Cinq lignes

Billet écrit en temps contraint

Parfois, il faut savoir lâcher prise.

Cinq lignes. Le patron veut un rapport hebdomadaire de cinq lignes. Ça m’a paru absurde. Ça m’a même vexé, au début. Voyons, je suis responsable d’une dizaine de personnes, d’une flopée de projets et d’activités, comment faire tenir ça en cinq lignes ? Ça l’intéresse pas, tout ce qu’on fait ? Alors, pendant des mois, j’ai ignoré la consigne, et j’ai fait des rapports hebdomadaires d’une page, une page et demie, parfois plus. A ma façon. Ils ont été peu ou pas lus. Puis, sentant qu’ils n’étaient pas lus, j’ai cessé d’en faire, pour voir. Puis, il m’a redemandé des rapports de cinq lignes. Cinq lignes, pas plus.

Et puis j’ai craqué. Ou plutôt, j’ai décidé de me laisser faire. Il veut cinq lignes ? Il aura ses cinq lignes. Tans pis pour lui. Certes, je triche un peu : mes lignes sont longues, deviennent plusieurs phrases, certaines deviennent des petits paragraphes. Mais ils restent petits. Et pas plus de cinq. Peut-être dans quelques mois découvrirai-je qu’il a raison, que c’est mieux ainsi, plus efficient et plus efficace. J’ai du mal à y croire. En attendant, j’ai cessé de résister. J’ai cessé de m’accrocher. On verra bien. Alea jacta est.

Twitter. Quand j’ai découvert l’existence de Twitter, la contrainte de 140 caractères m’a fait bondir. Comment exprimer quoi que ce soit en 140 caractères ? Ca m’a semblé tellement réducteur, tellement dérisoire, tellement ridicule. Je suis Français, je suis très doué pour voir les côtés négatifs. Et puis j’ai commencé à suivre un peu.

Et puis je me suis jeté à l’eau. Quelques dizaines de milliers de tweets plus tard, je crois pouvoir dire que je maîtrise bien l’art de passer des messages en moins de 140 caractères. Et, pour tout dire, j’adore ça.

Communication. Très souvent dans ma petite existence, dans telle ou telle circonstance difficile, je me suis trouvé face à un interlocuteur invoquant un « problème de communication ». Et très souvent, j’ai mal pris une telle appréciation. La communication ! Quoi de plus dérisoire, futile que la communication ? Invoquer un problème de communication : se cacher derrière la forme, pour ne pas répondre sur le fond. Rien à foutre de la communication. Parlons du fond. Rien à foutre des soft skills, parlons de hard skills. On ne lâche rien !

Et puis j’ai vieilli. J’ai muri. J’ai changé, comme dirait l’autre. De plus en plus, c’est moi qui pointe des problèmes de communication — je préfère d’autres mots, en fait : incompréhension, maladresse, imprécision, différence d’appréciation, différence culturelle ou générationnelle, etc.

Plus important, j’écoute — pas toujours, mais beaucoup plus que jadis — quand on me fait remarquer que j’ai un problème de communication. Pas toujours. Et parfois je sais démonter. Je suis toujours un gros naïf, mais je sais quand même démonter certaines manipulations. Et quand il n’y a pas manipulation, je peux écouter. Je peux reconnaître un problème. Je n’aurais jamais fait ça jadis. Je ne me serais jamais laissé aller à ça. Je n’aurais jamais lâché prise face à ça. Et pourtant maintenant ça m’arrive. Pas assez. Et pourtant je suis persuadé que je suis une moins mauvaise personne ainsi.

Blog. Pendant des années, mes meilleurs amis — surtout le parrain de ma fille — m’a dit que je devrais tenir un blog. Pendant des années, j’ai refusé. J’ai rien à écrire, j’ai rien à dire, c’est ridicule, je vais me ridiculiser. Il me faudrait un thème, il me faudrait un plan d’ensemble. Je me suis retenu pendant des années et des années. Pour ne pas être ridicule.

Des histoires habilement répandues entretenaient l’opinion que la chambre d’Horus n’était qu’un mythe ridicule … Et les savants d’Occident ont horreur du ridicule !

Et puis il y a bientôt deux ans, un lundi matin, sans vraiment savoir pourquoi, je me suis jeté à l’eau. Sans thème. Sans projet. Sans plan d’ensemble. Ça a donné le présent blog. Le chemin se fait en avançant. Bientôt 300 billets. Inégaux. Un bon paquet à jeter. D’autres pas. Il y a surement du ridicule, beaucoup de ridicule, eh bien tant pis. Bon ou mauvais, lu ou pas lu, quelque part, j’en suis très fier. Je n’aurais jamais imaginer traiter certains des sujets que j’ai traités, ou les traiter avec autant d’ampleur — Angela Merkel, Big Data, le Plan Schlieffen, The Sleepwalkers, l’économie, Aldous Huxley, 1914, etc. Il n’y a rien à regretter. Il ne faut rien regretter.

Parfois, il faut savoir lâcher prise.

C’est beaucoup plus difficile que ça n’y parait.

C’est ce qui a dû se passer ces jours-là. Belbo avait décidé de prendre au sérieux l’univers des diaboliques, non par excès mais par défaut de foi.

Bonne nuit.

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