L’Europe, ce n’est pas l’Union Européenne

L’Europe, ce n’est pas l’UE.

L’Europe, ce n’est pas l’Union Européenne.

L’Europe, ce ne sont pas toutes ces « institutions européennes » — dont certaines ne sont pas vraiment des institutions, typiquement l’EuroGroup (« Well, the Eurogroup does not exist in law… » ), et d’autres ne sont pas vraiment européennes, notamment l’OTAN (« Barack a raison… » ).

L’Europe, ce n’est ni l’UE, ni la Zone Euro, ni la Commission Européenne, ni l’EuroGroup, ni le Parlement Européen, ni la BCE, ni l’OTAN.

L’Europe, ce n’est pas la Troïka !

L’Europe, ce sont plus de 700 millions d’êtres humains, vivant de l’Atlantique à l’Oural, du Cap Nord à la Crète, de l’Islande à la Sicile, du Bosphore au détroit de Gibraltar.

You’ve got green eyes, you’ve got blue eyes, you’ve got grey eyes

Le plus grand pays d’Europe, c’est la Fédération de Russie, dont la plus grande partie de la population est en Europe, même si la plus grande partie de son territoire est en Asie. L’Europe ne peut pas se définir contre la Russie, ou alors ce n’est pas l’Europe.

L’Europe, ce sont des peuples, des nations, des territoires, des langues et des Histoires. Ce sont des strates et des cicatrices. Certains sont millénaires, d’autres juste centenaires, tous ont une profondeur bien supérieure à l’UE — qu’on considère juste l’Union Européenne au sens du Traité de Maastricht (1992), ou qu’on remonte au Traité de Rome (1957) ou à la déclaration Schumann (1950).

L’Europe, c’est la mémoire. L’Europe, c’est le temps long. L’UE, c’est un temps ridiculement court.

Das Leben ist zeitlos
Europa Endlos
Life is timeless
Europe Endless

L’une des plus belles formules que j’ai entendues ces dernières années est d’Umberto Eco :

La lingua dell’Europa è la traduzione.
La langue de l’Europe, c’est la traduction.

La devise que s’était choisie l’Union Européenne, en 2000, et qui parait si dérisoire depuis quelques années, et qui parait même maintenant grotesque alors que le « Président du Conseil Européen » s’inquiète « des risques de contagion politique et idéologique », c’est :

Unie dans la diversité

L’Europe, ce sont plus de 700 millions d’êtres humains, qui, à mon humble avis, se reconnaissent de moins en moins dans les gesticulations des « institutions européennes », et des sinistres individus qui les animent. Qui ont honte de ce qui est fait « au nom de l’Europe », par exemple en Grèce, par exemple au Donbass. Qui ont honte de ce qui est fait en leur nom, « au nom des Européens ».

Le sentiment européen est aussi noble que le sentiment national. Ni plus, ni moins. Je suis Français et Européen. Je suis Français, donc Européen. L’un n’empêche pas l’autre.

Cependant, à mon humble avis, le sentiment européen, le sentiment d’être européen, le sentiment d’être européen autant que d’être tchèque, français, allemand, italien, belge ou bulgare, a régressé en trente ans. Les dérives des « institutions européennes », les saloperies faites « au nom de l’Europe », depuis cinq à quinze ans, ont entraîné un recul du sentiment d’être européen, et un repli vers des sentiments nationaux.

L’UE souille l’Europe. L’UE salit l’idée européenne. L’UE discrédite l’espoir européen.

Si être européen, c’est être solidaire des stupidités du « partenariat oriental », suscité par l’OTAN et endossé par la Commission Européenne, qui a plongé l’Ukraine dans le chaos, alors non merci.

Si être européen, c’est accepter la liquidation des économies de nombreux pays d’Europe, des Etats-providences, des industries, des agricultures, au nom de la « concurrence libre et non faussée », de la « compétitivité » , dans l’intérêt bien compris des oligarchies, alors non merci.

Si être européen, c’est accepter la diminution de l’espérance de vie au nom de l’augmentation des profits financiers, et la dégradation des conditions de vie au nom de l’austérité, alors non merci.

Si être européen, c’est être représenté par des crapules style Jean-Claude Juncker (LuxLeaks) ou Mario Draghi (Goldman Sachs), alors non merci.

Si être européen, c’est cautionner les crimes des salopards de l’EuroGroupe et de la BCE — la destruction de la Grèce en juin-juillet 2015, le coup de force à Chypre en mars 2013, les coups d’État en Italie et en Grèce en novembre 2011, la prise d’otages en Irlande en novembre 2010 –, alors non merci.

Non merci. No thanks. Nein danke.

Pas en notre nom. Not in our name. Nicht in unserem Namen.

όχι. όχι. όχι.

Les « institutions européennes », telles qu’elles ont tourné depuis cinq, dix, quinze ans, telles qu’elles ont été détournées, dégoûtent les Européens de l’Europe.

La « zone euro », telle qu’elle a été construite et rafistolée au fil des dernières crises, dégoûte les Européens de l’Europe. Et, comme l’ont abondamment démontré de nombreux auteurs, de François Heisbourg à Jacques Sapir, l’euro sème les germes de la guerre civile en Europe. L’euro n’unit pas, il divise, notamment entre « créditeurs » et « débiteurs », et entre « centre » et « périphéries ». L’euro monte les peuples les uns contre les autres. L’Europe, c’est la paix. Les Européens veulent la paix. Mais l’euro, c’est la guerre.

Est-ce que la « zone euro », les « institutions européennes », l’UE et l’OTAN sont réformables ? Est-ce que le système peut être changé de l’intérieur ?

Je botte en touche, et je renvoie à deux intéressantes publications récentes :

D’une part, une série de billets de l’indispensable Olivier Berruyer, intitulés « Démocratie Kaput », dont je cite juste ici une des conclusions du septième billet, en date du 18 septembre 2015 (il faut se forcer à parcourir l’ensemble, il faut examiner tous les murs et toutes les grilles de la prison) :

Bon nombre d’utopistes n’ont pas l’air de comprendre que vouloir bâtir une « autre Europe, sociale et démocratique » est à peu près aussi crédible que bâtir un « autre fascisme, démocratique et humaniste »… Sur le papier tout est toujours possible, mais hélas, les rares qui ont vraiment creusé le sujet du point de vue historique, sociologique, anthropologique et économique, « l’Europe », c’est-à-dire « L’Organisation néolibérale de Bruxelles », remplit aujourd’hui 99 % de ses objectifs pour le plus grand plaisir du 1 %…

Alors quand vous en verrez un désormais, (…) qu’il ne parle pas de « négociation », car le lendemain de son élection potentielle, la BCE coupera le robinet à nos banques, « à la grecque », il a donc intérêt à avoir une solution solide à vous proposer. (…)

Comme il n’y aura jamais de peuple européen, il n’y aura jamais de nation européenne, et donc pas de Démocratie européenne.

D’autre part, le « manifeste pour un plan B en Europe », en date du 11 septembre 2015, co-signé par Jean-Luc Mélenchon, Yanis Varoufakis, Oskar Lafontaine et quelques autres :

Cet euro est devenu l’instrument de la domination économique et politique de l’oligarchie européenne, cachée derrière le gouvernement allemand et qui se réjouit de voir Mme Merkel faire tout le « sale boulot » que les autres gouvernements sont incapables de faire. Cette Europe ne produit que des violences dans les nations et entre elles : chômage de masse, dumping social féroce, insultes attribuées aux dirigeants allemands contre l’Europe du Sud et répétées par toutes les « élites » y compris celles de ces pays. L’Union européenne alimente la montée de l’extrême-droite et est devenue un moyen d’annuler le contrôle démocratique sur la production et la distribution des richesses dans toute l’Europe.

Affirmer que l’euro et l’Union européenne servent les Européens et les protègent contre la crise est un mensonge dangereux. C’est une illusion de croire que les intérêts de l’Europe peuvent être protégés dans le cadre de la prison des règles de la zone euro et des traités actuels. La méthode Hollande-Renzi du « bon élève », en réalité du prisonnier modèle, est une forme de capitulation qui n’obtiendra même pas la clémence. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker l’a dit clairement : « il ne peut y avoir de choix démocratiques contre les traités européens ». C’est l’adaptation néolibérale de la « souveraineté limitée » inventé par le dirigeant soviétique Léonid Brejnev en 1968. A l’époque, les soviétiques écrasaient le Printemps de Prague par les tanks. Cet été, l’Union européenne a écrasé le Printemps d’Athènes par les banques.

Si l’UE ne veut pas connaître le sort de l’URSS, il lui faudra entamer sa perestroïka au plus vite. Youri Andropov et Mikhail Gorbatchev sont arrivés trop tard, beaucoup trop tard. Est-il trop tard pour l’UE ? Je n’en sais rien. Quand sera-t-il trop tard ? Je n’en sais rien.

L’UE, ce n’est pas l’Europe. L’Europe en a vu d’autres. Les Européens en ont vu d’autres — mais à quel prix ! L’Histoire est tragique. Citons une fois encore Philippe Séguin, le 5 mai 1992 :

On ne joue pas impunément avec les peuples et leur histoire. Toutes les chimères politiques sont appelées un jour ou l’autre à se briser sur les réalités historiques. La Russie a bel et bien fini par boire le communisme comme un buvard parce que la Russie avait plus de consistance historique que le communisme, mais à quel prix ?

L’Empire Galactique, ce n’est pas la Galaxie. La Galaxie en a vu d’autres. Mais il vaudrait mieux avoir un Plan Seldon pour réduire l’inter-règne à la durée la plus brève possible. Un Plan B. Et, idéalement, un plan B dans le Plan B.

Take my advice, Hari! If the time comes when you are able to set up some device that may act to prevent the worst from happening, see if you can think of two devices, so that if one fails, the other will carry on. The Empire must be steadied or rebuilt on a new foundation. Let there be two such, rather than one, if that is possible.

We shall overcome.

Bonne nuit.

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4 commentaires pour L’Europe, ce n’est pas l’Union Européenne

  1. francesca dit :

    hi there! is there any chance you could translate this post in english? I’d love to share it 🙂

  2. francesca dit :

    wow that was quick, thanks so much!! Hopefully I’ll understand french well enough someday to read the rest of your blog, looks interesting 🙂

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