Début d’année

Billet écrit en temps contraint

Ce petit billet pour commencer l’année 2015. On est déjà le 19 janvier. Je n’ai rien écrit depuis le 22 décembre.

Principalement parce que j’ai enchaîné les soucis de santé. Je n’avais jamais commencé une année avec autant de problèmes de santé.

Rien de bien grave au fond, juste des « plats de saison », dans le désordre : grippe, gastro, bronchite. On n’en meurt pas. Mais on y laisse des jours d’arrêt-maladie à répétition, on y laisse de l’énergie, on y laisse de la confiance, on y laisse de la crédibilité, on y laisse du temps…

La semaine dernière, j’ai cru que c’était terminé, j’ai repris le travail parce que je me devais de recevoir deux visiteurs venus de l’autre bout de l’Europe, c’est moi qui les avait fait venir, c’était mon devoir d’être là pour les accueillir. Une des rares choses dont je suis vraiment fier, ces dernières années, c’est d’avoir construit une équipe avec un pied de chaque côté de l’Europe. Je ne pouvais pas ne pas être là pour ces deux personnes.

Did we build all those bridges
To watch them thin down to dust
Or blow them voluntarily
Out of constant trust
The clock is ticking its last couple of tocks
And there won’t be a party with weathering frocks

Alors, chaque jour, je me suis convaincu que j’allais un peu mieux que la veille, et puis le vendredi, j’ai du admettre la réalité de la rechute, et le week-end venu, le médecin m’a prescrit un traitement de cheval.

C’est pas grave. On n’en meurt pas. Il en restera juste de la fatigue, toujours plus de fatigue. Il en restera du retard à rattraper dans le travail — car les organisations, elles, ne s’arrêtent pas.

Durant l’automne dernier, dans la fatigue et la lassitude de l’automne dernier, j’avais imaginé écrire un billet intitulé « La Tentation de la Maladie ». Je l’écrirai peut-être un jour.

Pour faire court : Tomber malade, ce peut-être une manière de se détacher de ce qui écrase. Je suis malade, alors fichez-moi la paix. Je suis malade, et d’une maladie physique et objective (grippe, gastro, bronchite, rhume, rougeole, etc), alors vous ne pourrez pas la contester — par opposition à ces maladies mentales ou subjectives que notre sinistre époque se plait à relativiser, dénigrer, ou moquer — « tout ça c’est dans ta tête« . Je suis malade, alors respectez-moi. Voilà l’idée de la tentation de la maladie.

Il faudra que j’écrive ce billet un jour, que je développe ce thème. Mais c’est une chimère. En tout cas, c’est une chimère dans le monde où je vis. Ça ne se passe pas comme ça. Les trois dernières semaines me l’ont rappelé.

Dans le monde où je vis, on ne respecte pas plus les malades que les gens bien portants. On ne demande pas sincèrement aux gens comme ils vont. On s’en fout des autres. On veut juste qu’ils ne vous contaminent pas. On veut juste que les apparences soient sauves, que l’image sur l’écran soit nette, sinon on zappe.

Pour être plus précis, dans ce monde, ce qu’on ne respecte surtout pas, ce sont les faibles. Les faibles facilement identifiables — malades, vieux, jeunes, étrangers, pauvres –, et les faibles dans un sens plus large. Ce monde ne connaît que la lutte. Ce monde ne respecte que les forts, dans un sens de plus en plus restreint. On pense ce qu’on veut de Michel Houellebecq, mais il décrit assez bien ce monde, et le titre de son premier roman est à lui seul une lumineuse synthèse : « Extension du Domaine de la Lutte ».

Ce monde est dégueulasse. Mais il faut bien vivre devant. Et, donc, à tout prendre, il vaut mieux ne pas y être malade.

Je reprends dans quelques jours — pour de bon, je l’espère. Le traitement de cheval a commencé faire son effet.

Je ne saurai jamais dans quelle mesure les dispositions détestables de la fin d’année m’ont rendu vulnérable à ces maladies — les circonstances des « orages du solstice d’hiver« , la fatigue, le froid, la lassitude, les excès débiles imposés par la société de consommation, les pressions sociales diverses.

Je ne saurai jamais dans quelle mesure les constats personnels que j’ai faits à la fin de l’année dernière m’ont rendu vulnérables — à savoir que je n’ai rien de bon à attendre de cette nouvelle année, à savoir que, dans quelque aspect de la vie que ce soit, je n’attends de cette nouvelle année que des mauvais coups, bref que cette année ne sera juste qu’un un long mauvais moment à passer.

Je ne sais pas comment je vais reprendre le rythme. Je suis fatigué. Je suis déjà fatigué.

Ce monde ne respecte pas non plus la fatigue. Comme je l’ai déjà écrit, le pire, c’est que non seulement ce monde épuisé, mais qu’après il vous reproche d’être épuisé. D’avoir l’air fatigué. D’avoir les traits tirés. D’avoir une sale tronche. D’être irritable. D’être fatigué, tout simplement.

Il y aurait eu tant de choses à écrire ces dernières semaines. Eh bien, voilà, elles ne l’ont pas été. Elles le seront peut-être dans les prochaines semaines. Si je retrouve de l’énergie. Si je retrouve du temps.

Le temps, c’est ce qui manque le plus.

Bonne et heureuse année 2015.

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