitivement comme facteur politique. Avez-vous songé à cela, que le vieil Empereur peut mourir demain, surtout après le coup qu’il vient de recevoir ? Que deviendra la Double Monarchie si on laisse ce péril accroché à son flanc ? Pour la suite, les Roumains, les Bulgares peuvent nous aider. Mais en attendant, il faut laisser l’Autriche toute seule donner sévèrement la leçon. Elle travaillera pour la tranquilité de l’Europe. Cela ne se discute pas.

Maykosen, qui savait que ce n’était pas en heurtant l’Empereur de front qu’on avait chance de le faire réfléchir, convint que « cela ne se discutait pas ». Mais il y avait une grande nervosité chez tous les peuples. Ce qu’il fallait éviter à tout prix, c’était que le châtiment si légitime de la Serbie n’allumât une guerre générale. Les conditions dans lesquelles il serait administré avaient donc une grande importance.

Le Kaiser répliqua, en fronçant les sourcils, que l’Angleterre, où le sentiment monarchique était si vif et le goût de l’ordre si prononcé, n’irait pas prendre les armes pour la cause d’un régicide. En outre, les Anglais ne souhaitent pas une guerre avec l’Allemagne. Il avait de bonnes raisons de le penser. Certes il n’en était pas de même de la Russie, ni de la France. Mais ni l’une ni l’autre n’était prêtes ; ni l’une ni l’autre n’avaient d’artillerie lourde. Poincaré, à qui on pouvait à bon droit prêter les pires desseins contre l’Allemagne, voudrait attendre les effets de sa loi de trois ans. Les Russes, leur relèvement intérieur, et l’achèvement de leurs chemins de fer stratégiques.

Il conclut, en secouant la tête, lentement cette fois, et avec assez de calme, non sans même une trace de sourire :

— Dans deux ou trois ans, ils risqueront peut-être la partie. Mais maintenant ? non.

A ce moment-là, il était un peu renversé dans sa chaise-fauteuil, qui n’appuyait plus au sol que sur deux pieds ; et il se balançait. Maykosen le voyait de profil. Le Kaiser regardait devait lui rêveusement, dans la direction d’une petite gravure anglaise de chasse accrochée à la cloison de la cabine. Les yeux étaient lumineux entre les cils ; la bouche un peu railleuse sous la moustache. Il avait l’air humain, en somme ; presque fin, presque cordial. Il avait du charme.

« Tant de choses dépendent de lui, malgré tout ! » songeait Maykosen. « Essayons ! »

Il se garda de contredire le Kaiser. Il lui rappela seulement la prépondérance qu’avaient prise, dans les toutes dernières années, à la Cour de Russie, les « forces sombres ». De ce ramassis d’aventuriers et de détraqués, on pouvait tout craindre.

— Beaucoup d’entre eux » dit-il posément, en ne laissant perdre la vertu pénétrante d’aucun de ses mots, « sont assez fous pour s’imaginer qu’une guerre serait un remède au danger révolutionnaire.

Le Kaiser, interrompant, ne cacha pas qu’après tout, il ne trouvait pas cette façon de voir si folle. Maykosen sentit qu’il venait de réveiller, exactement comme il le souhaitait, dans l’esprit de Guillaume II, une des idées chimériques qui y alternaient avec d’autres : les jours où l’Empereur désespérait d’amener à une entente pacifique les vieilles dynasties européennes, qui l’accepteraient amicalement comme suzerain, il lui arrivait d’envisager comme pis-aller une guerre violente et courte, grâce à laquelle chaque nation se débarrasserait de ses ferments révolutionnaires, restaurerait pour son compte l’ordre et l’autorité ; et à la fin de laquelle l’Allemagne, naturellement victorieuse, mais n’abusant pas de sa victoire, présiderait à la réconciliation générale d’une Europe purgée pour plusieurs générations de ses socialistes, terroristes, conspirateurs mystiques, régicides, et autres ennemis du genre humain.

— Que votre Majesté » repris Maykosen d’une voix qui cherchait de prime abord à intriguer l’interlocuteur, « me permette de lui conter, à ce propos, une entrevue que j’ai eue tout récemment avec l’homme qui est peut-être en ce moment-ci le révolutionnaire le plus dangereux, et le plus moderne par ses méthodes, de toute l’Europe.

Il ne nomma pas Lénine, dont le nom n’eût produit sur le Kaiser aucun effet. Il parla d’une rencontre très secrète, dans un pays « assez retiré », et avoua qu’il ne l’avait obtenue qu’en jurant de ne révéler à qui que ce fût ni le lieu ni le personnage. Tout ce qu’il pouvait dire, c’était qu’il n’y avait pas à son avis de spécialiste plus qualifié du problème de la révolution que cet homme-là.

Ces mystères, en laissant le champ libre à l’imagination romanesque de l’Empereur, ne donnaient que plus de prestige à ce qu’il allait entendre.

Maykosen lui révéla donc qu’au jugement de l’éminent spécialiste, la meilleure condition pour provoquer la révolution dans toute l’Europe, et la seule infaillible, c’était une guerre générale. Maykosen reproduisit le raisonnement de Lénine en le ramenant à un schéma saisissant. Il ajouta – par une invention pieuse – que ce révolutionnaire, chef d’une organisation internationale très puissante et très ramifiée, faisait en ce moment même des vœux ardents pour que l’affaire de Sarajevo déchaînât la catastrophe.

L’Empereur parut assez vivement frappé. Il mit sa joue dans sa main ; baissa les yeux vers le sol. Il portait beaucoup de confiance à Maykosen. (…)

Après avoir réfléchi en silence, il dit, d’une voix très amicale :

— Mon cher Maykosen, vous savez quel cas je fais de vous. Vous n’êtes pas allemand. Mais vous seriez incapable de me conseiller à moi, Empereur allemand, quelque chose qui irait contre l’honneur ou les intérêts de ce pays. Vous voyez peut-être plus clair que moi.

— Oh ! Majesté…

— Si !… Vous rencontrez plus de gens divers que moi. L’on essaye moins de vous tromper. N’étant pas engagé dans l’affaire, vous pouvez rester entièrement de sang-froid et impartial… Que feriez-vous à ma place ?

— Eh bien ! puisque Votre Majesté me fait le très grand honneur de me permettre un avis » commença Maykosen en se jurant d’être le plus modeste de ton et le plus sobre de paroles qu’il se pouvait, « j’essayerais avant tout d’obtenir que la punition de la Serbie fût en quelque sorte prononcée, ou du moins acceptée d’avance, par toutes les grandes puissances ; et que l’Autriche agît en somme « autorisée » par l’Europe.

— Une conférence internationale ? Ce sera bien trop long. L’Autrice ne patientera pas…

— Des échanges diplomatiques suffiraient.

Après une hésitation, le Kaiser reprit, en diminuant un peu la voix :

— Et s’ils nous tombent dessus dans deux ou trois ans, quand ils auront fini de nous encercler et qu’ils seront tout à fait prêts ?

« Encore une autre de ses chimères » pensa Maykosen « et que tant de gens de son entourage l’engagent à prendre pour une forte vue politique : la guerre préventive. » Il dit tout haut :

— Que Votre Majesté ne donne pas dans la hantise de certaines gens ! Un cercle se rompt parfois plus vite qu’il ne s’est formé. Quant à être prêt… personne n’est jamais « prêt ». On l’est plus ou moins que l’adversaire, voilà tout. Ce qu’il faut, c’est créer chez l’adversaire l’impression qu’il n’arrivera jamais à être plus prêt que vous, donc que la course est inutile.

Le Kaiser hocha la tête en souriant ; se leva, tendit la main à Maykosen qui s’était levé aussitôt :

— Oh ! j’aurais bien des choses à vous répondre. Ce n’est pas si simple ! Mais je vais réflechir. Si je pars pour ma croisière, comme je le souhaite, revenez me voir à mon retour.

Il ajouta, en lui secouant les mains :

— Vous êtes un bon ami, un bon ami.

(…)

CHAPITRE XXVI – ENTRÉE DANS L’HISTOIRE

C’est en apprenant par les journaux que la réponse serbe, très conciliante en somme, à l’ultimatum autrichien du 23 juillet, était repoussée, et que l’Autriche, sans vouloir négocier davantage, se préparait à lancer une armée sur Belgrade, que Gurau sentit que la paix de l’Europe était perdue.

C’était un dimanche matin.

(…)

C’était bien simple : il suffisait de ne plus résister. Il suffisait de dire : oui.

(…)

Il n’y a que ce seuil-là à franchir, vraiment imperceptible, où le pied se met tout seul ? Alors il ne fallait pas faire tant d’histoires avant de nous jeter dans l’Histoire !

CHAPITRE XXVII – PRÉSENTATION DE LA FRANCE EN JUILLET 14

C’est ainsi que ce brave peuple, d’hommes assez mal vêtus, peu soigneux de leur personne et de taille plutôt courte, se préparait à entrer une fois de plus dans l’Histoire.

(…)

Et c’est pourquoi le premier août à quatre heures et demie du soir, Jean Jerphanion, Français de vieille souche et homme d’Europe entre autres, qui se trouvait avec sa jeune femme dans un champ à côté de l’oncle Crouziols, entendit la cloche de Saint-Julien-Chapteuil, canton d’entre les cantons, sonner pour les paysans de ce terroir antique le tocsin de la mobilisation.

Bonne nuit.

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