Tenir debout (2)

Billet écrit en temps contraint

Comment est-ce que tout ça tient encore debout ?

Comment est-ce que ce petit monde, ces organisations, ces sociétés, ces pays, tiennent encore debout ? Comment est-ce que tout ce petit monde, gangrené par la corruption, la cupidité, le court-termisme, l’individualisme, l’ingratitude, le mépris, l’indifférence — comment est-ce que tout ça tient encore debout ?

Comment est-ce que ce système — le Système humain — tient encore debout ?

Parfois, je regarde des grands bâtiments, des grandes tas de béton, tel ou tel coin de l’Ile-de-France, typiquement le bouquet de tours de la Défense, et je me demande comment tout ça tient encore debout ?

Tout ce petit monde dépend de plus en plus de l’informatique, des logiciels, des machinesdes algorithmes ! Et ça tient debout les algorithmes, les systèmes, les machines ? Comment est-il possible que tout ça ne se soit pas encore effondré — avec perte et fracas, et bon débarras ?

Have you ever stood and stared at it, Morpheus? Marveled at its beauty? Its genius! Billions of people, just living out their lives … oblivious!

Heureusement, peut-on se dire pour se rassurer, heureusement qu’on ne construit pas encore les bâtiments, les immeubles, les tours — et quantité d’autres choses –, comme on construit les systèmes informatiques, avec un mélange de légereté, d’imprudence, de cupidité et de stupidité — le tout emballé dans des slogans ineptes tels que l’ « agilité ». Heureusement, il reste encore des domaines où on construit du solide, du durable, du pérenne, du pas fragile, du pas jetable. On se rassure comme on peut.

Quoique… Quand on observe certains ratages industriels majeurs en cours, typiquement à Flamanville, et quand on s’intéresse à l’état de certaines infrastructures, vitales autant que méprisées, livrées aux termites, il y a de quoi s’inquiéter. On ne développera pas ce soir. Il y aurait des pages et des pages à écrire.

Oh my God! It’s full of bugs!

Comment est-ce que cette « civilisation » tient encore debout ?

The peak of your civilization! I say « your » civilization, because, as soon as we started thinking for you, it really became our civilization, which is all this is about…

Comment se fait-il que tout ça n’ait pas encore explosé ?

Pourquoi les gens ne se révoltent pas ? Pourquoi y a-t-il aussi peu d’émeutes, aussi peu de feu, aussi peu de violence ? Quand on se représente les monstreuses dérives de ces dernières années… Quand on se représente la violence des misères sociales imposées par ce système économique à des dizaines de millions de gens… Quand on se représente l’ampleur des inégalités… Pourquoi ça ne pète pas ? Comment ça tient encore debout ?

Il y aurait des pages et des pages à écrire, des centaines de pages d’étonnement, entre émerveillement et perplexité, sur comment tout ça arrive à tenir. Contrôle social, abrutissement par les écrans, abrutissement par la chimie, meilleur des mondes 0.2, interdiction de la tristesse, etc, etc.

Et, au milieu de tout ça, comment est-ce que je tiens encore debout ?

Je suis fatigué.

Je n’attends rien des journées. Je n’attends rien des semaines. Plus précisément, je n’attends rien de bon. Les jours, les semaines, les mois, ce ne sont que des mauvais moments à passer. Je n’attends que des mauvais coups. Je n’attends que des merdes à gérer, je n’attends que des frustrations, des déceptions, des mauvaises surprises, des humiliations. Je n’attends rien d’autre que de la fatigue. Je n’ai plus envie de rien. J’ai pas envie. Je fais quand même, mais j’ai pas envie. Je me lève quand même, mais j’ai pas envie.

Je veux juste que ça s’arrête. Je rêve juste, chaque soir, d’aller me coucher le plus tôt possible et de ne pas me réveiller. Les soirées sont pires que les journées. Les week-ends sont pires que les semaines. Il n’y a jamais de répit. Jamais de saison pour être mieux. Ca ne s’arrête jamais.

Mais il faut que je me tienne debout. Le soir, le matin, tout le temps. Je ne peux pas m’arrêter tant qu’on aura besoin de moi. Je ne peux pas décevoir celles et ceux qui ont besoin de moi. Il y a tant de choses, si je ne les fais pas, personne ne les fera à ma place. Il faut bien que les choses soient faites. Il faut bien que quelqu’un le fasse. Il n’y a pas le choix. C’est comme ça. C’est la vie.

Comment est-ce que je tiens encore debout ?

Peut-être que c’est le secret caché de toute époque, comme de tout individu. Comment Verdun en 1916 arrivait à tenir. Comment des millions de gens en 2015 arrivent à tenir. En 2015, en 1916, en n’importe quelle année, en n’importe quel pays. Tenir debout. Continuer.

In every city and every nation.
From Lake Geneva to the Finland station

Je suis fatigué.

Bonne nuit.

Publicités
Cet article, publié dans mid-life crisis, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Tous les commentaires seront les bienvenus.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s