Puisqu’aucun dieu du ciel ne s’intéresse à nous…

Billet écrit en temps court

Plus je vieillis, plus je comprends pourquoi les religions prospèrent.

Je dirai même que je comprends surtout mieux pourquoi les religions prospèrent spécifiquement dans le monde contemporain, parfois appelé « post-moderne », celui de la tyrannie des oligarchies et du capitalisme de l’épuisement. Le nôtre.

On est en 2015, on devrait être en train de coloniser Mars, mais on n’en est pas vraiment là. L’avenir n’est plus ce qu’il était. C’est le présent. Le nôtre.

J’ai longtemps considéré les religions comme des fossiles médiévaux, des reliques barbares, des vestiges d’un autre temps. À bien des égards, je les considère toujours comme telles. Mais je vois aussi leur succès. Et je ressens ce qui fait leur succès. J’ai longtemps considéré « croire en dieu » comme juste ridicule, puéril, grotesque — maintenant je comprends. Je ressens.

Par exemple, j’ai confiance dans la médecine moderne. J’ai confiance dans le système de santé de mon pays. Mais face à certaines situations, ça ne suffit pas tout simplement pas.

Ça doit être rassurant de prier, de pouvoir prier, d’avoir quelqu’un à prier, de pouvoir attendre quelque chose de quelque divinité. Depuis quelques trimestres, j’ai constaté que je n’attendais plus grand’chose de la vie, sinon des mauvais coups à prendre et des mauvais moments à passer. Dieu sait que j’aimerais bien attendre autre chose. Mais c’est comme ça. La vie est comme ça. Et je ne crois pas en dieu. Il faudrait peut-être que j’essaie.

Someone to hear your prayers
Someone who’s there

Voilà qui, je pense, fait le succès des religions dans le monde contemporain : l’espoir. L’incapacité du monde contemporain à donner de l’espoir fait la fortune des marchands d’espoir.

Ça doit faire du bien de pouvoir espérer. Et de pouvoir prier. Peut-on espérer sans prier, au fond ?

Ça doit faire du bien de pouvoir se dire que tout ça a un sens.

Pouvoir se dire qu’on ne vit pas pour rien.

Qu’on ne meure pas pour rien.

Qu’on ne souffre pas pour rien.

Qu’on ne s’épuise pas pour rien.

La vie ça passe très vite, mais c’est long. Les journées sont longues. Les semaines sont longues. Les années pèsent. On empile les désarrois et les peurs et les souffrances et les fatigues. C’est long. C’est lourd. C’est dur. C’est la vie.

Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu’on est toujours tout seul au monde

Tout ça pour rien ?

Voilà qui, je pense, fait le succès des religions dans le monde contemporain : le soulagement. Soumission pour soulagement.

Avec elles, on ne fait pas tout ça pour rien. On ne subit pas tout ça pour rien.

Avec elles, on n’est pas seul. Ou, au moins, on n’est pas si seul. On n’est pas rien, pas vain, pas seul.

Le monde contemporain isole les individus. Particules élémentaires. Atomised. Montés les uns contre les autres. Séparés par des écrans. Chacun seul face à un écran. Et chacun seul face aux cataclysmes soi-disant naturels. On ne peut compter sur personne. Trust no one. Dans le meilleur des mondes possibles. On ne peut rien faire. There is no alternative. Tout le monde s’en fout. Tout le monde s’en fout.

Someone to hear your prayers
Someone who cares

Voilà qui, je pense, fait le succès des religions dans le monde contemporain : la solitude. Elles disent encore à tout individu : Vous n’êtes pas si seul. Vous n’êtes pas si rien. Tu n’es pas seul. Tu n’es pas rien. On s’intéresse à toi. Tu comptes pour quelqu’un.

Tu voudrais que quelqu’un t’attende quelque part ? Il y a quelqu’un, quelque part, qui s’intéresse à toi !

Le temps s’est écoulé, il a passé pour rien
Puisqu’aucun dieu du ciel ne s’intéresse à nous
Lénine, relève-toi, ils sont devenus fous

Puisque la chemise d’un DRH compte plus que le sort de 2900 travailleurs …

Puisqu’aucun dieu du ciel ne s’intéresse à nous …

Bonne nuit.

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