Sur les billets tristes

Billet écrit en temps contraint

Je publie de moins en moins de billets sur ce blog, depuis quelques mois.

Peut-être parce que j’essaie de ne plus publier de billets tristes. Ou moins. De limiter. Au fond, j’en ai assez de publier des billets tristes. Il y a d’autres sujets à aborder, politiques, économiques, technologiques, sociaux, scientifiques … et j’en reviens malgré tout, périodiquement, à des billets tristes. J’essaie d’arrêter. Je les retiens. Mais ils reviennent. Ils s’imposent. Ils sont dans ma tête.

Et puis, à vrai dire, même les billets politiques, économiques, technologiques, sont souvent imprégnés de tristesse. La tristesse est comme une inondation. L’eau envahit tout, imprègne tout, noie tout.

Pourquoi la tristesse ? Je n’en sais rien.

Je suis fatigué.

J’attends mon heure. Je crois que c’est ce que j’ai de mieux à faire. Attendre le printemps. Attendre des jours meilleurs.

Et puis le printemps est arrivé, et qu’est-ce qui a changé ? Pas grand’chose. Tout ne repart pas au printemps.

J’attends mon heure, mais je n’ai plus le temps d’attendre.

On n’a pas le temps d’attendre d’avoir trente ans

La crise de la quarantaine, la « mid-life crisis », c’est réaliser qu’on n’a plus le temps. Vieillir, c’est ne plus avoir le temps.

La vie est courte. La vie est fragile.

Tout peut s’arrêter brutalement.

Le monde peut s’arrêter demain, très vite, typiquement si les conneries de l’OTAN vont trop loin, en Ukraine ou en Estonie. On se rappellera alors, mais trop tard, que les machines infernales mises en place pendant la guerre froide sont encore en place. La guerre froide n’a jamais vraiment pris fin. The Empire never ended. Breedlove a juste remplacé Strangelove. L’Apocalypse reste livrable en trente minutes. La civilisation peut se suicider en trente minutes. Comme l’expliquait un article du Spiegel daté du 13 février 2015, sous le titre « Nuclear Specter Returns: ‘Threat of War Is Higher than in the Cold War‘ » :

« Five or six minutes can be enough time, if you have trust, if you have communication and if you can put this machinery immediately to work, » former Russian Foreign Minister Igor Ivanov said on the sidelines of last weekend’s Munich Security Conference. Unfortunately, he argued, this machinery works very poorly today, and there is great mistrust.

When asked what would happen today if the 1995 missile incident happened again, Ivanov responded, « I cannot be sure if the right decision would be taken. » (…)

« Hybrid warfare increases the risk that these types of nuclear weapons could actually be used, » said US diplomat Richard Burt, who, in his role as chief negotiator, helped put together the Strategic Arms Reduction Treaty, or START, between the United States and the Soviet Union. « Both the Russian and American nuclear weapons remain on high alert. Both sides can launch land-based nuclear missiles in less than 15 minutes. » This is a « dangerous game » in a situation involving hybrid warfare, he explained.

« In the Cold War, we created mechanisms of security. A huge number of treaties and documents helped us to avoid a big and serious military crash, » says former Foreign Minister Ivanov. « Now the threat of a war is higher than during the Cold War. »

Le monde peut s’arrêter après-demain, très vite, si la déstabilisation du système climatique est allée plus loin que ce qu’on a cru. Typiquement, les climatologues se demandent ces dernières années où sont passées des quantités de chaleur considérables issues de l’effet de serre. Il semble que les océans ont absorbé beaucoup plus de chaleur ces dernières années — mais que se passera-t-il quand il la restitueront. Le très respecté The Economist en mai 2014 avait traité le sujet en termes très feutrés : « Who pressed the pause button?« . Une publication moins connue (et dont j’ignore le degré de crédibilité), The Ecologist, l’a traité plus récemment, en date du 3 mars 2015, en termes beaucoup moins retenus : « Coming soon: the ‘Big Heat’ » :

Global warming has been on vacation for a few years. But that’s only because the excess heat – two Hiroshima bombs-worth every second – has been buried in the deep ocean. But within a few years that’s set to change, producing a huge decade-long warming surge, focused on the Arctic, that could overwhelm us all.

Tout ça peut s’arrêter très vite, sans qu’on n’y puisse rien changer.

Je dis souvent que nul n’est à l’abri d’être écrasé par une voiture ou par un bus.

Cette semaine, c’est le drame de l’avion de Germanwings 9525 m’a frappé, comme il a frappé des millions de gens. Il y a quelque chose de particulier dans les tragédies aériennes, qui frappe des gens enfermés dans une carlingue, impuissants ou inconscients ou les deux. Ils ne savaient pas ce qui allait leur arriver. Ils n’ont rien pu faire. Et même quand ils se sont rendus compte que l’avion descendait, s’ils s’en sont rendu compte, ils n’ont rien pu faire.

Tout peut s’arrêter très vite. La vie est fragile. L’Histoire est tragique. Le monde est lourd, vaste, fragile, tragique et compliqué.

Je suis fatigué. Et parfois — souvent — tout ce que je voudrais, justement, c’est que tout s’arrête.

Mais je ne veux pas mourir.

Alors pourquoi la tristesse ? Pourquoi les idées tristes ?

Les idées tristes peuvent surgir à tout moment. Tout le temps. Partout.

Je fais la queue dans le Franprix près de mon travail, un Franprix très orienté casher comme le reste du quartier. Je fais la queue derrière un gentil petit gamin juif, et je me dis que si ce gosse était né 70 ans plus tôt, il aurait fini assassiné dans une chambre à gaz, puis brûlé dans un four crématoire, quelque part en Europe de l’Est, entre l’Oder et la Vistule.

Je fais la queue dans une boulangerie près de chez moi, une boulangerie avec des boîtes en métal invitant à donner sa petite monnaie pour une mosquée en France ou une école à Gaza. Et je pense à Gaza et aux gens assassinés là-bas l’été dernier. Et je me dis que si la femme voilée devant moi était née en Palestine au lieu d’être née en banlieue parisienne, elle aurait peut-être finie brûlée au phosphore blanc.

Pourquoi je pense à ça ?

Pourquoi des idées tristes ?

Je regarde chaque soir mon chat, ce vieux chat qui va bientôt mourir. J’ai déjà écrit quelques billets sur ce chat. C’est étrange. Je n’aurais jamais pensé m’intéresser à un animal. Je ne sais pas ce qui va se passer quand il va mourir. Probablement rien. Est-ce qu’il sait qu’il va mourir ? Est-ce qu’il sait qu’il lui reste peu de temps ? Est-ce qu’il a peur de mourir ?

Pourquoi des idées tristes ?

C’est juste moi qui suis triste ? Tout ça c’est dans ma tête ? Ou c’est le monde qui est triste ?

Je sais pas si c’est la Terre
Qui tourne à l’envers
Ou bien si c’est moi
Qui me fait du cinéma
Qui me fait mon cinéma

Je ne sais pas. Je suis fatigué.

Tant pis, c’est un billet triste.

Décidément, je n’aime pas le vendredi soir.

Je suis fatigué.

Bonne nuit.

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