Mon seul projet c’est continuer

Billet écrit en temps contraint

Je tarde à reprendre ce blog. J’ai envie de reprendre ce projet d’écriture, ce blog, envers et contre tout. C’est juste le temps et l’énergie qui manquent. Ça va revenir. Les idées sont revenues — elles n’étaient jamais parties. J’ai envie d’écrire et de partager. Ça va reprendre.

Mais il y a tout ce qui passe avant. Travail, famille, etc. Le sommeil aussi. Et par-dessus tout, la fatigue. La fatigue, le grand ennemi.

La rentrée scolaire est passée. Les rentrées des uns et des autres est passée. La lourde machine a repris sa pleine cadence, après quelques semaines en mode dégradé.

Des millions de gens ont repris, ont recommencé à faire aux petites et aux grandes absurdités de leur vie.

Nous sommes des millions à nous accrocher à nos vies de merde. Parce que c’est comme ça. On n’a pas le choix. On n’a pas de solution de rechange. Il faudrait une opportunité, du courage, de la chance, de la folie — il suffirait peut-être de peu de choses, mais en attendant, faute de mieux, on continue.

C’est dans une chanson de France Gall sur des paroles de Michel Berger, « Si Maman Si » :

Mon seul projet c’est continuer

Mon frère a très bien résumé cela en deux SMS cette semaine :

On a des vies absurdes
Mais nous sommes incapables d’en changer

Beaucoup de gens ont déjà exprimé tout cela. Ce soir, je ne sais pourquoi, j’ai envie de citer Charles Bukowski :

Qu’on pense aux millions de gens qui vivent ensemble à contre-cœur, qui détestent leur boulot mais craignent de le perdre, pas étonnant qu’ils aient des tronches pareilles. Il est presque impossible de contempler une physionomie ordinaire sans devoir détourner les yeux vers autre chose, une orange, un caillou, une bouteille de térébenthine, le cul d’un chien. Même dans les prisons, même dans les maisons de fous, il n’y a pas de tronches acceptables, et le médecin qui se penchera sur vous quand vous serez à l’agonie aura un masque d’abruti.

Comment tient-on ? Comment arrive-t-on à reprendre, autrement parce qu’on n’a pas le choix ?

On peut se dire que c’est pour l’honneur, qu’il y a une forme d’héroïsme à vivre la vie contemporaine ordinaire, toute oppressante et aliénée qu’elle soit. « Les pères de famille sont les vrais héros de notre temps », ai-je lu il y a quelques années, je ne sais plus où. On lit beaucoup de choses comme cela. Le mot « héros » a gardé une bonne côte dans notre époque supposée « post-héroïque » … Il faudrait s’entendre sur les mots. J’aimerai bien le croire mais je n’y arrive pas. Le mot « héros » est trop fort. Personne ne risque sa vie dans la vie ordinaire, toute oppressante et aliénée qu’elle soit. Mon frère, moi, des millions d’autres, nous avons des jobs que nous haïssons et des vies qui nous navrent, mais nous mangeons à notre faim, nous pouvons voir un médecin quand nous sommes malades, etc. Je ne crois pas que nous sommes des « héros ». Je peux me tromper.

On peut se dire que ça pourrait être pire ailleurs. Qu’il y a plus malheur et plus inconfortable et plus douloureux. Et c’est vrai. C’est factuel, comme on dit maintenant. Et tout est fait pour l’asséner, le rappeler, fréquemment.

Des enfants de France dans les années 1970s entendaient ainsi : « Mange tes pâtes, pense à tous les enfants du Tiers-Monde qui meurent de faim. » Depuis, le Tiers-Monde s’est rapproché. Combien de millions de Français ne mangent pas à leur faim ? Combien vont mourir de froid cet hiver ?

Et à peine plus loin, il y a le spectacle de la Grèce, ou celui de Gaza, des populations littéralement massacrées, en partie, je le crains, pour faire un exemple, pour montrer aux autres : « Tenez-vous tranquilles, sinon vous subirez le même sort ! »

On peut aussi se dire qu’on fait partie de l’humanité. Qu’on est tous dans le même bateau. C’est une idée qui me plait plus. Il y a des pages superbes dans le « Verdun » de Jules Romains, je les transcrirai peut-être un autre soir, quand j’aurais le temps. Je crois que le chapitre concerné s’intitule : « Comment Verdun arrive à tenir ». En bref, dans mon souvenir : parce que, de proche en proche, nul ne veut être celui qui flanchera, celui qui fera défaut à ses camarades, celui qui aura honte d’avoir flancher. Il faut que je relise ça.

Bref, c’est la reprise. C’est reparti. Ce billet sera fini avant minuit, je tiens à mes règles, il me reste sept minutes. Je ferai des billets plus construits dans les soirées où j’aurais plus de temps. Ça va bien finir par arriver. Ça aussi, ça va revenir. Ce qui manque le plus, c’est le temps. Ce qui manque le moins, c’est le fond — dans les prochaines semaines, je veux écrire sur l’uchronie, l’Europe, l’Allemagne, la fuite, la transmission, la déflation, la maladie. Ça va arriver.

Nous ne sommes pas grand’chose. C’est mieux que rien.

Bonne nuit.

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2 commentaires pour Mon seul projet c’est continuer

  1. Lisande dit :

    Ravie de vous voir de retour. Toujours très intéressant de lire un avis sur l’actualité ou l’histoire contemporaine sans le formatage de l’écriture journalistique. A bientôt!

Tous les commentaires seront les bienvenus.

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