J’ai marché Madison, la Cinquième et Central Park

L’album de Michel Sardou intitulé « Chanteur de Jazz » est sorti, selon Wikipedia, il y exactement trente ans, le 23 novembre 1985.

La chanson « Chanteur de Jazz » est dans ma tête depuis trente ans. Ça fait trente ans — ça faisait trente ans que je voulais voir New York. En trente ans, je suis passé par toutes les couleurs de l’américanophilie primaire et secondaire, et de l’américanophobie primaire et secondaire, et au fond, je ne sais plus trop quoi penser des Etats-Unis d’Amérique. Je voulais voir New York, comme d’autres voulaient voir le Montana.

J’ai vu. Au cœur d’une année 2015 compliquée, j’ai eu la chance de passer une semaine à New York. J’ai vu New York. J’ai visité New York.

En 1930, Léon Trotski était passé par New York, et il avait noté :

Here I was in New York, city of prose and fantasy, of capitalist automation, its streets a triumph of cubism, its moral philosophy that of the dollar. New York impressed me tremendously because, more than any other city, it is the fullest expression of our modern age.

Il est difficile de rendre compte d’une semaine à New York — plus précisément sur l’île de Manhattan. Depuis mon retour, j’ai New York dans la tête. Et depuis le vendredi 13 novembre 2015, j’ai surtout Ground Zero dans la tête.

Ce billet va s’articuler autour des paroles de Michel Sardou et Jean-Loup Dabadie, des paroles de trente ans d’âge, pour faire sortir quelques mots de ma tête de quadragénaire.

J’ai marché Madison, la Cinquième et Central Park.
Le ciel crachait des bouffées de havane.

New York est, encore en 2015, la capitale du monde. Elle n’a pas de rivale. Elle n’a pas d’alternative. Tout au plus peut-on suggérer qu’elle partage l’imperium avec quelques autres métropoles étasuniennes — Washington D.C., le Pentagone et la Federal Reserve ; Los Angeles ; San Francisco ; Chicago.

La première Rome, c’était Rome. La deuxième Rome, c’était Constantinople, alias Byzance, alias Istanbul. La troisième Rome, c’est Moscou. Mais la vraie Rome de notre temps, c’est New York. Caput Mundi.

New York est la capitale du monde, et la Cinquième Avenue est la plus prestigieuse avenue du monde, de Washington Square à Central Park.

New York est, très formellement, la capitale politique du monde, avec le siège des Nations Unies au bout de la Quarante-Deuxième Rue Est.

New York est la principale capitale économique du monde, la ville des sièges sociaux, la ville où se réunissent les conseils d’administrations, la ville où les décisions sont prises, la ville d’où partent les ordres, la ville des fumeurs de havane.

Il faut voir ces deux montagnes de pierre, de béton, de verre et d’acier, que sont Downtown et Midtown. Il faut les voir. Les apercevoir d’abord de loin, puis d’un peu plus près, et puis soudain être à leur pied, et enfin s’y glisser à travers des minces canyons. Je me souviens très précisément d’un vieil ami bordelais qui m’avait prévenu, il y a environ dix-huit ans de cela : Tu vois la hauteur, tu vois la masse, tu vois, tu comprends que c’est la capitale du monde, ici et nulle part ailleurs. J’ai vu. J’ai compris.

New York est la capitale financière effective du monde capitaliste (ou « économie-monde ») depuis exactement un siècle — plus précisément Downtown Manhattan. Wall Street. Fin juillet 1914, toutes les places financières ont suspendu leurs activités, constatant l’embrasement de l’Europe. Elles n’ont repris qu’après quelques mois. Jusqu’en juillet 1914, le centre du système financier était Londres ; à partir de janvier 1915, Londres n’est plus que la capitale d’un pays belligérant, vulnérable et appelé à se couvrir de dettes. A partir de janvier 1915, le centre du système financier, le cœur du reacteur, la grande lessiveuse, c’est New York.

Et l’économie-monde, depuis 1979 (Chine) et 1991 (Russie), c’est le monde entier.

Certains historiens pensent que l’hégémonie de New York ne commence vraiment qu’en 1929, voire seulement en 1941, 1942 ou 1945 ; d’autres pensent que le cœur du système a été quelques décennies à Boston, après Londres et avant New York. Peu importe. Aujourd’hui encore, en 2015 autant qu’en 1985 ou en 1945, le cœur c’est New York. Le meilleur vulgarisateur des théories de l’économie-monde, c’est à ma connaissance Jacques Attali. Il écrivait en 1990, dans « Lignes d’Horizon » :

Du XIIIème au XXème siècles, le champ de la marchandise s’est étendu en revêtant huit formes successives, caractérisées par … huit cœurs : Bruges, qui émerge vers 1300. Venise vers 1450. Anvers vers 1500. Gênes vers 1550. Amsterdam vers 1650. Londres vers 1750. Boston vers 1880. New York vers 1930.

Je ne vois pas qui peut prendre la place de New York à brève échéance. L’Europe et le Japon ont laissé passer leur chance. Shanghai peut-être ? Attali dans des écrits plus récents parlait de la Californie. Moi, je ne vois pas.

Et je crains que la prochaine catastrophe financière, ou juste les prochains mouvements de la Federal Reserve (formellement basée à Washington D.C., mais le plus gros stock d’or est à Manhattan), ou les deux ensemble, ne viennent rappeler que l’économie-monde reste avant tout une pure zone dollar. Nous verrons.

Les bateaux de l’Hudson formaient sur l’eau comme un arc.
Ils remorquaient comme une barque Manhattan.

New York a été le plus grand port du monde, et le centre de la plus grande région industrielle du monde. Les activités portuaires ont partiellement disparu de Manhattan. Les docks ont été, sont en train d’être réaménagés, les uns après les autres, en parcs, en musées, en espaces récréatifs. Et derrière les docks, les industries manufacturières de toutes sortes sont parties, toutes, les unes après les autres. Mais les bâtiments sont solides, la gentrification a de beaux jours devant elle.

La plus grande région industrielle du monde n’est plus l’Amérique du Nord-Est, c’est probablement les régions côtières de la République Populaire de Chine. Mais le pouvoir économique est resté, au moins pour l’instant, en Amérique du Nord.

Très symboliquement, aucun des GAFAM n’a son siège social à Manhattan — les GAF (Google, Apple, Facebook) sont en Californie, entre Palo Alto et San José ; les AM (Amazon, Microsoft) sont à Seattle. Le siège de Google à Palo Alto est un ensemble de petits immeubles noyés dans la verdure, qui n’a rien à voir avec les mastodontes de Manhattan. Mais, comme le rappelle toujours Morozov, c’est Wall Street qui contrôle la Silicon Valley, et non l’inverse. 

Pour l’anecdote, Google est propriétaire d’un des plus gros immeubles de Manhattan — 111 Eighth Avenue, 270.000 mètres carrés, presque autant que Cœur Défense, en face du Chelsea Market — on ne sait pas très bien ce que Google veut en faire ; ça pourrait juste devenir l’un des plus gros « data centers » en zone urbaine du monde.

Des voitures téléphones aux vitres aveuglées
Passaient dans la fumée des chicanes.

Depuis Louis-Ferdinand Céline (dans « Voyage au Bout de la Nuit » en 1932), on sait que New York est « une ville debout ». C’est une ville en trois dimensions. C’est aussi une ville cubiste, orthogonale, une ville d’angles droits, dans les trois dimensions. On monte, on descend. On peut être tout en haut, ou tout en dessous. Les avenues du Nord vers le Sud. Les rues d’Est en Ouest. Uptown, midtown, downtown. Schématique. Grille. Matrice. The Matrix has you.

C’est une ville sous pression. C’est une ville en tension.

Se promener en fin d’après-midi, à l’heure de la sortie des bureaux, dans les larges trottoirs des avenues, surpeuplés, pressés, est une expérience surprenante même pour des habitués de la tension francilienne.

Se promener à toute heure du jour et de la nuit autour de Times Square. The city that never sleeps. On n’y croit pas, mais c’est ça. Ça ne s’arrête jamais.

Un orchestre mendiait sous les sabots du cheval
Du vieux héros général Sheridan.

La principale entrée de Central Park est en son angle Sud-Est, au débouché de la Cinquième Avenue et de la Cinquante-Neuvième Rue. Au milieu de Grand Army Plaza, une énorme statue en or représente le général Sherman, triomphant sur son cheval, accompagnée d’une déesse antique. Est-ce que Sherman est toujours haï comme un criminel de guerre dans l’ancienne Confédération ?

En revanche, la statue de Sheridan que j’ai vue entre Greenwich Village et Washington Square représente le vieux héros général à pied. Pas de cheval. Pas de sabots du cheval. Une petite statue dans un petit square. Pas de place pour un orchestre. Ai-je raté quelque chose ? Est-ce que Jean-Loup Dabadie s’est trompé ? Ou la confusion est-elle volontaire ? Sheridan est probablement lui aussi toujours haï dans le Sud du pays. L’Histoire des Etats-Unis est relativement courte, mais dense. En un sens, le couple Clinton comme la famille Bush sont des tentatives de synthèse assez intéressantes entre le Nord et le Sud.

En matière de statue, c’est la statue du président Theodore Roosevelt, devant le musée d’Histoire Naturelle, à l’Ouest de Central Park, qui m’a le plus impressionné. Un homme blanc, vigoureux, le regard droit, assis sur son énorme cheval, avec son colt à la ceinture et son fusil en bandoulière, et debout à ses côtés, à pied, d’un côté un Indien, de l’autre un Noir. Une symbolique sans nuance. Décomplexée. Une mise en lumière crue de vieilles expressions pas encore oubliées : « la destinée manifeste », « the Empire State », « le fardeau de l’homme blanc », « The American Century », etc. Theodore Roosevelt fut gouverneur de l’Etat de New York juste avant 1900, et président des Etats-Unis juste après. Prêt à préparer et à assumer la domination du monde. Saisissant. The Empire never ended.

Des forêts d’escaliers tombaient des toits incendiés
Comme le feuillage emmêlé des savanes.

J’aurais voulu me perdre dans Manhattan. J’aurais voulu me perdre ailleurs dans New York. J’aurais voulu rester plus longtemps, voir plus, être plus. Le temps, c’est ce qui manque le plus.

Des sirènes ambulances aux vitres aveuglées
Déchiraient le silence au travers des fumées.

Depuis 1996, j’ai souvent pensé à New York en écoutant les premières secondes de Da Funk, le premier succès de Daft Punk, avec ces quelques coups de klaxon dans la cohue nocturne. Je les ai entendus souvent ces coups de klaxon, en une semaine, déchirant la silence.

New York est une ville bruyante. Mais le bruit, c’est la vie, n’est-ce pas ?

Je n’aime pas le bruit, je n’aime pas la société de consommation, mais j’ai été impressionné par Times Square. La démesure des panneaux lumineux, des devantures, des immeubles autour, la démesure de tout. Cette impression, encore une fois d’être au centre du monde, le point vers lequel tout converge, où tout se rejoint et tout s’achève.

New York est une ville intense, insatiable, épuisante. New York est une ville bruyante. La musique stimule la consommation. Le bruit rythme la société de consommation. Comme le dit un personnage dans un vieux film français oublié (source à retrouver) : « Et si la musique doit être plus forte, elle sera plus forte. »

La société de consommation se porte bien, merci pour elle. Depuis mon plus jeune âge, j’entends périodiquement que la société de consommation va s’effondrer, et que l’empire américain va s’effondrer — et peut-on vraiment dissocier les deux notions ? Vu de New York, tout cela parait irrésistible, écrasant, indestructible, inextinguible. We will never surrender. The sky is the limit. Forever and ever. Ça ne s’arrêtera jamais.

Chanteur de jazz.
Welcome to America.
Rimeur de phrases.
Welcome to America.

Welcome to America! L’Amérique est un pays de migrants. L’Amérique était — est encore ? — une terre d’immigration. La Statue de la Liberté est avant tout un message de bienvenue. « J’ai trouvé la lumière, j’ai sous le bras la déclaration d’Indépendance, je vous montre la lumière, venez à moi, ralliez-vous à moi. » Le message est toujours là. Est-il encore d’actualité, en cette saison de surenchères xénophobes dans les primaires républicaines — y compris de la part d’élus qui sont eux-même des immigrants de deuxième génération (comme l’ancien petit président français) ?

Welcome to America? Really? Still?

Dans le River Café, au pied du pont de Brooklyn
Buvaient d’anciennes Marilyn, de vieilles femmes.

Juste à côté du pont de Brooklyn, le vieil adepte de Law & Order et franchises associés (en français : New York District, New York Enquêtes Criminelles, New York Unité Spéciale) reconnait sur Foley Square les bâtiments des tribunaux. Et il pense à Jack McCoy. Le One Police Plaza est juste derrière. Et il pense à Robert Goren. On a les références qu’on peut. Television rules the nation.

Des nuées de pédales sortaient de Carnegie Hall
En soldats de carnaval, en gitanes.

Je remarque rarement les homosexuels. Question de génération peut-être. Mais les gens excentriques, difficiles à ne pas remarquer, ne manquent pas, entre Central Park et Times Square.

Des enfants de couleur, lunettes aveuglées,
Revendaient du bonheur à fumer.

Pas vu. Mais je n’ai pas du traîner aux bons endroits. Je me suis contenté de la Coors Light. Je vieillis.

Autour des tours jumelles, nouvelles Tours de Babel,
Des hélicos battaient de l’aile dans mon crâne.

Nous y voila. Ce sont peut-être les deux vers les plus obsessifs.

Pour ma génération — à vrai dire, pour toutes les générations nées suffisamment tôt –, une des questions les plus évidentes est : Où étiez-vous le 11 septembre 2001, après 14h50 heure de Paris ? L’Instant X. L’impact. Le contact. The moment it happened. It happened here, comme avait titré The New Republic. C’est ici que c’est arrivé.

Quatorze ans après, Ground Zero est un lieu d’une très grande dignité.

A l’emplacement des deux carrés des tours jumelles sont creusés des monuments sobres en pierre noire. Sur les bordures, où les visiteurs sont invités à ne pas s’appuyer, sont gravés les noms de victimes. Le long des quatre parois, l’eau dégringole à la verticale, sur une hauteur de quelques mètres, jusqu’à un grand bassin carré. Et au milieu de ce bassin, l’eau dégringole à nouveau, dans un carré plus petit, mais dont on ne voit pas le fond. L’eau disparaît dans ce carré noir. Le regard suit l’eau qui descend, cherche à la suivre jusqu’au bout de sa chute. La sensation de chute est saisissante. Le silence aussi est saisissant, dans cette ville frénétique et bruyante. Et la sensation de chute vers la bas est renforcée par la présence, juste à côté, de la Freedom Tower s’étirant vers le haut jusqu’à une hauteur équivalente à celle des tours disparues, environ 400 mètres.

Et dans ma tête, dans mon crâne, sont venues des phrases graves. What goes up must come down… Et tu redeviendras poussière… Falling down…

Quatorze ans après, les tours jumelles sont encore dans les têtes. Vingt ans après, quarante ans après, je crois qu’elles y seront encore.

Je le sais. Je le savais. Et depuis la soirée du vendredi 13 novembre 2015, je le sais encore plus.

Le XXIème siècle a commencé là. It happened here. Et c’est pas fini. Ce n’était que le début. On y reviendra.

Mais au bas du Pan Am, défilait la caravane
Des sept millions d’oncles Sam sur leur canne

Les sept millions d’oncles Sam ne sont plus. Les sept millions d’Oncles Sam, dans ma compréhension (désolé pour l’américanisme), ce sont les vétérans de la Deuxième Guerre Mondiale. Ce qu’il convient d’appeler « The Greatest Generation » . Ceux qui vont vaincu le fascisme — avec certes l’aide de quelques dizaines de millions de Soviétiques et de Chinois. En 1985, les vétérans de 1945 étaient encore nombreux. En 1988, George H. W. Bush a été le dernier d’entre eux à devenir président des Etats-Unis. Puis la torche est passée à d’autres générations, qui n’ont pas connu la guerre, mais qui n’en ont pas forcément l’esprit plus large. En 2015, peu sont encore là — George H. W. Bush, engagé volontaire le jour de ses 18 ans, a 91 ans.

La « Pan Am » n’est plus. La compagnie « Pan American World Airways » a été mise en faillite le 8 janvier 1991, une semaine avant le déclenchement de l’offensive aérienne contre l’Irak. Mais l’immeuble de la Pan Am, véritable barrage en travers de Park Avenue, au coeur de MidTown, derrière Grand Central, est toujours là. Le logo « Pan Am » a été remplacé par « MetLife », du nom d’une compagnie d’assurances, qui n’en est d’ailleurs même plus propriétaire.

Combien y a-t-il de gratte-ciels à Manhattan ? Combien sont connus ? Combien ont une forme connue, une forme que des millions de gens qui ne sont jamais venus à Manhattan connaissent ? Le Pan Am ? L’Empire State Building ? Le Chrysler Building ? Le Flatiron ? Le Rockefeller Center ? La Freedom Tower ? Combien ?

Les studios des journaux télévisés des quatre grands networks sont tous à Manhattan, plus précisément dans MidTown, à quelques blocks à peine les uns des autres. Même si Hollywood est à Los Angeles, même si Internet est partout, combien de programmes télévisés, combien d’images viennent quotidiennement de MidTown Manhattan ?

Et là-bas des madones, le regard aveuglé,
Couraient dans les klaxons au travers des fumées.

The city that never sleeps. Period.

Chanteur de jazz.
Welcome to America.
Rimeur de phrases.
Welcome to America.

J’ai adoré New York.

Je ne sais pas si j’y retournerai un jour. Je sais que je serai incapable d’y vivre. Arthur C. Clarke a écrit :

If man can live in Manhattan, he can live anywhere.

Je ne sais pas si je suis plus américanophile ou plus américanophobe — dans des proportions qui restent à déterminer. A mi-chemin entre 1985 et 2015, à mi-chemin entre XXème et XXIème siècle, je repense à mes passages aux Etats-Unis en l’an 2000, je repense à ce hors-série du Monde Diplomatique au printemps 2000 et intitulé « L’Amérique dans les Têtes ».

J’ai adoré New York. C’est tout.

Bonne nuit.

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