Tenir debout

Billet écrit en temps contraint

Il y a des soirs où j’ai juste envie que tout s’arrête.

Il y a des soirs où je voudrais juste aller me coucher, me laisser tomber, et ne jamais me réveiller.

Il y a des soirs où j’ai l’impression que la tristesse va tout recouvrir, tout emporter, tout engloutir, comme une avalanche ou un tsunami. Et bon débarras !

Il y a des soirs où je voudrais ne plus être là.

Mais ce n’est pas possible. Il y a des enfants qui doivent être élevés. Il y a un chat qui doit être nourri. Il y a une maison à ranger. Il y a du linge à laver, sécher, repasser. Il y a un dessin animé idiot à regarder avec la petite, je le lui avais promis. Il y a toutes sortes de choses à faire. C’est la vie — ou, en tout cas, c’est ce qui remplit la vie. C’est qui tient lieu de vie.

Il n’y a pas de place pour moi dans ma vie. C’est plus ma vie depuis longtemps. Je suis comme un fantôme dans ma propre vie. Bouffé par la vie. Mais c’est quand même ma vie. Il faut que je sois là. Je n’ai pas le choix.

Il y a des jours où je voudrais ne plus être là.

Mais ce n’est pas possible. Il y a des collègues qui ont besoin de moi, je ne peux pas les laisser tomber. Il y a des clients à servir, de l’activité à traiter, il y a toutes sortes de choses à faire, tant bien que mal. Il faut bien que je gagne ma vie. C’est pas vraiment ma vie, en un sens ça fait longtemps que je l’ai perdue, mais il faut quand même que je la gagne.

J’ai pas envie. J’ai plus envie. Je ne veux plus. Je voudrais juste que ça s’arrête. Mais ça ne s’arrêtera pas. Ça ne peut pas s’arrêter.

Le miracle, quotidien, constant, permanent — le miracle, c’est que je tiens encore debout. Le miracle c’est que ça tourne encore. Eppur si muove!

Je fais souvent le constat à d’autres échelles — face aux organisations, hypocrites et cyniques ; face aux systèmes, fragiles et mal fichus ; face à ce monde contemporain pourri et répugnant — : comment est-ce que tout ça tient encore debout ? Pourquoi tout cela ne s’est-il pas encore effondré ?

Il y a un peu moins d’un siècle : Comment est-ce que Verdun arrive à tenir ?

Combien de temps tout cela peut-il encore durer ?

Combien de temps me reste-t-il à vivre ?

Je suis fatigué.

Pourquoi la tristesse recouvre tout ? Tout simplement : parce qu’il n’y a plus de place pour rien d’autre ! Pas de place. Ni dans l’espace, ni dans le temps. Pas de place, pas de temps. Pour aucune autre des « émotions principales » . Pas de place pour la peur. Pas de place pour la colère. Pas de place pour la joie. Seule la tristesse survit dans la vide.

People in this world we have no place to go

Combien de temps tout cela peut-il encore tenir ?

Combien de temps vais-je encore tenir debout ?

Bonne nuit.

Publicités
Cet article, publié dans mid-life crisis, est tagué , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Tous les commentaires seront les bienvenus.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s