Pistes de lecture – Ils jouent avec le feu en Ukraine

Je désapprouve la politique occidentale à l’égard de l’Ukraine et de la Russie. Au fil des mois, je suis passé de l’incrédulité au rejet, du scepticisme au dégoût. Je ne comprends pas à quoi jouent les dirigeants occidentaux, notamment les européens.

Pour différentes raisons.

Je ne comprends pas l’empressement des dirigeants européens, de Van Rompuy à Merkel, en passant par Hollande et Barroso, à soutenir à bout de bras le très douteux régime Porochenko, issu d’un coup d’Etat très étrange, et dont les crimes de guerre contre les populations civiles du Donbass sont chaque jour plus évidents.

Je ne comprends pas l’agressivité à l’égard de la Russie, pays essentiellement européen, partenaire naturel de l’Union Européenne — ce que Gorbatchev appelait « la maison commune européenne ». Il y a onze ans, au temps où Jacques Chirac et Gerhard Schröder s’opposèrent, au sujet de la guerre en Irak, à George W. Bush et Tony Blair, un axe Paris – Berlin – Moscou semblait promis à un grand avenir. On en est bien loin. Ça arrange qui, à part l’axe Washington – Londres ?

Je ne comprends pas la défiance à l’égard de Vladimir Poutine, dirigeant autoritaire, mais qui a apporté à son pays un redressement peu banal — et à la population de son pays une amélioration considérable de son niveau et de ses conditions de vie.

Et puis surtout, je ne comprends pas pourquoi ces gens — ces « dirigeants européens » si peu crédibles, si petits, si limités intellectuellement, sans expérience personnelle de la guerre, sans culture historique — je ne comprends pas pourquoi ces gens jouent autant avec le feu, un siècle après 1914, un quart de siècle après la fin de la Guerre Froide.

Est-ce que les événements d’Ukraine peuvent dégénérer ?

J’ai commencé à aborder le sujet en juillet.

Voici quelques nouvelles pistes de lecture le suggérant.

* * *

Anne Applebaum (grande journaliste américaine tendance néo-conservatrice, épouse de Radoslaw Sikorski, ministre des Affaires Etrangères de la Pologne), dans The Washington Post, le 29 août 2014, sous le titre « War in Europe is not a hysterical idea » :

Not long ago, Vladimir Zhirinovsky — the Russian member of parliament and court jester who sometimes says things that those in power cannot — argued on television that Russia should use nuclear weapons to bomb Poland and the Baltic countries — « dwarf states, » he called them — and show the West who really holds power in Europe: « Nothing threatens America, it’s far away. But Eastern European countries will place themselves under the threat of total annihilation, » he declared. Vladimir Putin indulges these comments: Zhirinovsky’s statements are not official policy, the Russian president says, but he always « gets the party going. »

A far more serious person, the dissident Russian analyst Andrei Piontkovsky, has recently published an article arguing, along lines that echo Zhirinovsky’s threats, that Putin really is weighing the possibility of limited nuclear strikes — perhaps against one of the Baltic capitals, perhaps a Polish city — to prove that NATO is a hollow, meaningless entity that won’t dare strike back for fear of a greater catastrophe. Indeed, in military exercises in 2009 and 2013, the Russian army openly « practiced » a nuclear attack on Warsaw.

Is all of this nothing more than the raving of lunatics? Maybe. And maybe Putin is too weak to do any of this, and maybe it’s just scare tactics, and maybe his oligarchs will stop him. But « Mein Kampf » also seemed hysterical to Western and German audiences in 1933. Stalin’s orders to « liquidate » whole classes and social groups within the Soviet Union would have seemed equally insane to us at the time, if we had been able to hear them.

  • Je ne savais pas qu’il fallait prendre au sérieux Vladimir Jirinovski, mais admettons…
  • Même devenu la propriété privée du patron d’Amazon, Jeff Bezos, The Washington Post reste l’un des journaux les plus influents des Etats-Unis.

Jeffrey Tayler, dans Slate, traduit sur la version française à la date du 9 septembre 2014, donne plus de détails sur les théories d’Andrei Piontkovski :

Selon le scénario de Piontkovski, cela pourrait prendre une forme aussi simple que celle d’un plébiscite: la ville estonienne de Narva, en grande majorité russophone et voisine de la Russie, pourrait décider d’organiser un référendum sur la possibilité de rejoindre la mère patrie, par exemple. Pour aider ses citoyens à « exprimer librement leur volonté » dans les urnes, la Russie pourrait envoyer une brigade de « petits hommes verts armés jusqu’aux dents », un peu comme ce qu’elle a fait en Crimée en mars dernier.

L’Estonie invoquerait alors l’Article 5 de la charte de l’Otan — « une attaque armée contre l’une ou plusieurs [des parties membres de l’Otan]… sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties » — et exigerait que l’Alliance prenne sa défense. Lorsqu’il a pris la parole à Tallinn, capitale de l’Estonie, la veille du sommet de l’Otan au Pays de Galles, c’est exactement ce qu’a promis le président Obama. « La défense de Tallinn, Riga et Vilnius est tout aussi importante que la défense de Berlin, Paris et Londres », a-t-il affirmé.

Et soudain, le plus terrifiant des cauchemars se réalise: l’Otan se retrouve confrontée à l’éventualité de faire la guerre à la Russie.

Quelle serait la réaction de Poutine? Piontkovski pense que l’Otan rechignerait à attaquer Moscou pour défendre un petit pays si loin de son centre et du coeur des citoyens de ses pays membres. Le chercheur imagine les possibilités s’offrant à Obama, lauréat du Nobel de la Paix confronté à l’idée de déclencher un holocauste planétaire pour « une pauvre petite ville dont personne n’a jamais entendu parler », tandis que le public américain hurlerait: « Monsieur le Président, pas question de mourir pour cette Narva de merde! » Piontkovski évoque également un sondage d’opinion allemand demandant ce que Berlin devrait faire si l’Estonie entrait dans un conflit armé contre la Russie: 70% des personnes interrogées souhaiteraient que leur pays reste neutre.

Piontkovski essaie ensuite d’envisager la situation dans laquelle Poutine se trouverait si l’Otan intervenait pour sortir ses petits hommes verts de Narva. Poutine choisirait-il le suicide en lançant ses missiles contre les Etats-Unis? Sûrement pas. Il opterait plutôt pour une réponse sous forme de frappe nucléaire limitée contre une ou deux capitales européennes — pas Paris ou Londres mais des villes plus petites, sans doute d’Europe de l’Est, de pays n’ayant rejoint l’Otan que tout récemment. C’est Varsovie, contre qui la Russie a déjà effectué des manœuvres de simulation d’attaque nucléaire, qui vient d’abord à l’esprit. Ou alors la capitale lituanienne Vilnius. L’idée est que Poutine parierait sur le fait que les décideurs de Washington, Berlin, Londres et Paris ne répondraient pas avec des armes atomiques contre la Russie si elle frappait « seulement » une ou deux villes quasiment inconnues de la plupart des Occidentaux — et pour lesquelles ils n’auraient certainement aucune envie de mourir.

  • Sans commentaire.

Christian Vincent, scénariste et réalisateur, a proposé sur le site iPagination, un début de scénario, en date du 2 septembre 2014 :

Le 6 décembre 2014, le président Vladimir Poutine annonce qu’à la demande du peuple ukrainien, l’Ukraine fait partie désormais à part entière du territoire de la fédération de Russie. (…)

La Chancelière Angela Meckel (…) décida donc de façon unilatérale et sans en référer à ces collègues et alliés européens, de frapper avec son aviation les troupes russes situées le plus à l’ouest de l’Ukraine. Ce fut la stupeur dans toutes les capitales européennes. Bien que tous voyaient, avec horreur, se rapprocher le spectre de la guerre, tous pensaient qu’il était sans doute encore possible de trouver si non un accord de retour en arrière, tout au moins un compromis permettant de sauver la paix.

La réaction allemande brisa les derniers espoirs et de fait, c’est l’ensemble de la communauté européenne qui se retrouva en état de guerre contre la Russie. (…) Le président Poutine annonça que cette attaque impardonnable du territoire de la fédération représentait un acte de déclaration de guerre. Le 9 décembre 2014, les troupes russes envahissaient la Pologne qui se rendit sans se défendre au souvenir des atrocités que le pays avait vécu lors du dernier conflit mondial. Trois jours plus tard, les russes étaient massés à la frontière allemande.

  • Sans commentaire. Ça se lit bien. Plus lyrique que Andrei Piontkovski. Je regrette beaucoup les fautes d’orthographe et autres coquilles.

Roger Cohen, dans un hors-série de « The Atlantic » consacré à la Première Guerre Mondiale, à la date du 29 juillet 2014, va plus loin dans la spéculation, sous le titre « Yes, It Could Happen Again« , en mélangeant brillamment des faits réels et des faits imaginaires (ou, si on préfère, pas encore réels) :

Let us indulge in dark imaginings, then, in the cause of prudence. Here is one possible scenario: Clashes intensify between Ukrainian government forces and paramilitary formations organized by Russian fifth columnists. The death toll rises. The ongoing NATO dispatch of troops and F-16s to Poland and the Baltic states, designed as a deterrence, redoubles anger in Russia — « a great and humble nation besieged, » a Russian general might declare. The American president, saying his war-weary country will not seek conflict, imposes sanctions on the entire Russian oil-and-gas sector. European states dependent on Russian energy grumble; a former German chancellor working in natural gas says his country’s interests lie with Moscow. Then, say, an independence movement of the Russian minority gains momentum in Estonia, backed with plausible deniability by Moscow’s agents, and announces support for the Donetsk People’s Republic. A wave of cyberattacks disables Estonian government facilities, and an Estonian big shot calls the Russian leader an « imperialist troglodyte trapped in a zero-sum game. » After an assassination attempt on the Estonian foreign minister at a rally in the capital, calls grow louder for the American president to invoke Article 5. He insists that « drawing red lines in the 21st century is not a useful exercise. »

Let us further imagine that shortly after the president delivers his speech, in a mysterious coincidence, a Chinese ship runs aground on one of the uninhabited Senkaku Islands, administered by Japan, in the East China Sea. China dispatches a small force to what it calls the Diaoyu Islands « as a protective measure. » Japan sends four destroyers to evict the Chinese and reminds the American president that he has said the islands, located near undersea oil reserves, « fall within the scope » of the U.S.-Japan Treaty of Mutual Cooperation and Security. A Republican senator, echoing the bellicose mood in Washington, declares that « Estonia is more than a couple of rocks in the East China Sea » and demands to know whether « the United States has torn up the treaty alliances in Europe and Asia that have been the foundation of global security since 1945. » The president gives China an ultimatum to leave the Japanese islands or face a military response. He also tells Russia that another act of secessionist violence in Estonia will trigger NATO force against Russian troops massed on the Estonian border. Both warnings are ignored. Chinese and Russian leaders accuse the United States of « prolonging Cold War hostilities and alliances in pursuit of global domination. » World War III begins.

  • Sans commentaire. Le style est impeccable.

Matthewy Dal Santo, dans la revue conservatrice « The National Interest », en date du 4 août 2014, développe le concept des deux grands pays continentaux, Russie et Chine, se retrouvant solidaires contre la grande puissance maritime, sous le titre évocateur « Ghosts of 1914: The West Risks Creating a ‘Central Powers 2.0’« . L’article mélange un peu tout, mais il donne des idées :

Our perspective on events is rarely neutral, but its consequences far-reaching.

After a more than decade of war against « rogue states » in Afghanistan and Iraq, the West might better appreciate today Vienna’s determination to crush the state-sponsored terror that, modern research now shows, had slipped its fingers about the levers of power in Belgrade.

Of course, today’s Ukraine is not the quasi terrorist state Austria-Hungary faced. But, to Moscow, its creeping admission to a hostile Western bloc is probably far worse.

On the threshold of a century that will test the West’s 500-year global dominance, Western diplomacy would score a massive own-goal if its blindness to Russia’s interests in western Eurasia gave rise to a Central-Powers-style bloc at the heart of Mackinder’s famous « world-island ».

Sam Jones, dans The Financial Times en date du 28 août 2014, sous le titre « Ukraine: Russia’s new art of war« , décrit les méthodes supposées à la Russie pour mener une guerre en Ukraine, sans y avoir officiellement engagé le moindre soldat :

Russia’s actions in Ukraine have exploded the notion that expansive communications technologies and economic interdependence were fostering a kind of grand bargain.

Instead nationalism, genocide, irredentism and military aggression, which were thought to be in decline, are alive and well, finding new and powerful means of being deployed in Ukraine and beyond.

« We are entering a brave new world here, » says Admiral James Stavridis, supreme allied commander of Nato until last year and now dean of the Fletcher School at Tufts University.

« And I use that expression really thinking about the novel [by Aldous Huxley]… it’s anything but a brave new world. It’s a frightened, unstable world and we need to wake up and realise that. »

Nato refers to this form of conflict as « hybrid war ». The phrase refers to a broad range of hostile actions, of which military force is only a small part, that are invariably executed in concert as part of a flexible strategy with long-term objectives.

(…)

Mr Gerasimov quoted the Soviet military theoretician Georgii Isserson: mobilisation does not occur after a war is declared, but « unnoticed, proceeds long before that ».

To that point, Western intelligence services are in little doubt Russia’s meddling in Ukraine began years ago. Since 2010, for example, Ukrainian computer systems have been the target of a virulent piece of computer malware known as Snake.

The snake infections, which include dozens of diplomatic and governmental systems, are a powerful espionage tool that has given its operators unfettered access to Kiev’s secrets.

Other levers of power have been overtly pulled for years: Russia has used its gas pipelines as a tool to cajole Ukrainian policy makers since at least 2008.

(…)

Energetic bear is a cyber espionage weapon uncovered by cyber security analysts this year which has infected dozens of industrial control systems in Europe’s energy infrastructure. Its targets include renewable energy sources such as wind turbines and biomass fuel plants, and are spread across Europe, as far south as Spain.

Energetic bear can monitor energy consumption in real time and it can disable the systems it has infected. Whoever controls energetic bear — the creator remains unknown — could seriously damage Europe’s energy grid. One senior Western security official was clear who that controlling power was: Russia.

Anders Fogh Rasmussen, Nato’s secretary-general, warned in June that Russia was secretly funding European environmental groups in order to hinder the spread of fracking in Europe and thus preserve dependence on Russian energy. The notion seemed wildly fanciful. Greenpeace dismissed it as preposterous. « You have to wonder what they are smoking over at Nato HQ, » a spokesperson for the group said.

But many in the European intelligence community take Mr Rasmussen’s remarks in earnest.

« What we have seen in Ukraine is part of a much broader process that most people in the west still do not have any idea about, » says Chris Donnelly, founder of the Institute for Statecraft, a think-tank.

(…)

« The covert forms of power that Russia is using are not just military, » he says. « Firstly there is money. They buy members of parliament as consultants. They buy companies. They buy the City of London. They buy individuals: bankers who get jobs in Moscow and then find themselves compromised, blackmailed when they return to the west. Secondly there is corruption. A lot of governments in countries around the world do not like that aid comes with strings attached. Russia is happy to bribe and use organised crime as a tool. »

He also argues that Moscow is better at espionage — not just traditional undercover work but also « the standard open source analysis of the kind that the west has forgotten how to do ». Hybrid war, Mr Donnelly suggests, is perhaps the wrong term. « It is hyper competition, » he says.

(…) In a world of hyper competition, hybrid warfare or non-linear conflict, says Mr Niblett, « we need to find new forms of deterrence ».

  • Cet article, long et documenté, donne le vertige. Il décrit un point de vue occidental contre des « nouvelles » méthodes guerrières « russes ». Mais au fond, qu’est-ce qui est vraiment « nouveau », dans tout ce qu’il décrit ? Et surtout, qu’est-ce qui est spécifiquement « russe », dans tout ce qu’il décrit ?
  • Ne pourrait-on pas écrire un article similaire en reprenant toutes les « innovations » que se sont autorisés les Etats-Unis d’Amérique depuis plus de dix ans ? Dans le désordre : la propagande sur le génocide supposé au Kosovo en 1999, la propagande sur les armes de destruction massive supposées en Irak en 2003, Echelon, Stuxnet, les centaines de programmes d’espionnage de la NSA aux noms colorés révélés par Edward Snowden et associés, la sous-traitance de la torture à des Etats supposés souverains en Europe de l’Est, la liquidation de Ben Laden sur le territoire d’un Etat supposé souverain quoique douteux (le Pakistan), les drones opérant régulièrement sur les territoires d’un nombre indéterminé d’Etats supposés souverains, j’en passe et des pires ?
  • Si on voulait être plus polémique, n’affirmerait-on pas que, à bien des égards, la Russie ne fait que s’inspirer, avec ses moyens propres, de tous les exemples donnés par les Etats-Unis ?
  • Propagande russe et propagande américaine : pourquoi l’une serait-elle plus nocive que l’autre ? Virus informatiques russes, américains, chinois, ou autres : pourquoi les uns seraient-ils plus condamnables que les autres ? Comme disait l’empire Microsoft à son apogée en 1999 : « Freedom to innovate » ! Comme disait le théoricien néo-libéral Thomas Friedman : « The world is flat » !
  • Situation de guerre ? Situation de paix ? Quelle est la différence ? The Fog of War. Toujours.
  • L’impérialisme a — tous les impérialismes ont décidément de beaux jours devant eux.
  • Pour reprendre l’énigmatique sentence de Philip K. Dick :

The Empire never ended.

L’AFP a rendu compte, le 16 mai 2014, d’une interview de l’ancien chancelier ouest-allemand Helmut Schmidt, peut-être le dernier homme d’Etat européen vivant, avec Valéry Giscard d’Estaing, à avoir connu la guerre :

L’ancien chancelier allemand Helmut Schmidt a mis en garde contre les dangers d’une troisième Guerre mondiale, et reproché à Bruxelles une part de responsabilité dans l’aggravation de la crise ukrainienne, dans un entretien paru vendredi.

«Le danger que la situation s’aggrave comme en août 1914 grandit de jour en jour», a estimé le social-démocrate de 95 ans, né peu après la fin de la Première Guerre mondiale et qui a servi dans l’armée allemande pendant la Seconde guerre mondiale, dans une interview au quotidien allemand Bild.

«La situation me parait de plus en plus comparable. L’Europe, les Américains et aussi les Russes se comportent comme ce que décrit l’auteur Christopher Clark dans son livre Les somnambules», a-t-il ajouté.

Il s’est emporté contre les fonctionnaires et les bureaucrates à Bruxelles, qui «comprennent trop peu» la politique étrangère. «Ils placent l’Ukraine devant le soi-disant choix de se décider entre l’Est et l’Ouest», estime celui qui fut chancelier allemand de 1974 à 1982.

Bruxelles «se mêle trop de politique étrangère, alors que la plupart des commissaires européens la comprennent à peine», ajoute-t-il.

«L’exemple le plus récent est la tentative de la Commission européenne d’intégrer l’Ukraine. Et après encore la Géorgie. Pour mémoire, la Géorgie se trouve hors de l’Europe. C’est de la mégalomanie. Nous n’avons rien à y faire», martèle-t-il.

* * *

Je ne pense pas que les dirigeants européens de 2014 valent mieux que les dirigeants européens de 1914. Je ferai peut-être un billet pour développer ce thème, déjà effleuré. Je pense notamment qu’ils sont trop pénétrés par l’économie, et pas assez par l’Histoire. Je pense qu’ils sont trop dépendants de l’oligarchie, et pas assez de la démocratie. Je pense qu’ils aiment trop les chiffres, et pas assez les hommes. Je pense qu’ils sont trop obsédés par l’image et la télévision, et pas assez par la substance et la littérature.

Raymond Aron avait dit de Valéry Giscard d’Estaing — qui avait pourtant été un combattant, tardif mais réel, de la Deuxième Guerre Mondiale, et qui était aussi, à sa manière, un lettré :

Cet homme ne sait pas que l’Histoire est tragique.

Que dirait Raymond Arond de Nicolas Sarkozy, avocat d’affaires jamais sorti du ghetto de l’oligarchie appelé Neuilly-sur-Seine ; ou de François Hollande, diplômé de l’ENA et de HEC, jamais sorti du « tunnel » si bien décrit pas son ancienne ministre Michèle Delaunay ? Que dirait-il de Jean-Claude Juncker, représentant le lobby bancaire du Luxembourg ? Que dirait-il d’Angela Merkel ou de Federica Mogherini ? De Jose Manuel Barroso et d’Herman Van Rompuy ?

Ces gens savent-ils que l’Histoire est tragique ? J’en doute.

Ces gens jouent avec le feu en Ukraine. Se rappellent-ils la grande phrase d’un des grands chefs militaires issus de la guerre de 1914, quoique discrédité par la suivante — Philippe Pétain ?

Le feu tue.

Bonne nuit.

Publicités
Cet article, publié dans Europe, géopolitique, Pistes de lecture, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Tous les commentaires seront les bienvenus.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s