La déchéance, c’est eux !

Parfois, il suffit juste d’aller regarder la définition d’un mot dans un dictionnaire.

L’actualité politique en France pour ces derniers jours de 2015 est dominée par le concept de « déchéance de la nationalité », que le gouvernement veut introduire dans la Constitution à la faveur de la réforme constitutionnelle qu’il juge indispensable suite aux attentats du 13 novembre 2015. C’est qu’on est en guerre ! Et la guerre justifie tout. La guerre justifiera tout.

Le petit président précédent faisait une nouvelle loi après chaque gros fait divers ; le petit président actuel fera-t-il une réforme constitutionnelle de circonstance après chaque grosse attaque terroriste ? Même George W. Bush n’avait pas profité du 11 septembre 2001 pour toucher à la Constitution des Etats-Unis !

Mais on est en guerre ! Et la guerre justifie tout. La guerre justifiera tout. Y compris des machins parfaitement inutiles et hors sujet.

Inscrire la « déchéance de la nationalité » dans la Constitution n’apportera rien à la lutte contre le terrorisme — à ceux qui luttent vraiment, aux flics, aux vigiles, aux gendarmes, aux magistrats, aux juges, aux agents de renseignement, aux analystes, aux soldats, etc. Ça ne dissuadera aucun apprenti terroriste. Ça n’empêchera aucun drame. Ça ne servira à rien.

Mais ce machin fait parler. Ce machin fait de la toute petite politique à bon marché. Le petit président actuel espère que ça va diviser l’opposition et faciliter sa réélection. Le petit président précédent espère que ça va diviser la majorité et faciliter son retour. Le petit premier ministre espère que ça durcira encore son image de petite brute décomplexée. On tourne en rond.

Et les médias ne parlent plus que de ce machin. Déchéance de nationalité, à toutes les sauces. Déchéance de nationalité, matin, midi et soir. Voilà le genre de « débat » auquel tous ces minables ont abaissé le pays.

Voilà à quelle déchéance tous ces minables nous ont amené.

Déchéance tout court. Déchéance.

La déchéance, la vraie, c’est eux.

Parfois, il suffit juste d’aller regarder la définition d’un mot dans un dictionnaire.

Pour le mot « déchéance », le Larousse propose cinq définitions.

Reprenons-les dans le désordre.

Déchéance : Situation des créances et des dettes publiques dont le paiement n’a pas été demandé dans le délai voulu.

La France est mal gérée, depuis des décennies. Ses finances publiques sont dans une impasse. Les gestionnaires sont des beaux parleurs mais de mauvais gestionnaires. Les investissements sont de moins en moins efficaces, de plus en plus improductifs. Les directeurs ne tiennent pas leurs budgets. Les dépenses courantes dévorent tout. Ils s’en moquent ! Ils sont nuls et ils sont intouchables.

Et pour couronner le tout, depuis le Traité de Maastricht et le passage à l’euro, la France n’a plus la maîtrise de sa monnaie, ni de sa banque centrale. La France est donc à la merci de la prochaine remontée des taux d’intérêts par la BCE, à la merci du dogmatisme de l’Eurogroupe. La France n’a plus la maîtrise de son destin.

Avant de retomber dans l’obscurité cet été, quelques jours après la capitulation du 13 juillet 2015, Yanis Varoufakis nous a prévenus :

Paris est la destination finale de la Troïka.

Quelle déchéance !

Déchéance : État de dégradation physique ; décrépitude.

La France est mal gérée. Le tissu industriel s’effiloche. On s’est habitués à voir disparaître les géants industriels (trois rien qu’en 2015 !), on s’habitue à la fuite des cerveaux. On s’est habitués depuis une génération au chômage de masse. On n’y prête même plus attention. Ils s’en moquent !

La France était une nation d’inventeurs, de créateurs, d’ingénieurs, de pionniers. Elle ne l’est plus. Pour des vallées entières, pour des régions entières, il n’y a plus rien, ni production, ni débouchés, il n’y a plus d’avenir. Les écoles d’ingénieurs ne fournissent plus que des cadres et des petites mains pour la finance. Le « crédit impôt-recherche » n’engraisse que les banques. Il faut relire le texte de Bernard Maris daté du 9 avril 2014, cité par Jacques Sapir dans son hommage daté du 1er novembre 2015 :

(…) on accepte qu’il n’y ait plus aucune industrie en France, qu’il ne reste que du tourisme et un peu d’industrie informatique liée aux média, mais ni avions, ni industrie pharmaceutique, ni biotechnologies, ni voitures évidemment, ni rien, (…)

Quelle déchéance !

Déchéance : Perte d’un droit juridique, d’une qualité.

La France s’appauvrit. Les Français s’appauvrissent. Chaque mois, des dizaines de milliers de personnes perdent leur emploi. Certains n’en retrouveront jamais. D’autres devront accepter des emplois sous-qualifiés, des sous-emplois, des temps partiels subis, diverses formes de déchéances.

Chaque mois, Pôle Emploi radie des dizaines de milliers de personnes. Chaque mois, des dizaines de milliers de personnes sont littéralement déchus de leur dignité.

Et ça fait trente ans que ça dure. Les Restaurants du Cœur avaient été créés en 1985 à titre temporaire. Ils sont devenus une institution. La misère est devenue une institution. Ils n’y prêtent même plus attention. Ils ne voient même pas que la misère est un terreau pour Daech !

Il faut lire et relire le signal d’alarme tiré le 16 juin 1993 par Philippe Séguin :

Le chômage a changé de nature, c’est une gangrène qui promet de tout emporter. (…) La préoccupation de l’emploi demeure seconde dans les choix qui sont effectués, reléguée qu’elle est après la défense de la monnaie, la réduction des déficits publics, le productivisme ou la promotion du libre-échange.

Ces phrases n’ont pas pris une ride. Séguin est mort en 2010. Le carnage continue.

Quelle déchéance !

Déchéance : Action de déchoir moralement ; état de quelqu’un qui est déchu, avili ; dégradation, abaissement.

La France était une grande puissance. Elle ne l’est plus. La France était une puissance indépendante. Elle ne l’est plus. La France avait une grande politique. Elle n’en a plus.

La politique internationale de Paris est dictée, un peu par les Etats-Unis et l’OTAN, un peu par l’Allemagne et les maîtres de l’UE, un peu par les pétro-monarchies du Golfe Persique. Par des intérêts, oligarchiques et transnationaux. Par par les intérêts du pays. Encore moins par les principes et les idéaux du pays.

Dans les semaines qui ont suivi les attentats du 13 novembre, le petit président actuel a cherché parmi ses « alliés » ceux susceptibles de rejoindre une « coalition » contre Daech. Il est revenu bredouille. Au-delà des discours, Washington considère toujours Daesh comme un de ses outils pour remanier le Moyen-Orient (outil en partie forgé par la CIA). Berlin entend rester en bons termes avec Ankara (premier importateur du pétrole de Daech). Quant à Doha et Riyad, il est vain de tenter de percer leurs doubles, triples ou quadruples jeux. Resterait Moscou, mais l’OTAN et l’UE ont décrété que Poutine est un vilain méchant.

La France était une puissance indépendante. Est-elle seulement encore en état de défendre ses citoyens contre des racailles encouragées par ses propres alliés — et recrutées parmi ses millions de laissés-pour-compte ?

Charles de Gaulle avait prévenu en avril 1969 :

C’est parce que nous ne sommes plus une grande puissance, qu’il nous faut une grande politique, parce que, si nous n’avons pas une grande politique, comme nous ne sommes plus une grande puissance, nous ne serons plus rien.

Nous y sommes. Nous ne sommes plus rien.

Quelle déchéance !

Déchéance : Sanction à l’encontre d’un chef d’État ou du titulaire d’un mandat électif, qui consiste en une privation de fonction.

Sans commentaire. Ça s’applique au petit président actuel, à son petit premier ministre, au petit président précédent, à tous !

La déchéance, c’est eux.

Qu’ils s’en aillent tous !

Bonne fin d’année.

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