When I’m misunderstood

Billet écrit en temps contraint

L’une de mes principales hantises, c’est l’incompréhension.

C’est de ne pas comprendre, et c’est de ne pas être compris.

Ou bien, avant, en amont, avant même de pouvoir être compris, c’est de ne pas arriver au bout d’une explication, d’une démonstration, ou d’une simple expression. Ne pas arriver à dire ce que j’ai à dire, à exprimer ce que j’estime important. S’apercevoir que les mots ne sortent pas, où les phrases ne s’assemblent pas, que quelque chose en moi ne suit pas l’esprit. Ou bien, observer impuissant que le bon argument, le bon exemple, le bon chiffre, la bonne répartie, ne viennent pas au bon moment, restent à quai, restent à l’abandon.

And I still find it so hard
To say what I need to say

Ou bien, après, en aval, après que les mots soient venus, après que le message soit parti, après que le message soit arrivé, constater qu’il est ignoré. Qu’il est repoussé d’un revers de main, avec mépris, avec dédain, ou avec indifférence — comme une goutte d’eau sur une surface imperméable, comme une graine dans le désert. Quand on me répond ou me fait comprendre que ce que je dis n’est pas digne d’intérêt, est inutile, ne mérite aucune considération, que j’aurais mieux fait de me taire.

C’est peut-être naïf, de croire que la communication c’est fait pour se faire comprendre et pour être compris. Notre époque est saturée de messages publicitaires, de manipulation, de séduction, de mensonges, ses immenses moyens de communication « modernes » ne servent qu’à ça, mentir, séduire, tromper, manipuler … Comprendre, expliquer, donner du sens, proposer du sens, au fond tout le monde s’en fout, est-ce aussi bête que ça ?

C’est peut-être idiot, c’est peut-être dérisoire, mais, être compris, c’est terriblement important pour moi.

Et terriblement ravageur quand ça ne marche pas.

Est-ce que c’est de la frustration ? Est-ce que c’est de la déception ?

Si je m’en tiens aux définitions proposées par Wikipédia, la frustration est « une réponse émotionnelle à l’opposition. Liée à la colère et à la déception, elle survient lors d’une résistance perçue par la volonté d’un individu. » Et la déception est « le sentiment d’insatisfaction qui suit un échec. »

C’est de l’amertume. C’est de la tristesse.

Pourquoi une telle tristesse, pourquoi une telle souffrance, lorsque j’échoue à me faire comprendre ?

Can’t you see it’s misery
And torture for me
When I’m misunderstood
Try as hard as you can
I’ve tried as hard as I could
To make you see
How important it is for me
(…)

La communication peut ne pas passer pour des milliers de raisons possibles. L’incompréhension peut avoir des milliers de causes possibles. C’est humain. C’est naturel.

Souvent, on n’y peut rien. On n’est pas forcément responsable de ce qu’on n’arrive pas à exprimer, et encore moins de ce qu’on a réussi à exprimer, mais qui n’a pas été compris. Chacun fait de son mieux. Et parfois le message ne passe pas. Ou il ne sort pas. Pourquoi est-ce que je ressens cela tellement mal parfois ?

Est-ce que l’incompréhension est plus douloureuse pour moi que pour la moyenne de mes semblables ? Pourquoi est-ce que je ressens aussi mal l’incompréhension ? Pourquoi ne puis-je pas être aussi cynique et indifférent que la moyenne de mes semblables ?

Typique du cynisme de notre époque, Alan Greenspan avait fameusement déclaré :

I guess I should warn you, if I turn out to be particularly clear, you’ve probably misunderstood what I said.

Autrement dit : je ne m’exprime pas pour que vous me compreniez, mon objectif n’est pas que vous me compreniez. Difficile de trouver une formule plus antinomique de mon idée de la communication. Mais je suis un naïf, sans doute.

You know how hard it is for me
To shake the disease
That takes hold of my tongue
Understand me
Understand me
Understand me

Le plus terrible, dans ce cas comme dans d’autres, c’est le poids de l’habitude. De l’expérience. De l’âge. On s’habitue à tout. On s’adapte à tout. C’est redoutable.

On s’habitue à ne pas être compris : en conséquence, on perd la motivation à se faire comprendre. A force de ne pas arriver à s’exprimer, on renonce petit-à-petit à tenter de s’exprimer. A force de se voir rejeté, ignoré, méprisé, réduit au silence, on choisit petit-à-petit, insensiblement, inconsciemment, de se confiner dans le silence. De ne plus rien dire. C’est une spirale. Ça devient de plus en plus dur année après année. C’est une maladie. A disease.

C’est une maladie, comme la solitude. D’ailleurs, ça participe à la construction de la solitude. C’est une maladie.

À quoi bon essayer de se faire comprendre, face à des gens qui ne cherchent pas à comprendre ?

À quoi bon essayer de faire comprendre, face à une époque qui ne veut rien comprendre ?

Pourquoi persévérer face à des murs ?

Qui s’immisce et se partage
L’innocence immaculée
De mon âme d’enfant sage
Je voudrais comprendre

Bonne nuit.

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