Est-il possible de ralentir ?

Est-il possible de ralentir ?

Est-il possible de ralentir sans s’arrêter complètement ?

Est-il possible de travailler un peu moins, sans perdre son emploi ?

Est-il possible de courir un peu moins, sans se mettre en retard ?

Est-il possible d’en faire un peu moins, sans être très vite rattrapé par les tâches en retard ?

Un peu moins. Juste, un peu moins. Juste un peu. S’il vous plait.

C’est ce que j’essaie en ce début d’année 2016. Les vacances de Noël, puis un gros creux dans mon activité professionnelle, facilitent ce ralentissement. C’est une sensation très curieuse.

Les symptômes récurrents de ces dernières années sont cependant encore là. La fatigue. La lassitude. Le dégoût. La tristesse.

Certains soirs, je n’ai pas de raison objective de me sentir fatigué, et pourtant je ressens les mêmes courbatures dans ma tête, les mêmes envies de fin ou de fuite, les mêmes réflexes d’auto-défense craintive, le besoin de silence, je m’entends murmurer les mêmes phrases défensives « Ne criez pas », « Ne nous fâchons pas », « Calme toi », « Je suis fatigué« . Je suis fatigué. Je suis encore fatigué.

Certains soirs, je n’ai qu’une seule envie, me coucher et me recroqueviller, me cacher pour pleurer. Sans raison précise, sans cause immédiate. Pleurer comme une rivière, me vider comme un étang. En silence. Comme une baudruche crevée. Pleurer tout seul. Mourir un peu. Souffrir beaucoup. Expier.

Je suppose que ces phénomènes ont une latence supérieure à quelques semaines. Il faudra que leurs sources restent sèches pendant des mois, sinon des années, pour que ces résurgences ne s’arrêtent. Peut-être. Mais peut-être que ça ne s’arrêtera jamais.

Est-il possible de se désintoxiquer ?

Est-il possible de ralentir sans s’arrêter complètement, de trouver une vitesse supportable ?

Est-il possible de trouver un meilleur équilibre — un équilibre, tout simplement ? Est-ce que l’harmonie n’est pas juste un mythe ?

Est-il possible de vivre sereinement au milieu du vacarme contemporain ?

Est-il possible de se ménager durablement de vraies enclaves de temps — un peu plus que les miettes de temps où ne peuvent s’épanouir que des tweets ?

J’essaie. J’ai trouvé ces dernières semaines du temps pour lire, pour commencer à lire un gros livre (en fait, une trilogie) que je voulais lire depuis presque vingt ans. C’est beaucoup. C’est peu. Il en faudrait plus. C’est déjà beaucoup.

Est-il possible de vivre un peu pour moi, en somme ? Juste un peu. S’il vous plait.

Je n’en sais rien. Mais je vais essayer.

J’ai mis fin à une séquence professionnelle grisante, mais dévorante, et marginalement toxique. J’en rêve encore. J’ai honte de cette fin, comme s’il s’agissait d’une trahison. J’ai tenu jusqu’au bout. Je suis resté debout jusqu’au bout. Mais c’est fait. J’y ai mis fin. Justement pour pouvoir essayer autre chose, essayer de vivre autrement, juste un peu autrement.

Je vais essayer.

J’ai déjà essayé, mais je vais essayer à nouveau.

Bonne nuit.

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2 commentaires pour Est-il possible de ralentir ?

  1. DURAND dit :

    Bonjour, et merci pour cet écrit….je ressens la même chose assez souvent, et je trouve que vous l’avez très bien écrit….je vais continuer à parcourir vos « articles », en fonction des titres….cordialement

Tous les commentaires seront les bienvenus.

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