Qu’est-ce que les religions font encore là ?

Billet écrit en temps contraint

J’ai toujours considéré les religions comme des choses obsolètes. Des reliques. Des fossiles d’un autre âge, survivant tant bien que mal.

J’ai pourtant eu une éducation catholique, mais je n’ai jamais beaucoup cru à ce que j’ai entendu au catéchisme. Il y avait des côtés antipathiques, il y avait des côtés sympathiques, mais au final, c’était des trucs du passé. Et je ne pense pas que grand’monde y croyait.

Typiquement, je ne croyais pas vraiment aux miracles décrits dans la Bible, la science finirait bien par savoir comment les expliquer. Elle en avait déjà démonté certains. La mer qui s’ouvre pour laisser passer Moïse et les Hébreux, c’est probablement une conséquence de l’explosion du volcan de Santorin. Et ainsi de suite.

Pour reprendre la réponse de Laplace à Napoléon, Dieu était une hypothèse dont on n’avait plus besoin pour grand’chose. La science, la technologie, le progrès, voilà ce qui étaient pour moi dans les années 1980s, des mots d’avenir ! La conquête spatiale ! L’informatique ! Il n’y avait pas de chapelles, pas de curés, pas de religions, dans « 2001 L’Odyssée de l’Espace ». HAL ne récitait pas de cantiques !

Il y avait bien des personnalités religieuses extraordinaires, dans les années 1980s — Jean-Paul II, mais aussi l’ayatollah Khomeini. Il y avait bien des sentences comme la fameuse phrase attribuée à André Malraux :

Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas.

Mais non, pour moi, vu des années 1980s, plus largement vu du dernier quart du XXème siècle, il n’y avait pas de place au XXIème siècle pour les vieilles religions. Pas de place pour la logorrhée mystique des curés, des rabbins et des imams. Pas de place pour les simagrées hypocrites, les prières, les gesticulations dans des églises. Pas de place pour des traditions débiles, et des rituels alimentaires obsolètes.

Les religions me paraissaient juste obsolètes. Leur place était dans les poubelles de l’Histoire. Sans haine, sans hargne, sans bagarre. En fait, elles me paraissaient déjà mortes. Des astres morts, dont on perçoit encore un peu de lumière, par inertie ou par reflet.

Par forcément nuisibles, pas forcément idiotes, juste obsolètes. Sans intérêt. N’apportant rien. Ne servant pas à grand’chose.

Dans le monde de 2014, plus concrètement dans la France de 2014, la place que prennent — ou plutôt, que reprennent, qu’ont reprises — les religions m’effraie.

Il y a sept ans, le 21 décembre 2007, le (petit) Président de la République (laïque) française était allé jusqu’à déclarer, à Rome, devant Benoît XVI (et Jean-Marie Bigard) :

Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.

Voir des gens imbus de matérialisme, d’individualisme et d’égoïsme, typiquement ce petit président bling-bling, se parer d’arguments de spiritualité de pacotille, c’est particulièrement navrant. Jusqu’où va l’hypocrisie ? Qui imagine sérieusement le petit président agité sur talonnettes sensible au mysticisme et capable de recueillement ?

À mon humble échelle, on me dit avec vigueur qu’il faut que j’inscrive ma fille dans une école catholique. Mais on ne me donne jamais d’argument sur la foi ou la spiritualité. Il s’agit, suivant les cas, de s’assurer qu’elle ne sera pas exposée à la « théorie du genre », de s’assurer qu’elle reste dans le droit chemin, ou de faire en sorte qu’elle évite de mauvaises fréquentations, notamment colorées — je ne sais pas quel est l’argument le plus navrant.

À mon humble échelle, je fais mes courses le samedi dans le centre Leclerc de ma banlieue parisienne, qui est pourvu d’un immense rayon halal. On s’y habitue. Et en semaine, dans le quartier du centre de Paris où je travaille, il m’arrive d’aller chercher mon déjeuner dans un Franprix, pourvu d’un immense rayon kasher. On s’y habitue. On s’habitue à tout.

À une autre époque, j’ai travaillé dans une autre banlieue, au nom bien catholique (Saint quelque chose), où le vendredi midi, pour aller à la meilleure pizzeria du quartier, les collègues et moi devions changer de trottoir pour contourner les gens agenouillés sur leurs tapis de prière. On s’habitue à tout.

Mais c’est pas le XXIème siècle tel que je l’avais imaginé. D’ailleurs, on n’est toujours pas retourné sur la Lune.

Dans la France de 2014, on s’émeut de la subsistance de rues Robespierre et des rues Lénine, mais personne ne s’émeut de la prolifération de rues Jean-Paul II.

Dans la France de 2014, on parle de supprimer des jours fériés historiques, tel que le 8 mai, décrété redondant avec le 11 novembre, mais pas touche aux fêtes religieuses. On n’a toujours même pas pensé à créer un jour férié pan-européen, tel que le 9 mai (« Fête de l’Europe » dans l’UE, « Jour de la Victoire contre le Fascisme » dans le plus grand pays d’Europe, la Russie). On n’a toujours pas non plus un jour férié mondial, typiquement le 20 juillet (1969, premier pas sur la Lune, ça me parait tellement évident). Par contre, on commence à suggérer que la République française, supposée laïque, devrait se doter d’un jour férié musulman et d’un jour férié juif, au nom de la diversité.

C’est très bien, la diversité. Mais la religion, les religions, c’est de l’obscurantisme. C’est des poisons. C’est les âges barbares. C’est le passé. Enfin, il me semble.

C’est très respectable, les croyances religieuses, comme toutes les croyances d’ailleurs, mais c’est ridicule.

Dans les livres que-je-lirai-si-j’avais-du-temps, il y a « God is not great: How Religion Poisons Everything » de Christopher Hitchens, paru en 2007, dont j’ai cependant noté quelques extraits, tel que :

Religion comes from the period of human prehistory where nobody — not even the mighty Democritus who concluded that all matter was made from atoms — had the smallest idea of what was going on. It comes from the bawling and fearful infancy of our species, and is a babyish attempt to meet our inescapable demand for knowledge. Today the least educated of my children knows much more about the natural order than any of the founders of religion.

Bref, parmi les choses que je ne comprends pas dans le monde qui m’entoure, c’est la progression du fait religieux.

Encore une fois, je respecte les convictions personnelles, je suis persuadé qu’il existe toutes sortes de mystères qui nous dépassent, je salue la méditation et le recueillement … mais les religions, ces vieux dinosaures, ces tissus de préjugés, qu’est-ce qu’elles font au XXIème siècle ?

Je suis bien convaincu que les dernières décennies sont avant l’histoire d’une grande régression, d’une immense inversion. Je constate de plus en plus, année après année, que l’avenir, c’est le passé.

Mais quand même !

Jusqu’où va-t-on reculer ?

Bonne nuit.

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