Pistes de lecture – Comment la Grèce a été conduite à la capitulation le 13 juillet 2015

Je pense que le 13 juillet 2015 restera dans l’Histoire. Plus précisément, la nuit du dimanche 12 au lundi 13 juillet 2015. Je peux me tromper. Je me trompe souvent.

Le lundi 13 juillet 2015, Alexis Tsipras a capitulé.

Le dimanche 5 juillet 2015, par référendum, 61% des électeurs grecs avaient rejeté un « programme » qu’Alexis Tsipras a du accepter une semaine plus tard — sous une forme à bien des égards aggravée.

Il y a énormément de choses à dire sur le lundi 13 juillet 2015.

En premier lieu, comment la Grèce a été étranglée. C’est le sujet de ce billet. Comment la Grèce a été conduite à la capitulation.

Comment le gouvernement grec a été placé devant une alternative impossible : la capitulation ou la guerre civile. Comment Alexis Tsipras a été forcé d’accepter l’inacceptable pour éviter le pire. La destruction finale de l’économie grecque. L’arrêt du pays. La loi martiale. Des faillites, des suicides, des famines, des émeutes, des blessés, des morts. Et pour lui-même, Alexis Tsipras, vraisemblablement le sort de Salvador Allende (26 juin 1908 – 11 septembre 1973).

Comment les « institutions européennes » ont arrêté l’économie grecque. Littéralement. Réduit la vitesse jusqu’à l’arrêt. Ont arrêté la circulation monétaire, entre la Grèce et le reste de la zone euro, et à l’intérieur de la Grèce elle-même.

Comment le gouvernement grec, corseté par la troika des deux premiers mémorandums, avait été dépossédé d’importants leviers de souveraineté — avec le troisième mémorandum, il en a encore perdu d’autres. Un gouvernement sans contrôle sur des pans entiers de son administration. Un pouvoir sans pouvoir.

Comment la Banque Centrale Européenne (BCE) s’est comportée comme une « anti-banque centrale ». Comment la BCE a fait exactement le contraire de ce qu’on attend d’une banque centrale. Une banque centrale est supposée classiquement assurer la fluidité des échanges, la solvabilité des banques, le bon fonctionnement des systèmes de paiement, la disponibilité des pièces et des billets, etc : la BCE a fait exactement le contraire en Grèce, point par point. Une banque centrale est supposée prévenir toute panique bancaire (« bank runs ») ; la BCE a tout fait pour provoquer une panique bancaire en Grèce, tout. Un pompier devenu pyromane. Un médecin devenu assassin.

Comment la dématérialisation a facilité l’asphyxie. Les échanges électroniques ont pu être arrêtés depuis Frankfurt-am-Main, Bruxelles, et quelques autres centres de contrôle, en quelques actions sur quelques systémes informatiques. Comment l’informatique permet de couper un pays du monde. Comment l’informatique permet d’arrêter un pays. Guy Debord avait écrit en 1992 :

(…) envisageant la disparition prochaine d’une société mondiale qui, comme on peut dire maintenant, s’effacera de la mémoire de l’ordinateur (…)

A la lumière du sort réservé à la Grèce, on comprend désormais mieux pourquoi certains apprentis tyrans veulent en finir avec les billets et les pièces, veulent accélérer la dématérialisation. S’il n’y avait pas eu des billets et des pièces, la capitulation de la Grèce aurait été acquise beaucoup plus rapidement !

Bref, je pense qu’il y a beaucoup à retenir de la « guerre des six mois » menée par les « institutions européennes » contre la Grèce — les premières salves ont été tirées avant même la victoire électorale de Syriza le dimanche 25 janvier 2015.

#ThisIsACoup #ThisIsAPrototype

Mon intuition est que c’est un prototype. Une innovation. Un modèle pour d’autres opérations — d’autres guerres qui ne disent pas leur nom — à venir dans les prochaines années ou décennies. Un cas d’école, que certains sont en train d’étudier attentivement. Une expérimentation, qui donnera des idées à d’autres.

De la même manière que la guerre menée par l’Italie en Libye (guerre italo-turque) en 1911 vit les premiers bombardements aériens.

De la même manière que la guerre menée par le Royaume-Uni en Afrique du Sud (deuxième Guerre des Boers) en 1899 vit les premiers camps de concentration.

Mon intuition est que des méthodes, des procédés, des outils, mis en oeuvre contre la Grèce en 2015 seront repris. Tout simplement parce qu’ils ont été mis en oeuvre contre le Grèce avec succès.

L’Histoire retient surtout ce qui marche, plus rarement ce qui n’a pas marché.

Est-ce que des historiens du futur décortiqueront cette histoire de l’étranglement de la Grèce ? Peut-être pas, car l’Histoire est surtout écrite par les vainqueurs.

En attendant, voici quelques pistes de lecture sur l’étranglement de la Grèce. La guerre de six mois. Une guerre du XXIème siècle. Hyper-moderne.

La guerre n’est que la simple continuation de la politique par d’autres moyens.

* * *

Christian Salmon et Martine Orange, dans « Mediapart » le mardi 7 juillet 2015, sous le titre « Un insider raconte comment l’Europe a étranglé la Grèce » :

Nous ne pouvons rien emprunter. Nous pouvions le faire jusqu’en février. Nous pouvions encore émettre des billets de trésorerie. Des titres à court terme, des obligations à taux fixe à trois mois, la plupart à un an. Mais ce gouvernement n’a jamais été autorisé à utiliser de tels instruments. À son arrivée, c’était fini. La BCE a dit « plus de billets de trésorerie ».

Alors, l’État ne pouvait plus emprunter auprès des banques. Aussi, à partir de mars, nous avons commencé à économiser tout ce que nous avons pu dans les dépenses de l’État. Nous avons regroupé toutes les réserves d’argent des différentes branches, des agences, des autorités locales pour payer le FMI. Nous avions un problème avec les finances publiques, avec l’excédent primaire, nous ne pouvions pas payer le FMI, alors nous avons dû gratter partout. Cela a conduit à une réduction interne de la liquidité en cash. Les banques, les entreprises exportatrices, les entreprises manufacturières ne pouvaient plus emprunter. Les gens ne pouvaient plus payer leurs dettes. Ils ne pouvaient plus obtenir la moindre extension de crédits. Le système de crédit a commencé à ne plus fonctionner, à se désintégrer.

Bien sûr, les banques avaient des réserves de sécurité. Mais quand ils sont arrivés au point de décider que les banques ne pouvaient même pas accéder aux fonds d’urgence de liquidité [emergency liquidity assistance, ELA], les banques ont dû fermer, parce qu’elles ne pouvaient pas épuiser leurs réserves.

Les entreprises qui ne versent pas les salaires sur des comptes bancaires ne peuvent pas payer leurs salariés en cash. Et il y en a beaucoup. Elles disent : « Nous n’avons aucun chiffre d’affaires, alors je vous verse 500 euros au lieu de 800. Nous verrons ce qui arrive après la réouverture des banques. » Nous sommes dans une situation qui, d’escalade en escalade, se transforme en réaction en chaîne, une sorte de lente panique bancaire et d’effondrement. C’est une sorte d’infarctus, si vous voyez la liquidité comme le sang de l’économie. Le week-end dernier, quand la BCE a tout arrêté, nous avons eu une crise cardiaque. Maintenant nous en avons les contrecoups. Différents organes sont paralysés. Certains ont arrêté de fonctionner, d’autres essaient mais n’ont pas assez de sang.

(…)

C’est une question d’hégémonie politique et idéologique. Au début, Varoufakis seul, avec ses arguments, a entrepris de renverser l’opinion publique en Europe et même en Allemagne. Les responsables de l’Eurogroupe ont riposté. Au début de février, Dijsselbloem a dit à Varoufakis : « Soit vous signez le mémorandum, soit votre économie va s’effondrer. Comment ? Nous allons faire tomber vos banques. » Le président de l’Eurogroupe a dit cela. Dans son dernier entretien à la télévision publique grecque, il y a deux jours, Yanis Varoufakis a expliqué : « Je n’ai pas dénoncé ces propos à l’époque parce que j’espérais que la raison prévaudrait dans les négociations. » (…)

Nous sommes partis à la bataille en pensant que nous avions les mêmes armes qu’eux. Nous avons sous-estimé leur pouvoir. C’est un pouvoir qui s’inscrit dans une vraie fabrique de société, dans la façon de penser des gens. Il se fonde sur le contrôle et le chantage. Nous avons très peu de leviers face à lui. L’édifice européen est kafkaïen.

  • Sans commentaire. Le samedi 15 août 2015, un mois après la capitulation, Mediapart détaillait les « Premiers chiffres de la dévastation économique » . C’est glaçant. Ça se lit comme le compte-rendu d’un bombardement aérien.

Philippe Legrain, dans « Foreign Policy », le lundi 13 juillet 2015, sous le titre « The Berlin Bulldozer and the Sack of Athens », écrit (voir traduction (1) en français) :

There is nothing glorious about the eurozone: It is a monstrous, undemocratic creditors’ racket. (…)

Even Deutsche Bank, one of the German banks bailed out by European taxpayers’ forced loans to the Greek government in 2010, says Greece is now tantamount to a vassal state.

Let’s be clear. What Berlin and Frankfurt have done to Greece, they can — and will — do to others. In 2010, they blackmailed the Irish government into imposing 64 billion euros in bank debt on Irish taxpayers. In 2011, they forced out the elected prime minister of Italy, Silvio Berlusconi. They would surely hammer a future Portuguese government, itself flirting with insolvency. And yes, they’d bully Slovakia and the others currently cheering them on.

That’s the point of brutalizing Greece: to deter anyone else from getting out of line. Why vote for parties that challenge the Berlin Consensus if they will be beaten into submission, too? Created to bring Europeans closer together, the eurozone is now held together by little except fear.

  • Sans commentaire. They will do it to others. Ils le feront à d’autres. Parce que ça a marché !

Romaric Godin, dans « La Tribune », le 13 juillet 2015 également, je l’ai déjà cité le jour du dégoût, citons à nouveau ce paragraphe essentiel :

L’euro devait être une monnaie qui rapprochait les peuples. Ce devait être la monnaie de tous les Européens. Or, cette crise a prouvé qu’il n’en est rien. On sait que, désormais, on peut priver certains habitants de la zone euro de l’accès à leur propre monnaie. Et que cette privation est un moyen de pression sur eux. Il sera donc bien difficile de dire encore « l’euro, notre monnaie » : l’euro est la monnaie de la BCE qui la distribue sur des critères qui ne prennent pas en compte le bien-être des populations, mais sur des critères financiers dissimulant mal des objectifs politiques. L’euro est, ce matin, tout sauf un instrument d’intégration en Europe. En réalité, on le savait depuis la gestion de la crise de Chypre en 2013, qui, on le comprend maintenant, n’était pas un « accident. »

Ambrose Evans-Pritchard, revenu du mariage de son fils, écrivant depuis Athènes pour « The Daily Telegraph », le jeudi 2 juillet 2015 (voir traduction (2) en français:

The daily allowance of cash from many ATMs has already dropped from EUR 60 to EUR 50, purportedly because EUR 20 notes are running out. Large numbers are empty. The financial contagion is spreading fast as petrol stations and small businesses stop accepting credit cards.

Constantine Michalos, head of the Hellenic Chambers of Commerce, said lenders are simply running out of money. « We are reliably informed that the cash reserves of the banks are down to EUR 500m. Anybody who thinks they are going to open again on Tuesday is day-dreaming. The cash would not last an hour, » he said.

« We are in an extremely dangerous situation. Greek companies have been excluded from the electronic transfers of Europe’s Target2 system. The entire Greek business community is unable to import anything, and without raw materials they can’t produce anything, » he said.

Pavlos Deas, owner of an olive processing factory in Chalkidiki, told The Telegraph that he may have to shut down a plant employing 250 people within days.

« We can’t send any money abroad to our suppliers. Three of our containers have been stopped at customs control because the banks can’t give a bill of lading. One is full of Spanish almonds, the others full of Chinese garlic, » he said.

« We don’t know how we are going to execute and export an order of 60 containers for the US. We don’t even have enough gas. We asked for 10,000 litres but they are only letting us have 2,000. It’s being rationed by the day. Factories are closing around us in a domino effect and we’re all going to lose everything if this goes on, » he said. (…)

Mr Michalos, from the Hellenic Chambers, said a five-man committee at the Greek treasury is rationing foreign funds for companies on a top priority basis but it is entirely overwhelmed. « They can’t possibly deal with thousands of requests, » he said. The net effect is total paralysis.

His own two companies are still hanging on but the danger is mounting. One produces latex for kitchen gloves and the teats on baby bottles. « If I can’t import gum from Malaysia I am going to have a serious problem. I have four weeks’ inventory, » he said.

His other company imports meat for supermarkets and restaurants. That is in dire straits already.

« I can’t import anything. Restaurants are starting to close down because they can’t obtain food and we are going straight into the peak tourist season. It is going to be utterly horrendous if this goes on, » he said.

  • Sans commentaire. En 2015, au nom de l’Europe, les « institutions européennes » ont entrepris d’affamer un pays d’Europe.

Clive Crook, sur BloombergView, le mercredi 1er juillet 2015, sous le titre « Europe Wants to Punish Greece With Exit » (voir traduction (3) en français) :

There’s no doubt that Greeks want to stay in the euro system — though I find it increasingly difficult to see why. If Greece leaves the system, it won’t be because Greeks decide to leave; it will be because Europe decides to kick them out.

This isn’t just semantics. There’s no reason, in law or logic, why a Greek default necessitates an exit from the euro. The European Central Bank pulls this trigger by choosing — choosing, please note — to withhold its services as lender of last resort to the Greek banking system. That is what it did this week. That is what shut the banks and, in short order, will force the Greek authorities to start issuing a parallel currency in the form of IOUs.

A truly independent ECB, willing to do whatever it takes to defend the euro system, could have announced that it would keep supplying Greek banks with liquidity. If the Greek banks are deemed in due course to be insolvent (which hasn’t happened yet), that doesn’t have to trigger an exit, either. Europe has the wherewithal and a bank-rescue mechanism that would allow the banks to be taken over and recapitalized. These options are foreclosed because the supposedly apolitical ECB has let Europe’s finance ministers use it as a hammer to extract fiscal concessions from Greece.

Nobody ever imagined that a government default in Europe would dictate ejection from the euro zone. The very possibility would have been correctly recognized as a fatal defect in the design of the system.

Does anybody dispute that the ECB — via the Bank of Greece – is actively inciting a bank run in a country where it is also the banking regulator by issuing this report on Wednesday?

It warned of an « uncontrollable crisis » if there is no creditor deal, followed by soaring inflation, « an exponential rise in unemployment », and a « collapse of all that the Greek economy has achieved over the years of its EU, and especially its euro area, membership ».

The guardian of financial stability is consciously and deliberately accelerating a financial crisis in an EMU member state – with possible risks of pan-EMU and broader global contagion — as a negotiating tactic to force Greece to the table.

It did so days after premier Alexis Tsipras accused the creditors of « laying traps » in the negotiations and acting with a political motive. He more or less accused them of trying to destroy an elected government and bring about regime change by financial coercion.

I leave it to lawyers to decide whether this report is a prima facie violation of the ECB’s primary duty under the EU treaties. It is certainly unusual. The ECB has just had to increase emergency liquidity to the Greek banks by EUR 1.8bn (enough to last to Monday night) to offset the damage from rising deposit flight.

In its report, the Bank of Greece claimed that failure to meet creditor demands would « most likely » lead to the country’s ejection from the European Union. Let us be clear about the meaning of this. It is not the expression of an opinion. It is tantamount to a threat by the ECB to throw the Greeks out of the EU if they resist.

Frances Coppola, sur Forbes, le mardi 14 juillet 2015, concluait (voir traduction (5) en français:

The world has watched the events of the last two weeks with growing distress and horror, from the use of banks as weapons to the mental torture of an elected representative of a sovereign country. Peter Kazimir, Finance Minister of Slovakia, even tweeted that Greece deserved its humiliation as the price of its « Greek Spring » — a reference to the Prague Spring of 1968 which ended when the Soviet Union invaded Czechoslovakia:

« #Greece compromise we reached this morning is tough for Athens becasue it’s the results of their ‘Greek Spring’ #eurozone » — @KazimirPeter, July 13th 2015, 17:20 CET

The Eurozone leadership stopped short of sending tanks onto the streets of Athens, but who needs tanks when you control a country’s banks?

As a European, I am ashamed at what was done. The Eurozone has moved several steps closer to totalitarianism.

  • Sans commentaire. The use of banks as weapons.

La formule restera :

Who needs tanks when you control a country’s banks?

#ThisIsACoup #ThisIsAPrototype

Bonne nuit.


Traductions en français des textes proposés en anglais :

(1) Philippe Legrain, dans « Foreign Policy », le lundi 13 juillet 2015, sous le titre « Le Bulldozer de Berlin et la Sac d’Athènes » :

Il n’y a rien de glorieux dans la zone euro : c’est une monstrueuse et non-démocratique escroquerie montée par des créditeurs.

Même la Deutsche Bank, l’une des banques allemandes renflouées par les prêts forcés des contribuables européens à la Grèce en 2010, reconnaît que le Grèce est maintenant l’équivalent d’un Etat vassal.

Soyons clairs. Ce que Berlin et Francfort ont fait à la Grèce, ils peuvent le faire — et ils le feront — à d’autres. En 2010, ils avaient fait chanter le gouvernement irlandais pour qu’ils fassent assumer 64 milliards d’euros de dettes bancaires aux contribuables irlandais. En 2011, ils avaient forcé le renvoi du Premier Ministre élu de l’Italie, Silvio Berlusconi. Ils assommeront certainement un futur gouvernement portugais, qui flirtera avec l’insolvabilité. Et oui, ils intimideront aussi la Slovaquie et les autres qui les acclament actuellement.

C’est le but de la brutalisation de la Grèce : dissuader tous les autres de sortir du rang. Pourquoi voter pour des partis qui contesteront le Consensus de Berlin si ils seront eux aussi tabassés jusqu’à la soumission ? Créé pour réunir et rapprocher encore plus les Européens, la zone euro est maintenant tenue par peu de choses, sinon par la peur.

(2) Ambrose Evans-Pritchard, dans « The Daily Telegraph », le jeudi 2 juillet 2015 :

Le plafond quotidien de retrait à la plupart des distributeurs de billets a déjà chuté de 60 eurps à 50 euros, prétendument parce que les billets de 20 euros manquent. Beaucoup sont vides. La contagion financière se propage rapidement, alors que les stations-service et les petits commerces n’acceptent plus les cartes de crédit.

Constantine Michalos, patron de la Chambre de Commerce Grecque, a indiqué que les prêteurs n’ont tout simplement plus d’argent. « Nous avons appris de source sure que les réserves en cash des banques sont descendues à 500 millions d’euros. Quiconque croyant qu’elles vont réouvrir mardi rêve. Le cash ne tiendra pas une heure. » a-t-il dit.

« Nous sommes dans une situation extrêmement dangereuse. Les entreprises grecques ont été exclues du système européen de transferts électroniques Target2. L’ensemble de l’économie grecque ne peut plus rien importer, et sans matières premières, ils ne peuvent plus rien produire. » a-t-il dit.

Pavlos Deas, propriétaire d’une usine de transformation d’olives à Chalkidiki, a raconté au Telegraph qu’il risque de devoir fermer une usine employant 250 personnes dans les prochains jours.

« Nous ne pouvons pas envoyer d’argent à nos fournisseurs à l’étranger. Trois de nos conteneurs ont été bloqué en douane parce que les banques ne peuvent fournir un contrat de transport maritime. L’un est rempli d’amandes espagnoles, l’autre d’ail chinois. » a-t-il dit.

« Nous ne savons pas comment nous allons pouvoir traiter et expédier une commande de 60 conteneurs pour les Etats-Unis. Nous n’avons même pas assez de carburant. Nous avions demandé 10.000 litres, mais ils ne nous en ont fourni que 2.000. C’est en train d’être rationné au jour le jour. Des usines ferment autour de nous, il y a un effet domino, et nous allons tous tout perdre si ça continue. » a-t-il dit. (…)

Mr Michalos, de la Chambre de Commerce Grecque, a indiqué qu’un comité de 5 personnes au Trésor Grec rationne les fonds en devises étrangères, les réservant aux plus hautes priorités, mais il est totalement dépassé. « Ils ne peuvent pas faire face à des milliers de requêtes. » a-t-il dit. Le résultat est une paralysie totale.

Ses deux entreprises tiennent encore, mais le danger grandit. L’une produit des gants de cuisine en latex et des tétines de biberons pour bébés. « Si je ne peux pas importer de caoutchouch de Malaisie, je vais avoir un sérieux problème. J’ai juste quatre semaines de réserves. » a-t-il dit.

Son autre entreprise importe de la viande pour les supermarchés et les restaurants. Elle est déjà en péril.

« Je ne peux rien importer. Des restaurants commencent à fermer parce qu’ils ne peuvent plus obtenir de nourrir, et nous arrivons à la pleine saisons touristique. Ca va être horrible si ça continue. » a-t-il dit.

(3) Clive Crook, sur BloombergView, le mercredi 1er juillet 2015, sous le titre « L’Europe veut punir la Grèce en la sortant » :

Il n’y a aucun doute que les Grecs veulent rester dans le système euro — même si je trouve de plus en plus difficile à voir pourquoi. Si la Grèce quitte le système, ça ne sera pas parce que les Grecs ont décidé de le quitter ; ce sera parce que l’Europe aura décidé de les jeter dehors.

Ce n’est pas juste une question de sémantique. Il n’y a aucune raison, ni en droit, ni en logique, pour qu’un défaut grec nécessait une sortie de l’euro. La BCE appuie sur ce bouton en choisissant — notez-le bien, s’il vous plait : en choisissant — de suspendre ses services de prêteur en dernier ressort au système bancaire grec. C’est que ce qu’ils ont fait cette semaine. C’est ce qui a fait fermer les banques, et, très vite, va forcer les autorités grecques à commencer à émettre une monnaie parallèle sous forme d’IOUs.

Une BCE vraiment indépendante, décidée à faire tout ce qu’il faut faire pour défendre le système euro, aurait pu annoncer qu’elle continuait à alimenter les banques grecques en liquidités. Si les banques grecques sont sur le chemin de l’insolvabilité (ce qui n’est pas encore arrivé), ça ne doit pas entraîner une sortie, non plus. L’Europe a les moyens et un mécanisme de sauvetage des banques qui pourraient permettre de remonter les banques et de les recapitaliser. Ces options sont interdites parce que la soi-disant apolitique BCE a laissé les ministres de finances de l’Europe l’utiliser comme un marteau pour arracher des concessions fiscales à la Grèce.

Personne n’a jamais imaginé que le défaut d’un gouvernement en Europe dicterait son éjection de la zone euro. La seule possibilité de cela aurait été correctement reconnue comme une défaut fatal dans la conception du système.

(4) Ambrose Evans-Pritchard, dans « The Daily Telegraph », le vendredi 19 juin 2015 :

Qui osera contester que la BCE — via la Banque de Grèce — est activement en train d’inciter une panique bancaire dans un pays dont elle aussi le régulateur bancaire, en publiant ce rapport mercredi ?

Ce rapport s’alarme d’une « crise incontrôlable » s’il n’y a pas d’accord avec les créditeurs, suivie par une poussée d’inflation, « une augmentation exponentielle du chômage », et un « effondrement de tout ce que l’économie grecque a réalisé depuis l’entrée de la Grèce dans l’UE, et notamment dans la zone euro ».

Le gardien de la stabilité financière est consciemment et délibéremment en train d’accélerer une crise financière dans un Etat membre de l’UEM (Union Economique et Monétaire) — avec des risques possibles d’une contagion à tout l’UEM et au-dela –, et cela en tant que tactique de négociation pour forcer la Grèce à s’incliner.

La BCE fait cela après que le Premier Ministre Alexis Tsipras ait accusé les créditeurs de « semer des pièges » dans les négociations et d’agir avec un mobile politique. Il les a plus ou moins accusés de tenter de détruire un gouvernement élu, et d’orchestrer un changement de régime par la coercition financière.

Je laisse à des juristes le soin de décider si ce rapport est une violation de prime abord du devoir premier de la BCE au sens des traités de l’UE. Il est pour le moins inhabituel. La BCE avait juste à augmenter la liquidité d’urgence mise à disposition des banques grecques de 1,8 milliards d’euros (suffisamment pour tenir jusqu’à lundi soir) pour effacer les dégâts de l’augmentation des retraits.

Dans son rapport, la Banque de Grèce affirme que ne pas céder aux exigences des créditeurs amènera « très probablement » à l’éjection du pays hors de l’Union Européenne. Soyons clairs sur le sens de cette affirmation. Ce n’est pas l’expression d’une opinion. C’est une menace de la BCE de jeter la Grèce hors de l’UE si elle résiste.

(5) Frances Coppola, sur Forbes, le mardi 14 juillet 2015, concluait :

Le monde a observé les évènements de ces deux dernières semaines avec une détresse et une horreur croissantes, depuis l’utilisation des banques comme armes, jusqu’à la torture mentale d’un représentant élu d’un pays souverain. Peter Kazimir, le Ministre des Finances de la Slovaquie, a même tweeté que la Grèce méritait son humiliation pour prix de son « Printemps Grec » — une référence au Printemps de Prague de 1968, qui se termina lorsque l’Union Soviétique envahit la Tchécoslovaquie :

« Le compromis obtenu ce matin est dur pour Athènes parce que c’est le résultat de leur ‘Printemps Grec’  » — @KazimirPeter

Les dirigeants de la zone euro ne sont pas allés jusqu’à envoyer des tanks dans les rues d’Athènes, mais qui a besoin de tanks quand il contrôle les banques du pays ?

En tant qu’Européenne, j’ai honte de ce qui a été fait. La zone euro a avancé de plusieurs pas vers le totalitarisme.

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