« We live in utopia; it just isn’t ours. »

La vie, ce n’est qu’une longue suite de mauvais moments à passer.

La vie, ce n’est qu’une longue suite de mauvais coups à encaisser.

Le monde, il est pas fait pour tout le monde.

La vie contemporaine n’est faite que pour une poignée de prédateurs. Les 1%. Les dominants. L’oligarchie. Les Übermenschen. Herrenvolk. La race des seigneurs. La race des saigneurs. On les appelle comme on peut, ça n’a aucune importance. Eux ne s’appellent pas.

Agent Mulder, these men don’t have names.

Ces gens sont des sociopathes. Ils n’ont que mépris et indifférences pour les 99%. Nous sommes moins que des insectes pour eux. Un millier d’êtres humains compte bien moins pour eux que leurs animaux domestiques et leurs gadgets électroniques. Ces gens sont fous. Ces gens sont ivres. Ces gens sont ivres d’eux-mêmes. Dans « Le Successeur de Pierre » , en 1999, Jean-Michel Truong les appelle « les Imbus ».

Je peux comprendre leur ivresse. Un peu. Il m’est arrivé d’effleurer leur monde. De loin. J’ai visité leur capitale. En surface. Je fréquente des gens qui y sont presque. Presque. Qui peuvent s’imaginer qu’ils y sont. Presque. Pauvres fous. Pauvres dupes. Hors sol. Sans horaires. Sans fuseaux horaires.

We’re flying high
We’re watching the world pass us by
Never want to come down
Never want to put my feet back down
On the ground

L’important c’est d’y croire. I want to believe. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. L’ivresse est contagieuse. L’ivresse est dangereuse. L’ivresse des Übermenschen. L’ivresse de se croire au-dessus de la plèbe. L’ivresse de l’altitude. Flying high. Flying high.

Ces gens sont des sociopathes. Ils se croient invincibles. Ils se croient intouchables. Dans une grande mesure, ils le sont. Ils se croient à l’abri de tout. Ils n’en ont rien à foutre des malheurs de ce monde, et notamment de ceux que leurs propres actions déchaînent, les guerres, les famines, les réfugiés, les chômeurs. En particulier, ils n’ont rien à foutre du changement climatique. Ils pensent qu’ils pourront toujours échapper à tout. Ils pensent qu’il y aura toujours un canot de sauvetage pour eux. C’est ce que James Cameron appelle le syndrome du Titanic : pourquoi essayer de dévier la trajectoire du paquebot, pourquoi essayer d’éviter l’iceberg — on s’en sortira toujours, non ?

Never want to come down
Never want to put my feet back down
On the ground

Ces gens sont fous. Ces gens sont faux. Leur monde est faux. Le monde qu’ils nous présentent est faux.

— [The Matrix] is the world that has been pulled over your eyes to blind you from the truth.
— What truth?
— That you are a slave, Neo. Like everyone else you were born into bondage. Born into a prison that you cannot smell or taste or touch. A prison for your mind.

Le monde, le vrai monde, le monde réel n’est pas le nôtre. Ce monde est le leur. Ce monde n’est pas le nôtre. Il n’y a rien pour nous. Il n’y a que des mauvais coups à prendre. Nous sommes les 99%.

J’ai découvert récemment quelques écrits de l’inclassable écrivain britannique China Miéville. Il n’est pas si jeune, il a presque mon âge. J’ai commencé par un texte intitulé « The Limits of Utopia » . C’est brillant. C’est lumineux. Si je trouvais le temps, j’essaierai de lire un de ses livres.

Ce monde n’est pas le nôtre. Contrairement à tout ce qu’on voudrait nous faire croire, ce monde n’est pas le nôtre. Ce monde n’est pas à nous.

Par exemple, la prise de conscience écologique de ces dernières décennies a popularisé le concept d’anthropocène — du mot grec anthropos, humain.

L’anthropocène serait l’époque géologique actuelle où le facteur déterminant est l’activité de l’espèce humaine. Cette époque géologique aurait débuté avec les révolutions industrielles. Cette époque géologique ferait suite aux autres époques géologiques — paléocène, éocène, oligocène, néogène, miocène, pliocène, pléistocène, holocène.

L’anthropocène est un concept intéressant, qui suggère que l’humanité dans son ensemble est désormais responsable (et in fine coupable) du destin de la planète. Donc que nous sommes responsables de la planète. Nous, l’humanité. Notre monde.

C’est un concept intéressant, mais c’est un piège. Plutôt qu’ « anthropocène », il vaudrait mieux dire « capitalocène ». Car le principe fondamental, le moteur des révolutions industrielles, à quelques exceptions près, ce n’est pas l’humain, encore moins le bien-être pour l’humain ; le moteur c’est l’accumulation du capital. China Miéville, et les auteurs qu’il cite, expliquent cela très bien.

Ce n’est pas « nous » qui détruisons ce monde. C’est la logique de l’accumulation du capital. Ce n’est pas « nous ». C’est à peine « pour nous ». Ce n’est pas « à nous ». Ce n’est pas notre monde. C’est le monde de l’oligarchie, le monde des 1% qui accumulent le capital, le monde des 1% qui accaparent presque 50% des ressources. Le monde n’est pas à nous.

L’idée de base de l’ « anthropocène » est juste. Mais, comme beaucoup de notions écologiques, elle est détournée pour culpabiliser la masse des innocents, et pour protéger les vrais coupables. « Faites un geste pour la planète » assènent à longueur de journée les publicités. Mais les multinationales, les banques, et autres incarnations de l’accumulation du capital, elles, ne font aucun geste.

Touche pas au grisbi, salope !

Dans son texte, China Miéville revient sur l’une des plus grandes catastrophes écologiques de tous les temps : Bhopal, le 3 décembre 1984. Des dizaines de milliers de victimes en Inde. Impunité totale pour Union Carbide et Wall Street. Et ce qu’il faut en conclure :

A real-world interpenetration of apocalypse and utopia. Apocalypse for those thousands who drowned on their own lungs. And for the corporations, now reassured that the poor, unlike profit, were indeed dispensable? An everyday utopia.

This is another of the limitations of utopia: we live in utopia; it just isn’t ours.

So we live in apocalypse too.

Nous y voila donc :

We live in utopia; it just isn’t ours.

Nous vivons dans une utopie ; mais ce n’est pas la nôtre.

Ce monde n’est pas à nous.

En 1982, avant Bhopal, avant Tchernobyl, avant la chute du Mur, avant la chute des Tours, avant tout ça… Temptation :

Bolts from above hit the people down below
People in this world we have no place to go

Ce monde n’est pas à nous.

Nous n’avons nulle part où aller. Aucune chance. No place to go.

Le monde, il est pas fait pour tout le monde.

La vie, ce n’est qu’une longue suite de mauvais coups à encaisser.

La vie, ce n’est qu’une longue suite de mauvais moments à passer.

Je suis fatigué.

Pourquoi c’est toujours les mêmes qui s’amusent ?

Bonne soirée.

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